Base US de Diego Garcia: la sombre histoire dont les médias ne parlent pas

Existant depuis 1986, la base militaire de Diego Garcia dans l’océan Indien a fait l’objet du livre «L’île de la honte» et a été soupçonnée d’implication dans le crash du vol MH370. Sa mise en place a été éprouvantable, notamment à cause du peuple local, les Chagossiens. Et malgré cela, elle ne semble pas intéresser les médias.

L’installation de la base militaire de Diego Garcia sur l’île homonyme a été précédée par un schéma complexe: le peuple local, les Chagossiens, en a été expulsé, donnant ainsi sa terre natale en location aux Américains. Le bail expirant en 2016, les Chagos espéraient regagner leur île natale mais l’accord anglo-américain a été prorogé pour 20 ans, soit jusqu’au 30 décembre 2036.

Qui sont les Chagossiens?

 Les Chagossiens ou Chagos, groupe ethnique créole originaire de l’archipel des Chagos dans l’océan Indien, ont vécu en paix sur l’île de Diego Garcia, un bout de terre de 30 kilomètres carrés, pendant quelque deux siècles. Leur vie paisible a pris fin lorsque dans les années 1960 ils en ont été expulsés par le gouvernement britannique pour que les États-Unis puissent y mettre en place une base militaire. Les Chagos ont été obligés de s’installer, temporairement comme ils le croyaient, sur l’île Maurice et aux Seychelles.

Du coup, « réclamé comme les autres îles Chagos par Maurice depuis le 7 juillet 1980, l’atoll de Diego Garcia risque de rester pendant longtemps encore un “super porte-avions britannique” ancré au cœur de l’océan Indien et puissamment armé par les Américains pour le compte de l’Occident », estime André Oraison, professeur, juriste et politologue, membre du Comité solidarité Chagos La Réunion.

Selon lui, la décision n’est pourtant pas une surprise. Les experts ont toujours été convaincus que le traité anglo-américain, signé à Londres le 30 décembre 1966, serait automatiquement prolongé pour 20 ans. À l’époque, le bail était censé assurer la protection des « autoroutes des hydrocarbures et des matières premières stratégiques » traversant l’océan Afro-asiatique pour une période de 50 ans.

Mais M. Oraison est presque le seul à aborder le dossier. Sujet croustillant, pourtant la base de Diego Garcia n’intéresse pas le monde médiatique. La grogne des Chagossiens ne fait pas non plus couler beaucoup d’encre.

L’avis des Chagossiens

Une cinquantaine d’année après la signature du traité, le gouvernement britannique a annoncé être contre le retour des Chagossiens sur leur île natale. Sans rester les bras croisés face à la grogne croissante, le Royaume-Uni a tenté de l’apaiser par une somme de 40 millions de livres sterling (46 M EUR), déboursée pour les Chagos sur une période de dix ans afin d’améliorer leur vie en exil.

Pourtant, l’offre a été catégoriquement déclinée.

« Les 40 millions de livres sterling proposés par les Britanniques est une atteinte aux droits fondamentaux des Chagossiens », a fustigé le leader du Groupe Réfugiés Chagos Olivier Bancoult.

Parmi les principales raisons du renouvèlement du bail, on trouve la sécurité, la défense et un coût élevé du repeuplement des Chagossiens et de leurs descendants, sur l’île de Diego Garcia, apprend-t-on de l’Express Maurice. Ainsi, un total de 10 000 Chagos déracinés vit actuellement à Maurice, aux Seychelles et au Royaume-Uni.

D’après M. Oraison, c’est pour « pour la défense de leurs intérêts » que les États-Unis et le Royaume-Uni ont jugé nécessaire de laisser la base militaire opérationnelle dans l’océan Indien surtout face à l’ambiance tendue dans la région proche-orientale.

Entre-temps, les journalistes français de la chaîne France 2 ont soupçonné que l’avion disparu de la compagnie Malaysia Airlines effectuant le vol MH370 puisse être tombé près de la base de Diego Garcia, qui serait ainsi impliquée dans la catastrophe. Or, les recherches ont pris fin et il y a peu à espérer que cette théorie soit réfutée ou confirmée.

Qu’est-ce que les États-Unis ont fait sur l’île depuis 1966?

Depuis la signature du traité, les États-Unis ont investi plus de trois milliards de dollars dans la création, la modernisation, l’entretien et l’utilisation de la base de Diego Garcia.

Cette base est l’une des installations américaines les plus importantes du point de vue stratégique pour les États-Unis. Située au cœur de l’océan Indien et atteignable uniquement par transports militaires, cette base peu connue a été engagée dans des opérations militaires depuis l’époque de la guerre froide jusque celle de la lutte antiterroriste d’aujourd’hui.

Le plus curieux, c’est les missions dont la base est chargée: comme l’indique le professeur américain agrégé d’anthropologie David Vine dans son livre « L’île de la honte », l’île pourrait abriter une prison top-secrète de la CIA où les suspects de terrorisme seraient placés, interrogés et torturés.

« Crime contre l’humanité »

Quoi que soit la mission, les États-Unis et le Royaume-Uni persistent dans leur envie de laisser la base en activité. Le référendum sur le Brexit semble d’ailleurs avoir joué son rôle en la matière: si initialement le Royaume-Uni n’avait pas exclu la possibilité du retour du peuple Chagossien sur son île natale, après le changement de gouvernement suite au vote, tout projet a été rejeté. Du coup, la décision de proroger le bail a été prise, malgré qu’elle ait été qualifiée de « violation des droits humains fondamentaux ». La grogne des Chagossiens a évolué en une manifestation, avec Olivier Bancoult à sa tête, mais n’a pas entraîné la révision du sujet.

 Sept prix Nobel ont de plus appelé Barack Obama à rendre justice aux Chagossiens avant son départ le 20 janvier.

En outre, le droit à la réinstallation des Chagossiens sur les îles Chagos a été reconnu par la Haute Cour de justice de Londres le 3 novembre 2000, rappelle M. Oraison. Le droit a été d’ailleurs confirmé par cette même juridiction dans un jugement du 11 mai 2006 et par la Cour d’Appel de Londres le 23 mai 2007.

Selon l’article 7(d) du statut de Rome de la Cour pénale internationale (CPI), la « déportation ou transfert forcé de population » est un crime contre l’humanité dans le cas où « elle est commise dans le cadre d’une attaque systématique contre une population civile, en connaissance de l’attaque ». Cependant, la force juridique de la CPI n’est pas rétroactive et les « crimes » commis avant la date du 1er juillet 2002 ne peuvent pas être jugés aux termes de cet article.

Ce crime contre l’humanité fait l’objet du film « Une nation volée » où le journaliste australien John Pilger a donné la parole aux Chagos. En colère, M. Pilger appelle à mettre un terme à de telles actions de gouvernements à l’endroit des peuples de petits pays.

https://youtu.be/0zhGvId4fcc

Du coup, le refus britannique de reconnaître le soi-disant droit au retour des Chagossiens est inacceptable, ce notamment au regard des Nations unies. Concrètement, l’article 9 de la Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée en 1948 dispose que « nul ne peut être arbitrairement arrêté, détenu ou exilé ».

« Nous devons rester plus que jamais mobilisés et à l’écoute des doléances de la communauté chagossienne, une communauté qui a été et reste, sans conteste, l’une des premières victimes collatérales de la querelle idéologique et politique est-ouest et plus précisément encore la victime des desseins méphistophéliques des autorités gouvernementales américaines et britanniques au cœur du bassin central de l’océan Indien », résume M. Oraison.

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