Cheikh Hadjibou SOUMARE, président de la commission de l'UEMOA : « Il y a une forte volonté politique pour une véritable intégration »

Cheikh Hadjibou SOUMARE, président de la commission de l'UEMOA
Cheikh Hadjibou SOUMARE, président de la commission de l'UEMOA
Cheikh Hadjibou SOUMARE, président de la commission de l’UEMOA

La 17ème session des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) se tient aujourd’hui, à Dakar. Le président de la Commission de l’Uemoa, Cheikh Hadjibou Soumaré, s’est confié au journal « Le Soleil » pour la circonstance. Il exprime dans cet entretien la « forte volonté politique pour assurer la marche vers une véritable intégration » des Etats membres de l’Union.

Après presque deux ans à la présidence de la Commission, on peut vous demander comment va l’Uemoa ?

Notre Union va bien. Elle va bien et elle pourrait se porter mieux. Vous voyez, comment nous avons réussi à sortir nos pays des crises en Côte d’Ivoire, au Mali et bientôt en Guinée-Bissau. Voyez comment la Côte d’Ivoire, un pays post conflit, réussit des taux de croissance avoisinant les deux chiffres. C’est cela qui doit nous motiver afin de faire de notre espace une zone de bien-être au bénéfice des populations.

 Mais, monsieur le président, le fondement de l’intégration, c’est la libre circulation des personnes et des biens. Vingt ans après, l’Uemoa est une zone de tracasseries plutôt qu’un marché commun…

Vous avez parfaitement raison de vous inquiéter de la libre circulation des personnes et des biens. Les tracasseries sur nos routes, les entraves de toutes sortes au commerce intracommunautaire sont injustifiées. Cela dit, il y a des progrès qui ont été accomplis. La Commission œuvre au quotidien, en rapport avec les Etats, pour rendre effective une circulation sans entraves des biens et des services. En ce moment, il y a une forte volonté de nos plus hautes autorités à travers un signal fort pour assurer la marche vers une véritable intégration. C’est un pas décisif qui pourra conforter la volonté politique qui a prévalu à la naissance de l’Uemoa en 1994.

 La sous-région souffre également de la malnutrition et de l’insécurité alimentaire. Que fait l’Uemoa pour atténuer la misère des populations ?

Cinquante ans après nos indépendances, il est déplorable de voir que nous n’arrivons pas à nourrir nos populations. C’est en cela que je salue l’initiative prise par la Conférence des chefs d’Etat et de gouvernement de l’Uemoa, lors de sa session du 06 juin 2012, à Lomé, pour la mise en place d’un programme de lutte contre l’insécurité alimentaire. Ce programme qui est en phase d’opérationnalisation est confié au président de la République du Niger, Son Excellence monsieur Issoufou Mahamadou. L’alimentation est, en effet, un droit fondamental, c’est l’expression d’une liberté. La réalisation de la sécurité alimentaire reste donc un grand défi pour l’Union. Il s’agit, pour nous, de définir une stratégie de relance du secteur agricole en vue de la réalisation d’une sécurité alimentaire durable. Cette stratégie doit prendre en considération les préoccupations liées à la maîtrise de l’eau, à la recherche d’une amélioration de l’approvisionnement en intrants de qualité à travers les semences et les engrais. Il y a aussi un meilleur accès à l’énergie, l’amélioration de la valorisation des productions avec la promotion de l’agro-industrie, le développement des infrastructures en vue d’améliorer la commercialisation des productions et les échanges tant locaux que régionaux. Notre stratégie, pour être efficace, va s’appuyer sur une conservation des ressources naturelles et de l’environnement. Nos objectifs sont donc clairs : il s’agit de la maîtrise de l’eau, de l’accroissement des productions agro-sylvo-pastorales et halieutiques, de l’accès au marché tant sous-régional qu’international. Il y a également le développement d’instruments régionaux de gestion de la sécurité alimentaire, l’amélioration de l’état nutritionnel, les réformes du cadre institutionnel avec recherche agricole et transfert de technologies. C’est donc une action vigoureuse en vue du renforcement des capacités et du financement de l’agriculture.

