Cheikh Ly, le plus jeune co-détenu politique de Wade en 1988 : « Je cours après une audience depuis 11 ans, mais mes compagnons du Pds m’ont oublié »

Cheikh LyCheikh Ly, le plus jeune co-détenu politique de Wade en 1988 : « Je cours après une audience depuis 11 ans, mais mes compagnons du Pds m’ont oublié »

 Cheikh Ly a 18 ans. Ne s’intéressait même pas à la politique. Mais subitement en cette année, Cheikh constate qu’Abdoulaye Wade a été doublement victime à l’issue des élections présidentielle et législatives du 26 février. Non seulement la victoire de Wade qui ne faisait l’ombre d’aucun doute lui a été confisquée par le régime autoritaire d’Abdou Diouf, mais en plus il a arrêté et emprisonné avant même la proclamation officielle de ces résultats. Récit !

Pouvant plus contenir sa colère et son indignation, Cheikh Ly et quelques uns de ses amis des Hlm5 décident de s’opposer à la soldatesque du Parti socialiste. Ils barrent toutes les rues et la grande avenue des Hlm, allument des pneus et des troncs d’arbres et s’en prennent aux domiciles des grands dignitaires du Ps, symboles de l’injustice dont l’opposant Wade avait été victime. C’était la casse, tous les jours dans les quartiers des Hlm, Biscuiterie, Ouagou Niayes et Bopp comme un peu partout au Sénégal.

Les jeunes incendient des véhicules et des villas appartenant à des caciques du régime, notamment Mme Sokhna Dieng, Madia Diop ou Hadj Mansour Mbaye. Suite à une dénonciation, le jeune Cheikh Ly est cueilli chez lui aux Hlm après une filature de 3 jours qui l’avait même contraint en un moment donné d’aller se réfugier à Thiès. Il est directement acheminé à la police du Point E où il se retrouve dans les grilles avec ses amis Badara Camara, Assane Dia et Arfang Sarr. Puis, déféré à la Dic sise au sein du Commissariat central et mis sous mandat de dépôt à la prison de Reubeuss en même temps que l’opposant Abdoulaye Wade dans le même fourgon de police.
Le même Wade que Cheikh Ly ne connaissait pourtant pas, mais pour qui il allait souffrir le martyre et la prison. « Je me souviens encore des propos de Wade alors qu’il nous prodiguait des conseils à l’intérieur même du panier à salade de la police. I
l nous disait de rester stoïques et forts, de ne pas avoir peur et surtout de croire à notre idéal du Sopi », se rappelle Cheikh Ly. A la prison de Reubeuss, le jeune Ly avait comme compagnons en sus de Wade, les Savané, Ousmane Ngom, Abdoulaye Faye, Boubacar Sall, Pape Samba Mboup ett Idrissa Seck (dont on avait arrêté l’épouse afin de l’obliger à sortir de sa cachette alors qu’il était allé se réfugier chez Aminata Tall), Joseph Ndong (dont on avait arrêté son épouse Michelle dans les conditions que celle d’Idy), Abdoulaye Bathily, Amath Dansokho (qui pleurait et suppliait qu’on le libère car, disait-il, je suis diabétique et je risque de mourir en prison).
Selon Cheikh Ly, le comportement de Wade l’avait intrigué car le leader du Sopi était toujours calme et tempérait ses compagnons désemparés. « Je me souviens de notre première nuit en prison. Nous étions envahis par des milliers de cafards, des « mboot » noirs et énormes. Il fallait voir comment Abdoulaye Wade écrasait ces bestioles avec ses chaussures. C’est comme si Wade se battait contre des gladiateurs. A chaque coup, il en écrasait des dizaines, car Wade peut supporter sauf la vue des cafards. Il en avait peur », révèle Cheikh Ly qui lui servait tantôt de chef de protocole et lui prêtait même sa petite radio Transistor pour écouter Rfi.

Le monde de Wade, opposant

Ce sont les Fatim Dior Sall (épouse de Boubacar Sall), Safiétou Ndiaye (épouse d’Ousmane Ngom), Anna Sarr (épouse d’Abdoulaye Bathily) et mère Khady Wade (sœur de l’opposant et n°1 du Pds et mère des Ndèye Sakho, Ndiouga Sakho, Fodé Sakho…) qui amenaient les repas à Rebeuss. Pendant ces moments de festin, Wade ne mangeait presque pas, il aimait plutôt chahuter et faisait des farces quand les autres mangeaient et faisait les sermons comme un imam de mosquée.

« Je me rappelle, dit Cheikh Ly, un jour, j’avais préparé un thé trop fort. Et toute la nuit, Wade n’a pas dormi. Il n’était même pas amateur de thé, mais cette nuit-là, il en avait goûté un peu et avait eu l’insomnie. Et vous savez ce qu’il a fait ? Wade a réveillé tout le monde pour qu’on lui tienne compagnie jusqu’au matin, car il ne me pardonnait pas d’avoir fait un LEWEUL aussi fort ».

Quand Wade et ses compagnons allaient au tribunal à bord du fourgon de police, c’étaient les chahuts à gogo. Wade aimait plaisanter avec les gardiens de prison, surtout qu’il aimait taquiner un gardien du nom d’Amath Samb qu’il considérait comme son cousin à plaisanterie.

