BURKINA FASO L'armée part pour mieux revenir

2011-burkinaFace à la pression, l’armée a rendu le pouvoir après seize jours. Enfin, pas tout à fait : à peine désigné, le nouveau président civil s’est choisi pour Premier ministre le lieutenant-colonel Isaac Zida, qui a présidé le pays depuis la chute de Blaise Compaoré.

Après l’officialisation de la nomination du lieutenant-colonel Isaac Zida au poste de Premier ministre de la transition au Burkina Faso, il n’est plus possible de nier le fait que l’armée a été forcée de laisser le pouvoir aux civils. N’ayant pu obtenir la direction du Conseil national de transition (CNT), les militaires burkinabés en général et le lieutenant-colonel Zida en particulier, se sont empressés de “récupérer” la primature. Une attitude qui enlève à la galanterie de la démarche qui, pour eux, a consisté à transmettre les rênes du pouvoir au président Marcel Kafando

Manœuvres kaki

L’éviction de l’armée est considérablement remise en cause par la venue du lieutenant-colonel Zida à la primature. Tandis qu’on était encore subjugué par la brillante et heureuse issue que les Burkinabés ont trouvée à la crise consécutive à la démission de Blaise Compaoré, voilà que la nomination du lieutenant-colonel Zida, au poste de Premier ministre, vient refroidir quelque peu les ardeurs démocratiques de plus d’un.

Ce ne sont pas tant les compétences et la moralité de l’ex-président intérimaire qui sont en cause : pendant la quinzaine de jours au cours desquels Zida a été à la tête du pays, il aura apporté la preuve de ses aptitudes de manager. Lors de ses sorties médiatiques, on a également découvert un militaire dont le niveau intellectuel, la structuration des idées et la pondération dans les propos forcent l’admiration. Le problème n’est donc pas à ces niveaux-là.

Scénario à la Poutine-Medvedev ?

On ne s’attendait surtout pas à ce que, avant même la passation, Kafando et Zida fassent exactement comme Poutine et Medvedev en Russie : un jeu de chaises musicales politique et bien intéressé. Beaucoup imaginaient pour le jeune lieutenant-colonel un destin à la fois plus grand et plus honorable. On le comparait notamment à ATT [Amadou Toumani-Touré, général malien qui a assuré la transition en 1991 dans son pays], excepté la fin de règne de ce dernier.

Estimant visiblement que les honneurs qu’il a récoltés et les félicitations qui lui sont adressées des quatre coins du monde ne sont pas suffisants, le lieutenant-colonel Zida préfère seconder celui à qui il a laissé le fauteuil présidentiel. Voilà qui le “rabaisse” quelque peu. Le fait qu’il ait tenu à assumer les fonctions de chef de gouvernement donne également de lui l’image d’un chef qui n’a pas nécessairement le sens du partage.

Un défi pour Kafando

Autrement, même si le poste devait revenir, pour des raisons stratégiques, à l’armée, il aurait pu s’effacer pour que d’autres de ses camarades d’armes tout aussi capables poursuivent sur la lancée. Parce que si son bref passage au sommet de l’Etat a été globalement jugé réussi, c’est en partie grâce à la collaboration et au soutien que lui ont témoigné tous les militaires burkinabés, après qu’il a “shifté” le général Traoré [son rival, chef d’état-major de l’armée]. En signe de reconnaissance, il aurait pu propulser quelqu’un d’autre. Le lieutenant-colonel Zida a fait un autre choix. Pourvu qu’il soit le bon pour les Burkinabés !

Pour le président Kafando lui-même, la nomination de Zida à la primature n’est pas l’indice d’un départ rassurant. En effet, en cédant aux exigences de l’armée aussi précocement, il sacrifie une part importante de sa liberté, disons de sa marge de manœuvre. S’il ne redresse pas très vite la barre, il risque de donner l’impression que, en réalité, c’est lui qui est au service de la grande muette. Or, dès que le lieutenant-colonel Zida et ses camarades le sentiront vulnérable à leurs menaces voilées, ils ne le lâcheront plus. Et ce sera la fin de tous les espoirs associés à la succession pacifique et plutôt civilisée de Blaise Compaoré.

GUINÉE CONAKRY INFO | BOUBACAR SANSO BARRY

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