Ces pays assis sur des richesses colossales mais qui ne s’en sortent pas

Les pays dotés de ressources naturelles considérables (pétrole, gaz, or, agriculture…) ne sont pas forcément les plus prospères ou ceux bénéficiant des meilleurs fondamentaux. Il n’y a qu’à regarder des pays comme l’Algérie, le Venezuela ou l’Argentine pour s’en convaincre… Découvrez dans cet article-diaporama, rédigé le 26 mars 2019, des pays riches en matières premières mais qui déçoivent sur le plan économique.

Afrique du Sud : chômage élevé et dépendance aux capitaux étrangers

Afrique du Sud : chômage élevé et dépendance aux capitaux étrangers

Riche en ressources naturelles (or, platine, charbon, chrome…), l’Afrique du Sud souffre toutefois d’une importante pauvreté, avec des inégalités synonymes de risque social (criminalité, grèves, manifestations…), rapporte l’assureur-crédit Coface. Le chômage est élevé (plus de 27%), tandis que les entreprises sont affectées par une pénurie de main-d’œuvre qualifiée. Les infrastructures de transport et d’énergie sont vieillissantes. Et le pays est particulièrement dépendant des flux de capitaux étrangers…

Iran : Donald Trump ajoute aux difficultés du pays

Iran : Donald Trump ajoute aux difficultés du pays

Alors que l’Iran bénéficie d’importantes réserves de gaz et de pétrole, pointant respectivement aux second et quatrième rangs mondiaux, le pays souffre d’un environnement des affaires peu favorable, indique la Coface. Selon le Fonds monétaire international (FMI), l’économie iranienne est entrée en récession en 2018 et le PIB du pays devrait chuter de 3,6% en 2019. L’inflation s’est envolée à près de 40%. A l’occasion du 40e anniversaire de la victoire de la Révolution islamique, Donald Trump a dénoncé dans un tweet « 40 années de corruption. 40 années de répression. 40 années de terreur. Le régime iranien n’a offert que 40 années d’échec. Les Iraniens, qui souffrent depuis trop longtemps, méritent un avenir bien plus prometteur ». Le pays souffre du rétablissement des sanctions américaines consécutif au retrait unilatéral des Etats-Unis de l’accord de Vienne sur le nucléaire iranien. Par ailleurs, les tensions sociales sont marquées et le manque d’infrastructures est criant, juge la Coface.Photo 3/19© Caitlin Ochs/Bloomberg via Getty Images

Libye : un pays divisé, qui accuse d’importants déficits

Libye : un pays divisé, qui accuse d’importants déficits

En dépit d’importantes réserves de gaz et de pétrole, la Libye pâtit de mauvais fondamentaux économiques. Le pays est confronté à d’importants déficits “jumeaux” : le déficit budgétaire est attendu à 22,6% du PIB et le déficit de la balance courante (solde des échanges de biens, de services, de revenus et de transferts courants) à 5% pour 2019, rapporte la Coface. Si l’inflation a fortement diminué ces dernières années, elle reste néanmoins à deux chiffres. Le pays pâtit aussi de “tensions sociales”, d’un “morcellement politique et tribal”, ainsi que d’un environnement des affaires “peu favorable”, souligne l’assureur-crédit. Par ailleurs, le pays est divisé “entre la Tripolitaine à l’Ouest, gérée par le gouvernement de Tripoli reconnu par la communauté internationale, et la Cyrénaïque à l’Est, sous la tutelle du gouvernement d’Al-Beïda soutenu par le maréchal Haftar. Le sud du pays (Fezzan) fait face à la prolifération des trafics (humain, arme et drogue) et à l’animosité entre Touaregs et Toubous”, rappelle la Coface.

