COMMENTAIRE DU JOUR: N’en déplaise aux enquêteurs ! Par Malick Rokhy Bâ

Malick Rokhy Bâ
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Notre pays se vante souvent d’être une démocratie modèle en Afrique. On le lui fait également croire. Il a fini par en acquérir la ferme conviction. Tout cela n’est pas faux. Sauf qu’il y a un bémol à mettre dans ce discours d’auto glorification. Au pays des aveugles, dit-on, les borgnes sont rois. Deux facteurs majeurs obèrent l’image d’une démocratie moderne et dynamique que nous nous employons à entretenir et tentons d’exporter. Il s’agit du manque de culture démocratique et du type de rapports entre notre système judiciaire et le pouvoir exécutif.

Ce manque de culture a marqué le règne de l’ancien régime socialiste. Il s’est, paradoxalement, nettement amplifié, aujourd’hui, avec les nouvelles autorités démocratiquement portées pourtant au pouvoir grâce aux vertus du suffrage universel. La démocratie se vit dans les actes posés et les comportements affichés par les personnes qui incarnent les institutions et sont chargées de les conduire, en vue de l’instauration d’un jeu franc, ouvert, libre et respectueux des individus et de la communauté.

La démocratie a besoin d’un formalisme pour dessiner son cadre de déploiement. Elle ne saurait toutefois s’en suffire pour exister en s’incarnant dans la réalité et dans les pratiques des hommes qui la servent et l’entretiennent. Or, les nouvelles autorités croient avoir réglé le problème qui se pose à notre démocratie en déclarant urbi et orbi qu’elles ont élevé à un rang constitutionnel certaines libertés publiques. En réalité cette ” générosité ” est superfétatoire. Car elle encombre le texte constitutionnel de détails qui enlèvent à la norme fondamentale une partie de sa sacralité tenant à la nature normalement succincte de texte d’une telle dimension.
Il y a lieu pour s’en convaincre davantage de considérer le texte constitutionnel des pays comme les Etats-Unis, l’Allemagne. La Constitution anglaise elle, n’est même pas écrite. Elle est déclinée oralement. Comme disait un éminent juriste : ” plus une Constitution est simple et est avare en détails, mieux elle vaut et est susceptible d’interprétations intelligentes favorisant le développement d’une très forte dynamique de progrès démocratique “.

Les nouvelles autorités ne peuvent pas prendre comme preuve de leur ouverture et leur acceptation du libre jeu démocratique, le fait d’avoir élevé au rang constitutionnel certaines libertés publiques. A force de s’en vanter, elles finissent par trahir ce qu’on tente de cacher maladroitement : l’esbroufe et la ruse qui ne trompent plus personne. Ces procédés sont surannés.

La magistrature travaille aujourd’hui dans des conditions matérielles déplorables et dans des locaux indignes de son rang, en plus d’être soumise à des tentatives répétées de vassalisation, auxquelles de nombreux juges résistent dans l’indigence, il est vrai, mais dans la dignité. Le traitement réservé au dossier sur la tentative de meurtre perpétrée sur la personne de Talla Sylla dans la nuit du 5 au 6 octobre dernier, ne milite pas en faveur d’une nette séparation des pouvoirs.

Si tel n’était pas le cas, il y a alors longtemps que les agresseurs de Talla Sylla seraient face aux jurés d’une Cour d’assises pour répondre de leur forfait criminel. Le chemin à parcourir est long pour arriver à un stade où le développement de notre démocratie est garanti par les hommes politiques et sa protection à toute épreuve assurée par les juges, derniers remparts contre tous les abus ou dérives susceptibles de poser des hypothèques sur l’avenir de notre société.

Les gendarmes qui ont enquêté sur l’affaire Talla Sylla en appellent à une réaction salutaire des juges. C’est bien qu’ils le pensent. Cette demande doit cependant être prise en charge par les citoyens et l’opposition. Prétexter de l’affaire Talla Sylla, pour exiger la fin des violences politiques, en organisant une gigantesque marche de protestation à travers les rues de la capitale, était, de notre point de vue, très louable.
Le fait d’oublier de donner une suite concrète aux actions déjà conduites, en exigeant après la fin de l’enquête criminelle, que la Justice se prononce pour édifier le peuple, nous semble-t-il, constitue, par ailleurs, une preuve de la faiblesse remarquable du cadre d’action de l’opposition et de l’incohérence de sa stratégie d’ensemble.
Il ne faudrait surtout pas donner du grain à moudre à ceux qui pensent que l’organisation de quelques soirées de gala et l’exécution de certains programmes de lutte contre la pauvreté qui a été confiée à certaines organisations de la société civile, peuvent contrarier l’agenda de certains ténors de la société civile.
En attendant, les criminels qui ont failli enlever la vie à Talla Sylla courent toujours. N’en déplaise aux gendarmes enquêteurs ! Et aux citoyens…
Par Malick Rokhy Bâ

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