Cheick Sako, ministre de la justice de la Guinée Conakry : «Toumba Diakité et Cie seront bel et bien jugés en 2017»

La république de Guinée s’est fait un point d’honneur d’attraire devant ses juridictions de jugement, les auteurs présumés des événements du 28 septembre 2009, avec par le «massacre» de 157 personnes.

Il s’agit d’une quinzaine d’individus, dont le commandant Aboubacar Toumba Diakité, arrêté vendredi dernier à Dakar. Une fin de cavale suivie avec intérêt par le Garde des Sceaux guinéen, Cheick Sako. De la France (Montpellier) où il se trouve, le ministre s’est prêté à nos questions. 

L’arrestation du commandant Aboubacar Toumba Diakité était une préoccupation majeure pour faire la lumière sur les évènements du 28 septembre. Quelle lecture faites-vous de ce dénouement ? 

Il est vrai que l’arrestation de Monsieur Aboubacar Toumba Diakité est intervenue à un moment où je séjourne en France, précisément à Montpellier. Mais, même loin de Conakry, je suis de très près les développements de cette affaire, en intelligence avec mon département. Je dois noter également que ce travail se fait en étroite collaboration avec les autorités sénégalaises. De cette affaire, il faut retenir deux choses. Primo, ce dénouement est le fruit d’une étroite collaboration en cours depuis plusieurs mois entre le Sénégal et la Guinée. Je dois cependant relever que le gouvernement Guinéen qui s’est fait un point d’honneur de faire la lumière sur les malheureux évènements du 28 septembre, avait, dès le 26 avril 2010, émis un mandat d’arrêt international contre M. Toumba Diakité. A l’époque, le professeur Alpha Condé venait d’être porté à la tête de l’Etat Guinéen. La justice avait été mise en branle à cet effet et le commandant Diakité était recherché dans plusieurs pays dont, notamment la France, le Maroc, la Gambie et en dernier ressort, le Sénégal.

Quand avez-vous su que le commandant Diakité était bien à Dakar ?

A la faveur de la franche collaboration que nous avons, durant tout ce temps, eue avec le Sénégal, relativement au traitement de cette affaire, nous avons eu la confirmation que M. Diakité résidait effectivement à Dakar, il y a 2 mois. Dans le même ordre, nous avons appris qu’il a été formellement localisé au quartier Ouakam où il vivait dans un appartement luxueux, non loin du Monument de la Renaissance africaine. A la suite de quoi, nous avons saisi Dakar, d’une commission rogatoire. Dès lors, il appartenait à la machine judiciaire du Sénégal de poursuivre le travail. Ce qui a été fait avec un grand professionnalisme.

On parle de plus en plus de son imminente extradition vers Conakry, qu’en est-il ?

Il est évident que depuis l’arrestation de M. Diakité, la justice sénégalaise déroule la procédure judiciaire qui est de mise en la matière. C’est en cela que le Commandant Diakité a été mis dans les liens de la détention. La procédure d’extradition suit son cours. Elle prendra un voire deux mois. J’ai eu une correspondance téléphonique avec le Garde des Sceaux du Sénégal, Sidiki Kaba, il y a deux jours. Les deux pays s’accordent mutuellement à faire avancer la procédure, mais dans le respect des règles établies et dans la légalité. C’est le lieu d’ailleurs de saluer la coopération judiciaire exemplaire entre nos deux pays, ce qui augure des lendemains meilleurs.

Vous semblez optimiste quand à la tenue du procès à Conakry ? 

Je puis vous assurer que ce procès aura bel et bien lieu à Conakry ou dans l’intérieur du pays. Mais il aura lieu en Guinée en 2017 et pas ailleurs. M. Toumba Diakité et l’ensemble des présumés auteurs des évènements du 28 septembre seront jugés. Ils auront droit à un procès juste et équitable.

L’idée que ce procès pourrait ne pas se tenir en Guinée, mais à la Cour pénale internationale (Cpi) est pourtant avancée ? 

J’ai répondu à ceux-là qui véhiculent cette idée, arguant que la justice guinéenne n’est pas suffisamment outillée. J’ai regretté ces sorties médiatiques gratuites. La Cour pénale internationale (Cpi) ne peut pas «récupérer» ce dossier. Sur le plan juridique, ce n’est pas possible. C’est un principe de subjudiarité. Cela pourrait se faire, seulement s’il est avéré que la justice guinéenne ne fait rien pour juger l’affaire ou encore si des lenteurs notoires sont relevées. Ce qui est loin d’être le cas, en l’espèce.

Abdoulaye DIEDHIOU

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