 Il y a aussi le problème criant de l’électricité…

Le coût de l’énergie est un sérieux handicap à l’industrialisation. C’est une question vitale. La Commission s’associe à toutes les initiatives afin de réduire les effets de cette hausse sur les produits de première nécessité et les transports. Nous avons pris d’importantes décisions au niveau communautaire pour résoudre la question de l’énergie dans notre sous-région à travers l’Initiative régionale pour l’énergie durable (Ired). La mise en œuvre de l’Ired permettra la résorption du déficit énergétique, la réforme du secteur de l’électricité en vue de réaliser le mix énergétique à travers la promotion des énergies renouvelables, solaire notamment, et l’opérationnalisation du Programme régional d’économie d’énergie (Pree). Un accent particulier sera ainsi mis sur l’exécution de la stratégie régionale de diffusion des Lampes à basse consommation (Lbc), le financement par le Fde de la deuxième génération des projets du programme d’urgence au profit des Etats membres, la poursuite des actions en vue de la mise en place d’un système de planification énergétique intégrée  et l’adoption du Programme d’amélioration de l’approvisionnement en hydrocarbures.

L’Uemoa vient de lancer un programme d’énergie solaire en relation avec la Société africaine des biocarburants et des énergies renouvelables (Saber), une organisation sous-régionale, basée à Lomé, au Togo, pour un coût de 18 milliards de FCfa pour la première phase. Ce programme 2013-2014 qui couvrira l’ensemble des huit pays de l’Union donnera un élan nouveau dans la mise en œuvre de la Politique énergétique commune (Pec), notamment de l’Ired dont la vision à l’horizon 2030 est d’assurer à l’ensemble des citoyens de l’Uemoa, l’accès à une énergie à bas prix, au sein d’un vaste marché d’échanges d’énergie électrique intégré et harmonisé à l’échelle de l’Afrique de l’Ouest, en s’appuyant sur un partenariat public-privé dynamique. C’est également une réponse concrète à l’initiative des Nations unies sur l’énergie durable pour tous, qui est de faciliter l’accès à l’énergie durable à plus de deux milliards de personnes dans le monde dont plus de 600 millions en Afrique subsaharienne.

 Le fondement de la construction communautaire est la paix. La sous-région n’est-elle pas devenue une zone conflictogène ?

La prospérité, la croissance, le bien-être même sont dépendants du climat de paix et de sécurité. Nous avons traversé des crises qui sont, pour la plupart, derrière nous. La Côte d’Ivoire, le Mali ont franchi des caps importants, la Guinée-Bissau s’apprête à renouer avec une vie constitutionnelle normale. Le climat est donc à l’apaisement. Cela ne doit pas nous faire oublier que tout équilibre est fragile. C’est pourquoi les chefs d’Etat et de gouvernement de notre Union ont décidé de mettre sur pied un chantier « Paix et Sécurité » confié au président de la République du Sénégal, Son Excellence monsieur Macky Sall. Cette initiative doit aboutir à une politique commune de l’Union.

 Parmi les défis qui interpellent l’Union et l’Afrique, certains sont-ils plus pressants que d’autres ?

S’il y a un problème qui me tracasse au quotidien, c’est celui de l’emploi des jeunes. Quand on est Africain et responsable d’une institution communautaire, on est frappé par le spectacle de ces nombreuses victimes notamment des jeunes qui échouent dans des embarcations de fortune. Lampedusa est un drame africain. Nous profitons de l’occasion pour nous incliner devant la mémoire de toutes les victimes. Le chômage des jeunes est donc un problème majeur qui n’a pas échappé à la vigilance de nos chefs d’Etat qui tentent d’apporter une réponse à ce douloureux problème qui menace la stabilité sociale. Nous devons chercher des solutions pragmatiques et urgentes. A cet effet, mon vœu le plus cher est de voir se conforter la paix et la sécurité dans notre sous-région afin qu’elle demeure une aire de concorde, de croissance, de prospérité et de solidarité au bénéfice de tous les citoyens de l’Union et particulièrement de sa jeunesse.

Entretien réalisé par Cheikh THIAM

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