Bolivie: quand Evo attaque «l’empire»

parade_devant_tribujneLe 17 août dernier, Evo Morales inaugurait l’école militaire anti-impérialiste Juan José Torres. Elle peut accueillir jusqu’à 200 soldats et formera ses recrues à la libération de l’oppression impérialiste. Un projet qui est loin de faire l’unanimité.

L’hymne bolivien résonne sur la place d’armes du régiment d’artillerie d’Aguirre, à une trentaine de kilomètres de Santa Cruz de la Sierra, dans l’est de la Bolivie. Ils sont plusieurs centaines de soldats, au garde-à-vous et en tenue d’apparat, à entonner le chant patriotique face à leur président Evo Morales. En ce 17 août, Jour du drapeau, tous sont réunis pour inaugurer une école un peu spéciale : un établissement militaire anti-impérialiste.

Le rêve que le président avait formulé l’an dernier est enfin devenu réalité : ses soldats seront formés à « résister à l’oppression ». Au programme : théorie et géopolitique de l’impérialisme, cours de structure sociale bolivienne et de politique des ressources naturelles… Pour Evo Morales, c’est ainsi que son pays sera doté « d’une armée du peuple et non de l’empire. »

Une école pour se libérer de l’oppression

À ceux qui l’accusent de vouloir endoctriner les forces armées, Evo Morales ne dément pas. Oui, le président bolivien veut politiser ses soldats et c’est, selon lui, la meilleure réponse à Washington et sa fameuse Ecole des Amériques. Tristement célèbre, elle a formé, au sortir de la Seconde Guerre mondiale et pendant une soixantaine d’années, des dizaines de milliers de soldats sud-américains à la contre-insurrection et à l’anticommunisme. Nombre d’entre eux ont ensuite été impliqués dans les juntes du continent.

Alors, pour Evo Morales, son école est toute justifiée : « Pendant des années, on a enseigné à nos forces armées la doctrine de l’empire nord-américain. Si les Etats-Unis peuvent enseigner la domination du monde, alors il faut une école pour apprendre à se libérer de cette oppression. »

Pour l’analyste militaire Samuel Montaño, si une modification de la formation militaire est effectivement nécessaire en Bolivie du fait de l’influence qu’a eu l’école américaine, le projet du chef de l’Etat n’est pas la solution. « Le président Morales s’est trompé, il n’aurait pas du créer cette école dans cet environnement, c’est une dépense inutile et il ne devrait pas utiliser ce terme d’anti-impérialiste. C’est un discours extrêmement agressif, très belliqueux, qui incite à la haine. »

Un grand Etat latino-américain

Mais Evo Morales, dans le but de résister à son voisin nord-américain, voit les choses en grand, très grand. Son école est ainsi ouverte à tous les membres de l’ALBA, l’Alliance bolivarienne pour les Amériques, qui regroupe, entre autres, le Venezuela, le Nicaragua et Cuba. Les militaires de ces pays « anti-impérialistes » pourront venir se former et « réviser l’Histoire du continent » pendant deux ans, comme le prévoient les programmes de l’école.

A la tribune lors de l’inauguration, le président bolivien, s’est laissé aller à rêver à une « Amérique latine forte, un Etat latino-américain, un continent plurinational ».

Reprenant les mots de Simon Bolivar, il a interpellé les ministres de la Défense du Nicaragua et du Venezuela, invités d’honneur de la cérémonie : « Séparés et seuls nous sommes faibles. Unis et ensemble nous sommes forts ». Le chef de l’Etat bolivien veut faire revivre la notion de « Patria grande », cette idée d’unité et de cohésion des nations hispano-américaines. Le sociologue et politologue argentin Atilio Borón, diplômé d’Harvard et futur professeur au sein de l’école, approuve la vision du chef de l’Etat, et juge que l’institution « apprendra [à ses élèves] à lutter pour la seconde et définitive indépendance des peuples de notre Amérique ».

L’opposition bolivienne n’est quant à elle absolument pas convaincue par les arguments du président. Jimena Costa, de l’Union démocrate ironise : « En vérité, ça me fait un peu rire, parce que l’école anti-impérialiste ça me fait penser à Dark Vador, et j’imagine qu’ils vont leur distribuer des épées de jedi ».

Sans humour cette fois, beaucoup considèrent cette école comme le « caprice » du président, un caprice à 700 000 euros, montant qui aurait pu être investi dans d’autres domaines, selon la députée Costa.

L’école accueille pour le moment 71 élèves, mais peut en former jusqu’à 200. Les cours ont désormais débuté, et il vaudrait mieux pour Evo Morales que la longévité de cette institution ne tienne pas de celui dont elle porte le nom, Juan José Torres, président de la Bolivie d’octobre 1970 à août 1971, soit pendant moins d’un an…

RFI

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