BLAISE DIAGNE RACONTE PAR LE PROFESSEUR IBA DER THIAM 1872-1914 : DE GOREE AU PALAIS-BOURBON

livre_ibaderthiamC’est dans l’après-midi d’hier, mardi 30 décembre 2014, que le Professeur Iba Der Thiam a présenté le premier Tome de la biographie qu’il a consacrée à Blaise Diagne, Galaye Mbaye Diagne de son vrai nom, premier député noir.

Intitulé «La révolution de 1914 au Sénégal ou l’élection au Palais Bourbon du député noir Blaise Diagne», l’ouvrage de 408 pages va de la naissance de Blaise Diagne, en 1872 à Gorée, à son entrée, en 1914, au palais Bourbon, le bâtiment qui abrite l’Assemblée nationale française.

Un texte dont ses premiers lecteurs saluent la démarche méthodologique, la minutie de la recherche documentaire. Universitaires, intellectuels, écrivains, députés, hommes politiques, nombreux sont ceux qui ont tenu à être présents. 

Pour raconter Blaise Diagne, le Professeur Iba Der Thiam a dû  commencer par un texte long de 408 pages, et publié aux Editions l’Harmattan. Oui, commencer, parce qu’il ne dit pas tout-du moins pas encore-sur l’homme qui sera le premier député noir. L’historien n’en est qu’au premier Tome de ce récit «séculaire» intitulé «La révolution de 1914 au Sénégal ou l’élection au Palais Bourbon du député noir Blaise Diagne». 

Face à l’assistance venue l’écouter parler de cet ouvrage qui porte sa signature, il raconte que lorsque Blaise Diagne accède à l’Assemblée nationale française, c’est au prix d’une «bataille héroïque» contre Blancs et Métis, à qui l’on accordait jusque-là toutes les faveurs : c’est une « rupture ».

Le Blaise Diagne de ces premières pages est encore relativement jeune, mais il impressionne déjà, et fait même un peu peur au système colonial qui cherche à le réduire au silence. Certains pensent ou ont la certitude qu’il perdra les élections.

Et pour l’empêcher de gagner, raconte le Pr. Abdoul Sow, historien lui aussi, on promet de faire vivre l’enfer à tous ceux qui seraient tentés de voter pour lui : «leur couper l’eau par exemple» ou leur refuser des prêts. Ce qui ne les empêchera pas de se rendre aux urnes. Malgré le chantage, malgré  la violence.

Et parce qu’ils étaient fouillés jusqu’au bonnet, raconte aussi Iba Der Thiam lui-même, c’est dans leurs babouches qu’ils prenaient le soin de cacher leurs bulletins «interdits», évidemment parce qu’ils étaient favorables au candidat Blaise Diagne. Et dans le secret de l’isoloir, ils ôtaient leurs babouches comme ils votaient pour un homme qui «incarnait toutes les aspirations de ces populations».

Entre sobriété et incandescence

Lorsqu’il évoque sa lecture de l’ouvrage d’Iba Der Thiam, Pape Mody Niang, qui représentait à cette cérémonie le président de l’Assemblée nationale Moustapha Niasse, retient surtout «un sens aigu de la recherche». L’historien Ndiouga Adrien Benga s’exprimera davantage sur le style d’écriture : « une langue entre la sobriété et l’incandescence (…) entre l’érudition et l’accessibilité ».

La biographie de Blaise Diagne, pour ce qui est de ce premier Tome, va de sa naissance en 1872, à 1914, l’année de la députation. L’auteur insiste aussi sur le rôle que joueront la presse et les masses indigènes de l’époque, pour «l’émancipation des communautés (…) et la promotion de valeurs républicaines». 

Ndiouga Adrien Benga souligne aussi toute la qualité de la démarche méthodologique empruntée par Iba Der Thiam, l’important «travail de collecte», avec parfois des sources qui datent du début des années 60. Lorsqu’il parle d’Iba Der Thiam,  Abdoul Sow l’appelle à la fois «Iba» et «Notre maître», entre la familiarité et le respect.

Une posture sans doute confortable quand on veut dire ce que l’on pense. L’homme est le seul à dire qu’il a trouvé quelques coquilles entre les lignes ; comme «des notes de bas de page décalées ou absentes». Mais comme il dit, ce ne sont finalement que de menus détails, parce que lui aussi pense que sa méthodologie devrait servir d’exemple aux étudiants: avec des analyses profondes, le souci du détail et de l’explication.

A cela s’ajoute que, dans ses recherches documentaires, l’auteur ne se limite pas qu’à des données écrites, puisqu’il donne aux sources orales la même valeur.

De ce livre, Iba Der Thiam n’attend pas grand-chose finalement, du moins financièrement parlant. Pas un franc puisqu’il « renonce à (ses) droits d’auteur, comme c’était déjà le cas, explique-t-il, pour de précédentes publications où les droits d’auteur avaient été reversés aux Nouvelles Editions africaines du Sénégal (NEAS) ainsi qu’au Musée des Forces Armées.

L’ouvrage a été subventionné par la direction de l’Aéroport International Blaise Diagne (AIBD), qui porte le nom du premier député noir, et accompagné par le président de l’Assemblée nationale Moustapha Niasse.

Blaise Diagne, Tome 2

Le deuxième Tome, dont le récit commence en 1918 et prend fin en 1934, donc à la mort de Blaise Diagne le 11 mai, donnera de l’histoire une dimension plus humaine, parce que plus centrée sur le personnage du premier député noir.

De son regard d’historien, Iba Der Thiam dit qu’il lui impose d’adopter une certaine posture, de jouer les «équilibristes» entre ce qu’il y a de bien et de moins bien, toujours «sans parti pris ni amnésie sélective».

Une allusion sans doute au Pacte de Bordeaux, que cite le Pr. Abdoul Sow, et qui, au début des années 20, lie le député à des maisons de commerce, et voilà Blaise Diagne qui défend les intérêts des milieux d’affaire européens et de l’administration, tout comme il « défend le travail forcé ». Il y a aussi le Blaise Diagne qui n’a jamais caché qu’il était franc-maçon.    

Théodora SY SAMBOU

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