Nigeria : forte dépendance aux revenus pétroliers

Nigeria : forte dépendance aux revenus pétroliers

Le pays le plus peuplé d’Afrique bénéficie d’un large potentiel agricole comme minier et d’importantes ressources en hydrocarbures. Le revers de la médaille est qu’il est très dépendant de ses revenus pétroliers (90% des exportations, deux tiers des recettes fiscales), tandis que l’exploitation de l’or noir est source de pollution, rapporte la Coface, qui ajoute que le Nigeria souffre de tensions ethniques et religieuses, d’insécurité et de corruption, qui affecte l’environnement des affaires.Photo 5/19© Frédéric Soltan/Corbis via Getty Images

Niger : une économie vulnérable aux chocs climatiques et aux caprices des matières premières

Niger : une économie vulnérable aux chocs climatiques et aux caprices des matières premières

Quatrième producteur mondial d’uranium, le Niger a consenti un effort d’investissement dans l’agriculture et est exportateur net de produits pétroliers et d’or, souligne la Coface. Reste que l’économie est vulnérable aux chocs climatiques et aux fluctuations des cours des matières premières. Elle reste aussi “largement dépendante d’une agriculture de subsistance. La population croît rapidement, tandis que la pauvreté est importante. Les frontières sont poreuses, favorisant l’immigration illégale et les trafics. Et le système de perception des taxes et des droits de douane sont déficients”, indique l’assureur-crédit.

Angola : de fortes inégalités et un chômage élevé

Angola : de fortes inégalités et un chômage élevé

“L’Angola bénéficie d’un potentiel économique considérable (diamant, fer, or, cuir, agriculture, pêche, ressources hydroélectriques…). C’est un important producteur de pétrole et un producteur de gaz naturel liquéfié”, rapporte la Coface. Le revers de la médaille est que le pays est vulnérable au retournement des cours pétroliers. Le pays souffre par ailleurs d’un “chômage élevé”, de “fortes inégalités sociales et disparités régionales”, d’infrastructures “déficientes” et d’un secteur bancaire “fragile”, souligne l’assureur-crédit.Photo 7/19© David Stanley / Wikimedia

Mozambique : des déficits qui se creusent

Mozambique : des déficits qui se creusent

Outre son potentiel hydroélectrique, le Mozambique bénéficie d’importantes richesses minières et agricoles ainsi que d’Immenses ressources gazières découvertes au large des côtes en 2010, rapporte la Coface. Reste que le pays est “insuffisamment diversifié et demeure dépendant des cours des matières premières (aluminium, charbon). En outre, les infrastructures de transport et portuaires sont insuffisantes, ce qui contraint toujours les capacités d’exportation de matières premières”, relève l’assureur-crédit. Il souligne par ailleurs les conditions climatiques “difficiles”, l’environnement politique et sécuritaire “instable” et la gouvernance “faible”. Le déficit et la dette publics, tendent à augmenter, de même que le déficit courant…

Madagascar : une pauvreté massive

Madagascar : une pauvreté massive

Madagascar bénéficie d’importantes réserves minérales (pierres précieuses, nickel, cobalt) et pétrolières, ainsi que d’un bon potentiel agricole. L’île est d’ailleurs le premier producteur mondial de vanille. Reste qu’elle est dépendante des produits agricoles et miniers. Le pays est pénalisé par des “réseaux routier, hydraulique et électrique insuffisants” et d’une “instabilité politique chronique”. Et la pauvreté est importante. “90% de la population vit avec moins de 2 dollars par jour”, rapporte l’assureur-crédit.

Afghanistan : instabilité et corruption

Afghanistan : instabilité et corruptionS

L’Afghanistan bénéficie de perspectives d’exploitation de matières premières (gaz, pétrole, minéraux…), mais cette économie reste fortement dépendante du secteur agricole. Le pays souffre d’une importante pauvreté, d’une “situation sécuritaire et géopolitique instable”, “de corruption” et d’une “faible gouvernance”, énumère l’assureur-crédit, qui estime par ailleurs que le système bancaire présente des “fragilités”.

