BRAS DE FER SAES-AUTORITES L’horizon est plein de nuages à l’Ucad

Université Cheikh Anta Diop
Université Cheikh Anta Diop
Université Cheikh Anta Diop

La menace de radicalisation du Syndicat autonome des enseignants du supérieur (Saes) à la rentrée pour exiger l’approbation du budget de l’Université de Dakar, les grèves permanentes d’étudiants, de bacheliers non orientés et celles des enseignants de ces dernières, ont changé le rythme de fonctionnement de l’Université de Dakar. Désormais l’institution fonctionne 12 mois sur 12 sans interruption.

Dans une année académique normale, à la mi-septembre classes, amphithéâtres et restaurants sont vides. C’est la fin des examens et le début des grandes vacances universitaires. Seule le personnel administratif est tenu de pointer. La plus part des professeurs vont en vacances et d’autres en voyage d’études à l’étranger. Les étudiants venus de l’intérieur du pays sont déjà retournés dans leurs terroirs pour aider leurs parents dans les travaux champêtres. Histoire de permettre à ces derniers de gagner quelque chose et de préparer leurs inscriptions universitaires. Mais les bouleversements intervenus ces dernières années ont tout changé.

La preuve à la date 17 septembre 2013, le décor est tout autre à l’Université Cheikh Anta Diop. On se croirait encore en plein année universitaire. Les va-et-vient sont intenses entre les campus. Et partout on note la présence des hommes de sécurité avec leur tunique où l’on peut lire Sécurité Coud (Centre des œuvres universitaires de Dakar). Suffisant pour laisser comprendre que l’Université est loin d’être en vacances.

Depuis 2ans l’Université de Dakar est dans une logique de tourner 12 mois sur 12. La raison, c’est que les Facultés de Lettres, Sciences Juridiques, Economiques, Mathématiques entre autres, ont démarré tardivement les cours. C’est au mois d’octobre dernier qu’ont démarré les évaluations de l’année 2012. La faculté de Médecine, d’Odontologie et Pharmacie a été le seul établissement qui a fonctionné sans retard. Même pour cette année, les futures blouses blanches ont terminé leurs évaluations du second semestre depuis juin en attendant les rattrapages prévus pour le mois d’octobre.

Le chamboulement du calendrier universitaire enregistré par les autres départements est la conséquence des grèves permanentes d’étudiants et enseignants qui ont failli aboutir à une nouvelle année blanche. Toutes choses qui ont été surtout aggravées par les mouvements des nouveaux bacheliers las d’attendre leurs orientations.

Cette année encore l’atmosphère qui règne dans l’institution n’est pas des meilleures. Les étudiants ne savent plus à quel saint se vouer. «Au moment de s’apprêter à passer les examens, on nous annonce que les professeurs sont en vacances universitaires. Nous sommes obligés d’attendre pour rejoindre notre village», a laissé entendre Aminata Bodian.
Cette étudiante de la faculté de Droit n’est pas seule sur les lieux. Ils sont nombreux les étudiants à squatter les halls de bâtiments et autres couloirs pour préparer les dernières évaluations.

«Nous avons l’habitude de retirer nos bourses pour allez directement au village. Aujourd’hui, nous avons dépensé tout notre argent», signale Mamadou Coly, étudiant à la faculté de Lettres. L’originaire de la Casamance poursuit en déclarant que «les parents sont obligés à eux seuls de s’occuper de la culture. J’avais l’habitude de les aider. Vous voyez cette année pour ne pas échouer aux examens, je suis obligé de rester».

«Ceci peut se comprendre dans la mesure où nous avons commencé les cours en mi-février voire mars. Je trouve normal que les cours se poursuivent », ajoute son camarade, Abdoulaye Sory.
Si la faculté de Médecine, d’Odontologie et de Pharmacie respecte le calendrier académique, tout le monde s’accorde à regretter le rythme de fonctionnent des autres facultés.

Selon certaines informations reçues, cette situation serait due à l’application du système LMD (Licence, Master, Doctorant) dont l’objectif est de mieux articuler au besoin du marché de travail : le « savoir faire ». Ce nouveau système mal compris par les étudiants et certains enseignants favorise-t-il la réussite des étudiants ? Cette question porte toute son importance dans la mesure où le taux d’échec des étudiants dans certains cycles reste intact et en plus, le problème d’encadrement des étudiants devant présenter leurs mémoires se pose avec acuité.

En tout état de cause, certains acteurs du monde éducatif renseignent que le fonctionnement permanent de l’université, du moins de certaines facultés, est la suite logique de la mise en œuvre du système LMD.
Pourtant les orientations de la réforme ne sont pas suivies d’application concrète et une campagne d’information à l’endroit des professeurs et étudiants.

