COLLECTION PERMANENTE AU «RAW MATERIAL COMPANY» L’HUMAIN ET L’HISTOIRE COMME TRAIT D’UNION

Oeuvre_MansourCiss_PanafricanismeC’est à la générosité d’une dizaine d’artistes que le « Raw Material Company» doit sa Collection permanente dévoilée au public et à la presse, dans la soirée du lundi 10 novembre.

L’espace culturel, qui se définit comme un centre pour l’art, le savoir et la société, rassemble ainsi une vingtaine d’œuvres appartenant à des horizons culturels et artistiques différents, et produites entre 2000 et 2014. Les artistes, eux, viennent entre autres du Sénégal, du Danemark, de la France ou encore du Nigéria. Ils sont photographes, peintres, dessinateurs etc.

George Osodi sait prendre des photos, un deux, plusieurs clichés, mais on ne lui a pas appris à se coudre la bouche. Le photographe nigérian aurait pu se taire, mais non…
Difficile sans doute de garder le silence ou de fermer les yeux, pendant que les Ogoni, peuple autochtone du Delta du Niger, au sud du Nigéria, sont les oubliés d’un commerce de l’or noir qui aurait commencé en 1958, lorsque pour la première fois, on trouve du pétrole sur leurs terres. L’extraction, très peu scrupuleuse, se fait au mépris de l’environnement. Idem pour les populations qui, elles, se contentent d’imaginer ce qu’un seul baril pourrait rapporter.
Ogoni Boy – c’est le titre donné à l’une des photos de George Osodi- est comme qui dirait l’un des visages de ce drame. Le jeune adolescent se tient debout, les bras croisés comme en signe de défi. Et lorsqu’il plante ses yeux dans ceux du spectateur, avec la bénédiction d’un appareil complice,  on a comme l’impression que rien ne pourrait l’ébranler. Le gros plan de l’image, c’est lui. C’est aussi le seul pan encore clair du décor-pour combien de temps encore ?
-comme si notre regard devait s’arrêter là et que tout derrière lui n’était que prétexte : la verdure qui prend feu en silence ou l’épais voile de fumée noire qui brouille les pistes. Si le récit de George Osodi a forcément des racines politiques, ce que capte son objectif c’est surtout un récit, un ressenti, une aventure humaine. Pas de pitié, mais «un profond respect».
«Sénégalaiseries»
Chez quelqu’un comme l’artiste peintre sénégalais, Ibrahima Kébé, on est aussi « en communauté », mais plus dans une sorte de regard sociologique. Car on y parle de «Sénégalaiseries» sur fond de relations sociales tentaculaires où les hommes sont représentés par des chats, les uns sur les autres ou entremêlés. Et avec une manière de s’approprier un espace qui paraît toujours trop petit, parce que trop peuplé. Pas de vide, pas de solitude, il faut jouer des coudes.
Chez Ibrahima Kébé, le trait a quelque chose de ces histoires imagées que l’on raconte aux enfants, presque comme une bande dessinée, avec une forme de naïveté toute feinte et quasi caricaturale. Prêter aux hommes des traits animaux-comme c’est le cas ici- c’est sans doute prendre avec eux certaines libertés, et parler d’eux l’air de rien.
Le peintre français Vincent Michéa, qui a exposé plusieurs fois à Dakar, est reconnaissable à son travail sur pointillés. Sa technique consiste à partir d’une photo ou d’une pochette de disques par exemple, qu’il démultiplie en une série de petits points qui servent de balises à son travail graphique et quasi photographique.
Comme dans un puzzle, le travail final de reconstitution ne tolère aucune erreur. Parce qu’il faut demeurer fidèle, ne pas trahir l’image originale. Il y a quelques années, Vincent Michéa avait déjà joué sur les mêmes pointillés, modelant le visage de la chanteuse égyptienne Oumou Kalsoum. Ou encore celui de d’Aminata Fall, l’une des icônes du blues et du jazz au Sénégal.
On retrouve un peu les mêmes petits points chez le peintre Alexis Peskine qui même s’il est né à Paris, «est déjà un artiste reconnu aux Etats-Unis». Il travaille aussi sur le portrait, mais un peu plus sur l’attitude, l’expression. Le catalogue qui accompagne cette expo dit de lui que son «œuvre exprime des traumatismes causés par le regard de la société, et les problèmes identitaires qui résultent de dynamiques de pouvoir, qu’elles proviennent du sexe, de l’ethnicité, de la nationalité ou de la religion.» Torse nu, «cadrés» au buste, ses personnages ont un regard trouble, à la fois dur et triste, et quasi insoutenable même s’ils ne sont faits que de «papier».
Pour cette collection permanente, l’artiste plasticien Mansour Ciss, lui non plus, n’est pas venu seul puisque son panafricanisme l’accompagne toujours. Son œuvre parle de Kwame Nkrumah, de Cheikh Anta Diop ou de Patrice Lumumba, visages-symboles plaqués sur quelques billets de banque de cette monnaie fictive qu’il a «créée» il y a quelques années. L’Afro, comme une réponse à l’Euro. Et clin d’œil à l’actu ou pur hasard, on y retrouve aussi Thomas Sankara face à Blaise Compaoré, président déchu du Burkina-Faso.

Théodora SY SAMBOU

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