Venezuela : la manne pétrolière a dans un premier temps profité au pays…

Venezuela : la manne pétrolière a dans un premier temps profité au pays…

Alors que le Venezuela bénéficie de réserves considérables de pétrole le long du fleuve Orénoque et d’un potentiel gazier offshore, le pays est confronté à une grave crise politique et économique. Au début des années 2000, le régime socialiste a décidé d’utiliser les recettes de l’exploitation des ressources pétrolières nationales, sur lesquelles il avait repris le contrôle, pour financer de vastes programmes sociaux et d’éducation. “Excellents au départ, les résultats avaient alors suscité de la sympathie dans le monde entier. Le taux de pauvreté a été fortement réduit, de 55,6% en 1997 à 26,4% en 2009, et la proportion de personnes scolarisées a fortement augmenté”, rapporte Eric Dor, directeur des études économiques à IESEG School of Management.

… mais la dépendance au prix de l’or noir a initié un engrenage infernal !

… mais la dépendance au prix de l’or noir a initié un engrenage infernal !

L’inconvénient de cette stratégie est que le pays est resté extrêmement dépendant des exportations de pétrole, “qui produisent l’essentiel des revenus du gouvernement. Les recettes du gouvernement sont donc sensibles aux amples cycles du prix de l’or noir”, souligne Eric Dor. La très forte baisse du prix du pétrole entre 2014 et 2016 a provoqué un effondrement des recettes du gouvernement du Venezuela. “Comme le gouvernement essayait de maintenir ses dépenses sociales, le déficit public a fortement augmenté. Le gouvernement a financé ce déficit public par des emprunts à la banque centrale, donc par une émission massive de monnaie nationale. L’émission démesurée de moyens de paiement sans contrepartie productive a provoqué une forte inflation, qui a induit une dépréciation de la monnaie nationale par rapport au dollar. Ainsi, les prix en monnaie nationale des biens importés, payés en dollars, ont fortement augmenté ce qui a encore accru l’inflation. Cette mécanique, où augmentation de l’inflation et dépréciation accrue de la monnaie se renforcent l’une l’autre, fut vite hors de contrôle”, dénonce l’économiste. “En réaction, les gens se sont mis à vouloir convertir tout de suite en dollars sur le marché officieux, leurs salaires et autres revenus reçus en monnaie nationale, pour essayer de garder leur pouvoir d’achat. Il y a donc en permanence des ventes massives de monnaie nationale contre dollars, ce qui renforce encore la dépréciation et ensuite l’inflation. C’est ainsi que l’hyperinflation se diffuse toujours plus”, décortique-t-il.

Venezuela : les conséquences désastreuses de l’hyperinflation

Venezuela : les conséquences désastreuses de l’hyperinflation

L’hyperinflation au Venezuela empêche tout calcul économique prospectif, ce qui freine l’entrepreneuriat et les investissements des entreprises. “Les perspectives d’évolution des coûts et des prix de vente sont tellement incertaines que cela rend très difficile d’établir des business plans pour lancer des activités dont la profitabilité est assurée. Il est très difficile de proposer des prix de vente pour production et livraison différée alors qu’on ignore quels seront les coûts au moment de réaliser le contrat, même dans des délais proches. En conséquence, il y a absence de lancement de projets d’investissement et de nouvelles entreprises. La production nationale est totalement déprimée”, explique Eric Dor.

Venezuela : les effets pervers du contrôle des prix

Venezuela : les effets pervers du contrôle des prix

Le contrôle des prix instauré au Venezuela a eu des effets pervers. “Le gouvernement fixe des prix plafonds pour toute une série de biens de consommation, pour protéger le pouvoir d’achat des consommateurs. C’est évidemment inefficace car, à cause de l’inflation et de la dépréciation continue de la monnaie nationale, les coûts de production, en salaires et en matières premières d’origine nationale ou étrangère, sont supérieurs à ces prix plafonds – d’où un manque de rentabilité. Il en résulte une chute de la production nationale et de graves pénuries de biens de consommation. Les consommateurs sont obligés d’essayer de se fournir illégalement sur le marché officieux en biens importés, à des prix très supérieurs aux maxima légaux”, dénonce Eric Dor. L’approvisionnement reste de toute manière insuffisant même sur le marché officieux, et la pénurie est généralisée. La baisse de production nationale a contribué à la forte chute du PIB.

