Cadre de vie – Saint-Louis Dix ans après la création d’un canal de délestage : La Langue de Barbarie si près de la catastrophe

Il y a dix ans, des menaces d’inondations dictaient aux autorités la création d’un canal de délestage sur la Langue de Barbarie. Dix ans plus tard, le canal de 4 mètres de large, frôle les 7 km devenant un véritable problème environnemental.Breche-de-Saint-Louis

Il y a dix ans, pour sauver la ville de Saint-Louis de la crue du fleuve, un canal de délestage de 4 m de large était creusé dans la Langue de Barbarie. Dix ans plus tard, ce qui est devenue une brèche frôlant les 7 km de large est en train de provoquer une véritable catas­trophe écologique mais aussi un drame humain incommensurable.

Depuis son édification, une centaine de pêcheurs ont en effet perdu la vie dans le chenal en essayant de le franchir. Aujourd’hui, la situation est toujours aussi préoccupante et les chercheurs du laboratoire Leidi (terre en peulh) de l’Univer­sité Gaston Berger de Saint Louis n’ont pas manqué de sonner l’alerte à l’occasion d’une visite de presse du Groupe recherche environnement presse (Grep) le 8 juin dernier. «Aujourd’hui, le constat c’est que la brèche ne se stabilise pas. Elle évolue plutôt de façon dynamique vers le sud» explique Dr Amadou Abou Sy, qui vient de soutenir une thèse sur le sujet.
Selon le chercheur, «il y a un léger colmatage sur la rive nord tandis que la rive sud, elle, subit une érosion rapide». Une dynamique qui expose davantage la région du Gandiolais qui subit désor­mais directement les furieuses vagues de l’Atlantique. Après la disparition de Doune Baba Dièye, abandonné par ses habitants, c’est au tour du village de Pilote bar d’être sous la menace des vagues. «Actuellement la brèche fait face au village de Pilote et la largeur fait plus de 5 km. Ce qui permet à l’onde de marais de mieux aborder les terres et de les saliniser davantage» ajoute Dr Sy. Si on sait que le Gandiolais était le fournisseur naturel de fruits et légumes dans cette région du Nord du pays, l’on mesure l’ampleur de l’impact de cette brèche. Ainsi, l’on observe au niveau de Doune Baba Dièye un recul du trait de cote de 17,2 m par an tandis qu’à Keur Bernard, autre village déserté, il est  de 18,6 mè­tres.

Problème environnemental majeur
Mais face aux périls qui menacent, le spécialiste préconise de laisser «l’ensemble évoluer naturellement et de s‘adapter». Et selon Dr Sy, «laisser la brèche évoluer naturellement, cela veut dire qu’on ne préconise pas une action mécanique au niveau de la brèche elle même, ce qui pourrait anthropiser le système à nouveau mais peut être voir comment minimiser les effets. Actuellement, le système a trouvé son profil d’équilibre et évolue de façon naturelle comme les anciennes embouchures».
Apres l’érection de la brèche en 2003, une deuxième brèche s’est constituée en octobre 2012, résultat d’une rupture de cordon liée aux effets conjugués de la crue du fleuve et des mouvements de  houle. «Actuellement nous faisons face à une urgence. Vu la position de l’embouchure qui évolue non seulement par érosion mais aussi par bond et qui menace sérieusement les zones du Gandiolais, les villages de Pilote, Mouit etc., ce qu’il faudrait faire, c’est peut être voir quelles sont les mesures urgentes à prendre pour reloger les populations établies sur la rive». Cette action urgente peine pourtant à se concrétiser.

Depuis 2009, les populations de Doune Baba Dièye attendent d’être relogées sur le site qu’elles ont elles-mêmes choisi. Signe d’une gestion très aérienne de cette situation. Et dans le long terme, Dr Sy préconise des actions techniques susceptibles de briser l’énergie des vagues mais prévient-il, «pourvu aussi que ces types d’interventions soient étudiées minutieusement pour ne pas perturber l’équilibre du système».

mamewoury@lequotidien.sn

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