Le jour le plus dramatique…

Le jour le plus dramatique de ce séjour carcéral, se souvient le fils du grand musicien Sidate Ly, c’est le jour où le grand bandit Moussa Bambara de Kaolack (décédé la semaine dernière par noyade dans le fleuve SALOUM sous le pont Noireaud) créa la révolte en prison à l’issue de la séance de promenade dans la cour. Ce jour-là, le caïd refusa de rentrer dans sa cellule et décida d’affronter les gardiens de prison qui voulaient le forcer à rentrer dans la cellule comme les autres.

Moussa Bambara se saisit d’une bouteille qu’il boira de manière spectaculaire et cassa. Il fit mine de s’égorger en plantant le gros tesson sous sa gorge. Et ce fut l’émoi d’abord, puis la stupeur. « Si vous me touchez, je me tranche la gorge sur le champ ! », criait le caïd. « D’ailleurs, reculez ! », ordonnait-il.

Même les gardes pénitentiaires avaient peur et n’avaient aucun moyen de désarmer Moussa Bambara. Et c’est en ce moment que Wade arriva et comme par enchantement, salua calmement Moussa Bambara et lui ordonna avec autorité de jeter le tesson de bouteille. Ce dernier comme hypnotisé et chloroformé, s’exécuta puis s’applatit devant Wade en pleurant à chaudes larmes.

Wade le releva et l’accompagna dans sa cellule. Ce fut une scène pathétique et inoubliable. On eût cru dit qu’Abdoulaye Wade avait des dons surnaturels pour neutraliser les caïds de la prison, car ils lui obéissaient tous, au doigt et à l’œil, comme des enfants de chœur.

Wade, sall et ngom 5 ans requis
En prison, Wade avait beaucoup d’audiences et recevait des centaines de visiteurs, surtout les avocats, Me Yérim Thiam, Boucounta Diallo, Madické Niang, Moustapha Diop, Khoureïchi Bâ, Daouda Bâ, Clédor Ly.

C’était à la salle des Avocats, à l’entrée de la prison et je servais de chef du protocole à Me Wade, se souvient Cheikh Ly.

Après 3 mois de détention, le jeune Cheikh Ly fut libéré sans procès. Selon le Tribunal, son cas avait été laissé à l’appréciation personnelle du juge. Que cachait-on ? Etait-ce à cause de son jeune âge ?

En tout cas les autres, tous les autres, avaient été jugés par la Cour de la Sûreté de l’Etat le mardi 3 mai 1988 et condamnés à des peines très lourdes (cinq ans pour Wade, Ousmane Ngom et Boubacar Sall) avant d’être graciés aussitôt par le Président Abdou Diouf qui avait préféré convoquer une table ronde nationale pour discuter de tous les problèmes politiques. Tout avec grand T qui allait aboutir à un gouvernement de majorité présidentiel élargi avec l’entrée des responsables du Pds comme ministres.

Et le jeune Cheikh Ly dans tout cela ?

Depuis l’an 2000, il n’a plus revu son compagnon de prison devenu Président de la République du Sénégal. Ni même aucun de ses autres compagnons de cellule devenus ministres dans le gouvernement. « J’ai écrit 6 fois au Président Wade, avec accusées de réception. Mais ces lettres sont restées mortes et sans suite. J’ai aussi écrit à Karim Wade, Ousmane Ngom (lui au moins, il m’a reçu et donné cent mille francs Cfa !), Doudou Wade, sans succès », se souvient avec amertume Cheikh Ly.

Depuis l’Alternance, non seulement, personne ne veut le recevoir, mais il vit son chômage comme un boulet et un casier judiciaire Sali par sa condamnation en 1988.

Aujourd’hui, le seul rêve de Cheikh Ly, c’est de rencontrer le Président Abdoulaye Wade son compagnon d’infortune en 1988, de solliciter sa générosité.

Aujourd’hui, 23 ans plus tard, Cheikh Ly, marié et père de 5 enfants implore le soutien du président afin de se sortir du chômage et de la misère, son seul lot quotidien.

Ne parlez surtout pas à Cheikh Ly des ennemis historiques de Wade comme Djibo Kâ, Abdourahim Agne, Mbaye Jacques Diop, Serigne Mbacké Ndiaye, Abdoulaye Makhtar Diop, Babacar Diagne, Amadou Kane Diallo, Sada Ndiaye, Adama Sall, Iba Der Thiam, Sokhna Dieng Mbacké, Aïda Mbodj, Abdoulaye Babou, Léna Fall Diagne, Mbackiou Faye (le plus grand insulteur de Wade de l’histoire du Sénégal), Cheikh Ly se raidit et soupire de honte. Ainsi va le Sénégal sous l’Alternance. Les premiers compagnons de Wade avant l’Alternance sont devenus aujourd’hui les derniers de la République. Cheikh Ly pense plutôt que le Président Wade n’a reçu aucune des correspondances qu’il lui a envoyées depuis 11 ans. A qui la faute ? ça aussi, ce sont des tares de l’Alternance…

Ferloo

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