Argentine : la chute des cours des matières premières a fait bondir le déficit public et l’inflation

Argentine : la chute des cours des matières premières a fait bondir le déficit public et l’inflationP

Riche en ressources agricoles, énergétiques et minérales, l’Argentine souffre d’une “dépendance à l’égard des cours des produits agricoles et des conditions météorologiques”, dénonce la Coface. “Jusqu’en 2008, l’augmentation très forte des prix des matières premières avait permis de restaurer l’équilibre des comptes publics et de rembourser la dette due au FMI. Mais la très forte chute des cours des matières premières en 2008 réduisit les recettes du gouvernement et provoqua à nouveau un déficit public qui fut financé partiellement par des prêts de la banque centrale, donc par émission monétaire. Il s’est ensuivi une forte inflation. Après une remontée entre 2009 et 2011, les prix des matières premières ont fortement baissé à partir de 2014, jusqu’en 2016”, rapporte Eric Dor.

Argentine : le FMI a dû voler au secours du pays

Argentine : le FMI a dû voler au secours du pays

C’est dans ce contexte difficile que Mauricio Macri a accédé à la présidence du pays. “Le nouveau président a, dès son accession en 2015, pris une série de mesures en faveur du marché qui contrastaient avec la gestion précédente. Il a supprimé les contrôles des capitaux et des changes et laisser flotter le peso. Il a supprimé les taxes sur les exportations. Il a également réduit les subventions publiques aux entreprises de production et distribution d’électricité, gaz ou eau, pour essayer de réduire le déficit public”, rapporte Eric Dor. Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, à partir de 2016, l’Argentine a recommencé à emprunter en dollars sur les marchés internationaux. Par la suite, “l’Argentine a connu le problème traditionnel des pays émergents endettés dans une monnaie étrangère, le dollar”, relève l’expert. En effet, avec le durcissement de la politique monétaire de la banque centrale américaine ces dernières années, les taux d’intérêt en dollars ont grimpé et la devise américaine s’est appréciée face au peso argentin, si bien que de nombreux capitaux ont fui l’Argentine pour être rapatriés aux Etats-Unis. Un mouvement qui a pesé un peu plus sur le peso, alimentant ainsi l’inflation (renchérissement des biens importés). “L’Argentine a dû recourir à un emprunt du FMI pour financer son déficit de balance des paiements”, explique Eric Dor, qui précise que le pays “est maintenant obligé d’appliquer une politique d’austérité budgétaire” !

Algérie : les derniers mandats d’Abdelaziz Bouteflika sont à oublier

Algérie : les derniers mandats d’Abdelaziz Bouteflika sont à oublier

L’Algérie bénéficie d’importantes réserves de pétrole et de gaz (ainsi que d’un fort potentiel dans les énergies renouvelables), et son modèle de gestion publique est basé sur la rente pétrolière. Ce modèle, appliqué par le gouvernement depuis 1999, consiste à utiliser ses recettes issues des exportations d’hydrocarbures pour financer des dépenses publiques généreuses : beaucoup de dépenses sociales, dont des logements gratuits et des subventions aux achats par la population de carburants et produits de base. “Ce modèle a amélioré la situation de la population et assuré une certaine cohésion sociale, surtout les 10 premières années. Il a aussi favorisé l’émergence d’entrepreneurs très liés au gouvernement, attachés à ce fonctionnement et réticents à accepter un changement de système. Or, la baisse des prix du pétrole depuis 2014 a compromis ce modèle de gestion”, dénonce Eric Dor. “Les recettes du gouvernement issues de la vente d’hydrocarbures ont diminué. Le gouvernement a craint l’impopularité d’une réduction des dépenses sociales auxquelles la population est très attachée, et les risques de troubles sociaux qui en résulteraient. Les autorités ont donc maintenu leurs dépenses sociales relativement inchangées et laissé filer le déficit public, qui reste bien supérieur à celui observé avant 2014, malgré le redressement des prix du pétrole depuis 2016”, explique l’expert. L’économie est trop dépendante des hydrocarbures et doit impérativement se diversifier.

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