Conditions carcérales à Dakar : Sidiki Kaba prend la mesure de l’horreur

le garde des Sceaux Me Sidiki Kaba
le garde des Sceaux Me Sidiki Kaba
le garde des Sceaux Me Sidiki Kaba

Les prisons de Dakar étouffent. La population carcérale a largement dépassé la capacité initialement prévue. Conséquences : les détenus s’entassent dans les chambres comme des sardines. La restauration insatisfaisante. L’hygiène presque inexistante. En visite à Rebeuss, au Fort B, au Camp pénal, Me Sidiki Kaba, ministre de la Justice, plaide pour la construction rapide de la prison de Sébikotane pour décongestionner les autres centres de détention.

«C’est horrible» ! C’est le cri d’indignation d’un membre de la délégation ministérielle. En visite hier à la prison de Rebeuss, il ne pouvait contenir son ressentiment en observant le décor fangeux de cette Maison d’arrêt et de correction. Mine horrifiée, étreint  par l’émotion, il n’arrivait pas à articuler les mots pour décrire les conditions de détention. Les maux ont leurs qualificatifs : «inhumain» et «dégradant».

La Mac de Rebeus est un lieu répugnant. Cela se vérifie par les chiffres avancés par le directeur de cet établissement pénitentiaire, lors de la visite du ministre de la Justice dans la plupart des centres de détention de Dakar. Prévue pour accueillir seulement 800 personnes, cette prison héberge une population carcérale évaluée à ce jour à 2 250 détenus.  Ils sont répartis entre 42 chambres. Soit plus d’une cinquante de prisonniers par cellule. Ahurissant !

Le surpeuplement n’est pas seulement l’apanage de Rebeuss. Au Camp pénal, le nombre de détenus a atteint à ce jour 866 alors que cette prison devait accueillir seulement 600 personnes. D’après le directeur de ce centre de détention,  le ratio est de 1 surveillant pour 11 détenus.

Une tâche énorme pour les gardes pénitentiaires obligés de prendre en charge une nouvelle catégorie de détenus. D’après Diadji Ndiaye, régisseur de cette prison de Liberté 6, le Camp pénal fait face ces dernières  années à la présence de détenus atteints de troubles mentaux.  Ce qui, selon lui, pose de plus en plus de problèmes de cohabitation entre codétenus. Il note que cette situation expose le personnel à des situations presque impossibles. Les femmes aussi sont logées à la même enseigne. Même si les chiffres liés à leur surpeuplement n’ont pas été dévoilés.  Au Fort B, prison réservée exclusivement aux mineurs âgés de 13 à 18 ans, on note juste un surplus «seulement» de 6 détenus.

«La prison ne doit pas être un lieu de destruction humaine»

Surpeuplement, promiscuité, insalubrité constituent le quotidien des détenus dakarois.  «Il faut agir! Et vite», insiste le ministre de la Justice. Me Sidiki Kaba soutient devant la presse que la prison ne doit pas être «un lieu de destruction de l’individu». Reconnaissant la réalité du surpeuplement carcéral, il considère qu’il faut dépasser cela le plus rapidement possible. «C’est un fait qui a été souligné. Cela nous a été exposé. Nous l’avons vu, et constaté», souligne l’ancien président de la Fédération internationale des droits de l’Homme. La solution, estime le ministre, ne doit pas être provisoire mais radicale.

Pour lui, cela passe nécessairement par la construction d’une prison à Sébikotane. «Les négociations pour la vente de la prison de Rebeuss progressent. Il faudra que l’acheteur attende au moins quatre ans pour disposer du site, le temps pour nous de construire une nouvelle prison à Sébikotane qui réponde aux normes internationales pour améliorer les conditions de détention». «Lorsque le prisonnier sort, nous voudrions qu’il soit un homme prêt à participer au processus de développement de son pays. Car, la prison doit être un lieu d’enfermement et surtout un lieu de réhabilitation», philosophe Me Kaba.

Ration journalière portée à 1000 francs

A cette difficulté, il faut ajouter la restauration des prisonniers. A plusieurs reprises d’ailleurs, des détenus ont observé une diète surtout au Camp pénal pour réclamer une nourriture correcte.  Sans ambages, il a admis qu’il faut améliorer la restauration de la population carcérale. «Les cuisines sont à améliorer», reconnaît Me Kaba. Le Garde des sceaux promet d’augmenter le montant de la ration journalière qui tourne autour de 600 à 650 francs Cfa à 1000 francs pour améliorer leur assiette.

Il existe néanmoins une éclaircie dans le quotidien sombre des détenus. Au Camp pénal, l’administration pénitentiaire a mis à la disposition des détenus 19 ateliers et encourage les activités semi-industrielles comme la confection et la menuiserie.  Ces différentes activités permettent aux prisonniers de gagner un peu d’argent mais aussi et surtout de préparer leur réinsertion sociale. Des salles de lecture, des bibliothèques en plus du sport meublent leurs journées mornes et ennuyeuses. «Histoire de sortir un peu de la dépression», se réjouit tout de même le ministre de la Justice qui a mesuré l’ampleur de l’horreur.

Écrit par Ngoundji DIENG Lequotidien

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