Burkini: pour certains élus, la décision du Conseil d’Etat ne change rien

BURKINILa polémique autour du burkini ne semble pas finie en France. Hier, vendredi 26 août, le Conseil d’Etat a suspendu l’arrêté de Villeneuve-Loubet sur la Côte d’Azur. La juridiction a estimé que cette décision avait porté une «atteinte grave » aux libertés. Le burkini est donc désormais autorisé dans cette commune. Mais les maires ayant pris des arrêtés similaires dans les communes voisines veulent maintenir les interdictions de baignade pour les femmes portant des burkinis.

Ces maires ne se sentent pas concernés par la décision du Conseil d’Etat. Même si elle fera jurisprudence, cette ordonnance vise la commune de Villeneuve-Loubet, donc à Nice ou à Cannes pas question de revenir sur ces arrêtés anti-burkini.

Autre argument avancé par David Rachline, le maire Front national de Fréjus, l’été est bientôt fini. « Je pense que vu le temps des procédures, on aura terminé l’été. Et les gens ne seront plus sur les plages que les procédures seront toujours en cours », a-t-il estimé.

Certains élus réclament une loi

Car, désormais, chaque arrêté de chaque commune doit être attaqué devant les tribunaux administratifs pour être invalidé. David Rachline insiste sur leur importance pour éviter certains incidents sur les plages. « On voit aujourd’hui qu’il y a un certain nombre de provocations qui sont très difficiles à accepter pour de nombreux Français. Donc en cela, je crois que ces arrêtés étaient utiles », déclare-t-il encore.

S’ils maintiennent leurs arrêtés anti-burkini malgré le jugement du Conseil d’Etat, les maires s’exposeraient à des sanctions administratives. Cela peut aller jusqu’à la suspension temporaire de leur mandat.

Les arrêtés n’auraient également plus de base légale et les procès-verbaux seraient facilement contestés. De nombreux élus de droite réclament donc une loi pour interdire ces maillots de bain islamiques.

Alain Juppé contre un tel projet de loi

Le favori des sondages, Alain Juppé, fait sa rentrée politique ce samedi à Chatou dans la région parisienne. Une rentrée qu’il souhaite « joyeuse et conquérante », mais, qui, à trois mois des primaires, devient très offensive, notamment contre son rival Nicolas Sarkozy. Alain Juppé a ainsi de nouveau dénoncé la proposition d’un projet de loi pour interdire le burkini, réclamé par Sarkozy.

« Aujourd’hui ce que je souhaite, dit-il, c’est surtout qu’on arrête de verser de l’huile sur le feu. C’est un sujet difficile, un sujet sensible. J’ai toujours considéré que le voile intégral ou tout ce qui efface complètement le corps de la femme est une forme d’enfermement de la femme, mais abordons cela dans un esprit de dialogue. Ça ne sert à rien de se précipiter pour promettre dans l’agitation médiatique une nouvelle loi, comme on le fait hélas trop souvent. »

« Pas conforme à la Constitution »

« On voit bien, continue M. Juppé, que cette nouvelle loi se heurterait à énormément de difficultés. Elle ne serait sans doute pas conforme à la Constitution. Donc il faudrait changer la Constitution. J’entends que certains envisagent même de sortir de la Convention européenne des droits de l’homme… Donc, calmons un peu les choses et resituons ça dans le cadre que je proposerai cet après-midi, c’est-à-dire la négociation d’un véritable accord, d’un accord solennel entre la République et les représentants du culte musulman. »

« Puis d’un autre côté, il faut arrêter de verser de l’huile sur le feu. Ça s’adresse à tout le monde. Il y a aujourd’hui dans la communauté musulmane une tendance au durcissement, un retour à la rigueur originelle de cette religion. Il faut tenir compte des tensions de notre société et là aussi, aller plus vers le dialogue que vers un prosélytisme qui pourrait parfois ressembler à de la provocation », a encore déclaré l’ancien Premier ministre.

RFI

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