Ce déficit de communication est la conséquence du démarrage tardif des cours  pour le second cycle de la faculté des Sciences juridiques et politiques. Ces étudiants en master n’ont pu démarrer les cours qu’au mois de juin.
Dans une proposition de calendrier universitaire 2012-2013, il est clairement indiqué pour le master 2 recherche et professionnel,  que le démarrage des cours est prévu le lundi 24 juin 2013 pour prendre fin le 04 décembre 2013. En plus de la programmation des examens en octobre pour le premier semestre et décembre pour le second, les étudiants sont appelés à soutenir les mémoires durant tout le mois de février 2014. Le début de l’année universitaire 2013-2014 est prévu le 03 mars 2014. Pour rappel, la Faculté des Sciences juridiques compte à nos jours 12 881 étudiants pour effectif d’encadrement estimé à 103 enseignants et une trentaine de professeurs seulement de Rang A habilité à encadrer les étudiants de second cycle.

Pourtant le médiateur de l’institution avait sonné l’alerte en déclarant que « le problème d’encadrement à l’université de Dakar est une réalité. Il y a des facultés qui n’ont pas du tout ce problème d’encadrement. En faculté de Médicine, on note un encadreur pour 15 étudiants. C’est raisonnable compte tenu de la norme de l’UNESCO qui  est d’un enseignant encadreur pour 25 à 30 étudiants. Cette faculté est en deçà de la norme ». Et le Pr Mamadou Ndiaye de poursuivre : « A la faculté des Lettres, on note un enseignant pour 144 étudiants. Le taux d’encadrement dépasse largement la norme.  Mais ce problème varie d’une faculté à une autre.

«Nous avons de plus en plus de jeunes qui font le master 3 voire 4 ans. Ce qui crée des problèmes au niveau de la direction des bourses qui ne cherche pas à comprendre. Ce n’est pas de la faute de l’étudiant qui se voit automatiquement couper sa bourse », a-t-il ajouté.

 Approbation du budget : Une rentrée sous tension

 Le temps est devenu nuageux et incertain dans cette Université où les autorités en charge de l’Enseignement supérieur et les principaux acteurs notamment les enseignants se lancent depuis un certain temps dans un jeu de yoyo sans précédent. Et ce pour cause : l’approbation du budget de l’institution.

Une situation qui a provoqué un sentiment d’indignation chez les enseignants notamment le Syndicat autonome de l’Enseignement supérieur (Saes). Les camarades de Yankhoba Seydi, porte-parole du Saes, section Dakar, soutenus par le Syndicat autonome des travailleurs des universités et des centres universitaires (Satuc) ont décidé de cesser toutes les activités académiques sur l’ensemble du campus de Dakar. Ceci pour exiger plus de respect à l’endroit des enseignants, du personnel administratif, technique et de service de l’université. La réaction du ministre en charge de l’Enseignement supérieur et de la Recherche (Mesr) ne s’est pas fait attendre. A l’occasion d’un déjeuner de presse, Mary Teuw Niane explique que le retard de l’approbation du budget est dû au fait qu’il est octroyé « par trimestre et que la structure anticipe parfois sur les dépenses.

Le ministère des Finances fait des efforts et que des chèques sont entrain d’être délivrés pour une mise à jour (…) ». Cette rencontre a été aussi pour lui de battre en brèche les accusations du Saes selon lesquelles le ministre aurait nommé le coordonnateur de l’Université virtuelle du Sénégal (Uvs). Selon M. Niane, «il ne reconnait plus le Saes qui était un syndicat d’intelligence et d’anticipation. Le coordonnateur de l’Uvs se fera d’ici un mois».

Malgré les assurances du Mesr  et la direction du Rectorat, les camarades de Seydi Aboubacar Ndiaye, Secrétaire général du Saes, semblent se mouvoir dans une perspective de radicalisation de leur lutte pour l’approbation immédiate du budget de l’université de Dakar.

Pour éviter que cette situation ne se reproduise plus, la coordination du Saes de Dakar dans un communiqué rendu public dimanche dernier a décidé de « poursuivre la lutte et de se radicaliser à la rentrée pour que désormais l’approbation du budget se fasse à temps et que l’Ucad et ses acteurs soient respectés ». Par ailleurs, souligne le communiqué, l’Assemblée générale a décidé ” de suspendre le mouvement à la Faculté des Lettres et Sciences Humaines pour permettre à cette Faculté de terminer ses enseignements et procéder à ses évaluations”. De même, elle va ” produire un mémorandum sur l’ensemble des problèmes de l’Ucad”. Une grande Assemblée générale de mobilisation sera convoquée “à la rentrée afin de lutter pour la résolution définitive de tous les problèmes qui assaillent l’enseignement supérieur de façon générale et l’Ucad de façon particulière”.

Pourtant le Mesr dans un communiqué rendu public a laissé entendre qu’un calendrier de rencontres et d’échanges autour du protocole est déjà défini. Il précise qu’aucune franchise n’a été violée.

« Le Conseil, étant tenu le 14 août 2013, le ministère a déjà défini un calendrier de rencontres et d’échanges avec les syndicats d’enseignants et des Pats d’ici à la fin du mois de septembre 2013. Des correspondances seront adressées à toutes ces organisations syndicales, et ce, dans les plus brefs délais ».

Ibrahima Baldé Sudonline

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