Au Cameroun, l’impossible candidature unique de l’opposition à la présidentielle ?

Une candidature unique de l’opposition à l’élection présidentielle prévue fin 2018 au Cameroun, dans l’objectif de succéder à Paul Biya, au pouvoir depuis 35 ans, semble avoir peu de chances d’aboutir, tant les ambitions personnelles font barrage.

Nos portes sont grandes ouvertes. Nous n’excluons pas des alliances ou des coalitions” avec d’autres partis, assure à l’AFP Joshua Osih, 49 ans, désigné vendredi candidat par le premier parti d’opposition, le Social Democratic Front (SDF).

“C’est peu probable, et même quasi-impossible, compte tenu de l’état d’esprit” des autres figures de l’opposition, pense toutefois Mathias Eric Nguini Owona, politologue et enseignant à l’université Yaoundé-II.

“De nombreuses personnalités considèrent qu’elles sont la seule solution envisageable dans la perspective d’une candidature unique de l’opposition“, souligne-t-il.

De fait, il y a “trois personnalités de fort calibre qui pourraient revendiquer une stature de présidentiable”, détaille Stéphane Akoa, chercheur camerounais: Maurice Kamto (président du parti Mouvement pour la renaissance du Cameroun, MRC), Akere Muna (avocat et initiateur du mouvement “Now”), et Joshua Osih.

S’il y a “des possibilités d’ouverture” avec Osih, estime M. Akoa, le fait que plusieurs partis d’opposition aient été créés par des transfuges mécontents du SDF pourrait rendre difficile une union autour de lui.

Et le SDF estime qu’un candidat unique de l’opposition ne peut que venir de ses rangs. “Qui a déjà vu un benskin (moto-taxi) tirer un camion?”, demande ainsi un cadre du parti à l’AFP.

Joshua Osih ne semble lui-même pas ouvert à rejoindre un autre candidat. A peine investi, il laissé entendre que son investiture donnait de “la fièvre” au régime de Yaoundé.

Le MRC de Maurice Kamto se veut aussi comme la première force d’opposition, rappelle M. Akoa: “le MRC est un parti très bien implanté”, même s’il ne dispose que de très peu d’élus. Un congrès est prévu pour investir le candidat du parti à la présidentielle, très probablement M. Kamto.

Enfin, Akere Muna s’est imposé depuis plusieurs mois comme un concurrent des partis traditionnels à l’investiture suprême. Lui n’est pas un politicien: avocat de formation, ancien vice-président de l’ONG Transparency International, il a lancé un “mouvement” politique, Now (“maintenant”, nldr), sur le modèle du mouvement français En Marche! d’Emmanuel Macron.

-“On tâtonne”-

Il “revendique la stature et éventuellement le nom (de son père Salomong Tandeng Muna, ex-vice-président de la République fédérale du Cameroun)“, souligne M. Akoa. Si Akere Muna peut se targuer de soutiens dans la diaspora et parmi des chefs d’Etat africains, il n’a guère d’assises au Cameroun. En janvier, une plate-forme de petits partis et d’organisations de la société civile a été créée pour soutenir sa candidature. En l’absence de sondage d’opinion et d’enquêtes sur les intentions de vote, il est difficile d’estimer le poids réel de chacune de ces personnalités politiques.

Alors “on tâtonne, et dans ce grand n’importe quoi chacun arrive à la table des négociations en se disant qu’il n’est pas moins fort que l’autre”, regrette M. Akoa.

D’autant que d’autres personnalités ont déjà affiché leur intention de briguer le palais présidentiel d’Etoudi: l’opposant Garga Haman Adji, arrivé en troisième position lors de la présidentielle de 2011, et Bernard Njonga, ingénieur agronome et figure de la société civile. Bernard Njonga a créé son parti politique, Croire au Cameroun (Crac), qui propose un programme politique et économique baptisé “40 mesures pour faire décoller le Cameroun par l’agriculture en 5 ans”.

Cabral Libii, journaliste et analyste politique de 38 ans, qui s’est fait connaître pour ses interventions dans les médias et sur les réseaux sociaux et a été investi par un petit parti, Univers, a récemment suggéré l’idée de primaires. Mais aucune figure de l’opposition n’a répondu à sa proposition.

“C’est étonnant”, dit-il mardi à l’AFP, estimant que “les primaires demeurent la meilleure option d’arbitrage”. Hormis l'”Union pour le changement” de 1992 derrière Ni John Fru Ndi (SDF), les tentatives de regroupement des opposants pour la présidentielle ont toutes échoué.

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