Colonisation française aux Comores Les Comores, sous oppression française depuis le XIXe siècle

Captura.PNGcomoresss-300x181La librairie marseillaise Transit est spécialisée en critique sociale, antifascisme, féminisme, théorie de l’émancipation. Le 29 mars, elle organisait une rencontre avec Saïd Ahmed Saïd Mohamed Jaffar dit Guigui, militant comorien. L’occasion pour l’assistance de découvrir avec horreur un passé et un présent des relations franco-comoriennes consternants. La « patrie des droits de l’homme » a colonisé les Comores au XIXe siècle, et depuis, bien qu’une autonomie administrative ait été obtenue en 1946 et une accession à l’indépendance validée au mitan des années 1970, elle se comporte toujours comme en pays conquis.

En gardant Mayotte sous son égide, la France a fractionné un territoire insulaire constitué de quatre îles de manière douloureuse. Le gouvernement Balladur a créé un visa pour empêcher que les ressortissants des autres îles (Grande Comore, Anjouan et Moéli) ne se rendent à Mayotte librement, en espérant y trouver de meilleures conditions de vie. Selon Saïd Ahmed Saïd Mohamed Jaffar, qui évoque un véritable apartheid, des centaines de personnes se sont noyées en tentant de rejoindre les rives françaises à la nage, d’autres sont détenues en prison dans des conditions atroces, les enfants des rues peuplent les bidonvilles, et si l’on agrandit les centres de détention, on ne construit ni écoles ni dispensaires de soins. « Le SMIC y est moitié moins élevé que celui de la Réunion ».
Le militant révolutionnaire (il a passé du temps dans les geôles de Bob Denard) déplore le manque de courage des politiciens comoriens, « qui ne restent au pouvoir que s’ils se plient aux volontés de la France ». Les rebelles ont été découragés, parfois assassinés dans des conditions troubles. « L’État français devrait être traduit en justice devant le Tribunal Pénal International pour le mal qu’il a fait chez nous. »
Pourquoi la France s’accroche-t-elle à ce point aux Comores ? Parce qu’il s’agit d’un point stratégique, une base militaire cruciale, entre le golfe d’Aden, les Seychelles, Djibouti. Les pétroliers passent à proximité, par le canal de Mozambique, « et s’ils n’étaient plus là, ce seraient les américains et les autres qui prendraient leur place ». Comble de malheur, on y a trouvé récemment du pétrole et du gaz de schiste. Les quatre îles ont beau cumuler un territoire équivalent au quart de la Corse, cela éveille bien des convoitises…
Mais la révolte gronde. Saïd Ahmed Saïd Mohamed Jaffar déplorait à la Librairie Transit la passivité des Comoriens, éteints par l’étouffoir du colonialisme, précisant avec dépit : « on est encore loin de relever la tête ». L’avenir pourrait lui donner tort : la grève devient générale à Mayotte, qui s’enflamme depuis le 30 mars, avec pour revendication « l’égalité réelle ».
GAËLLE CLOAREC
Avril 2016
Photo : -c- Alain Castan
http://www.journalzibeline.fr/societe/colonisation-francaise-aux-comores/

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