Convocation de Barthelémy Dias, ce 20 octobre au tribunal : Ce qu’en pensent les parlementaires

affaire-barth-parlementairesLa convocation devant la justice du député socialiste, Barthélémy Dias, relativement au meurtre de Ndiaga Diouf, délie les langues depuis l’annonce de la citation à comparaitre, prévue ce 20 octobre prochain. Le maire de Mermoz Sacré Cœur doit faire face à Dame justice, en dépit de son immunité parlementaire qu’il a en vain demandé à ses  pairs de lever, depuis plus d’un an. Qu’en est-il de la procédure judiciaire relancée, alors que le député socialiste bénéficie toujours de sa protection parlementaire ? Pourquoi autant de temps pour tirer au clair cette affaire survenue en 2011 ? Ses collègues députés, que ce soit de la majorité présidentielle ou de l’opposition, sans oublier ceux non-alignés restent favorables à l’expression de la justice. Toutefois, Hélène Tine, député de Bess Dou Niak, s’interroge sur la coïncidence entre la relance dudit dossier et les prises de positions de Barth contre le régime du président Macky Sall.

CHEIKH SECK, DEPUTE SOCIALISTE : «Que la loi soit respectée»

Je pense que le juge qui a envoyé cette convocation s’est entouré de garanties. Je ne le dis pas en tant que spécialiste du droit car je suis tout sauf juriste. J’ai beaucoup de spécialités sauf juriste. Je pense que le juge s’est entouré de garanties sur le plan du droit. Mais, ce que je demande, c’est que la loi soit respectée. Si vraiment il a le droit de le faire, compte tenu peut être du Code de procédure pénale, ou même du Code pénal, tout en respectant effectivement le règlement intérieur de l’Assemblée nationale, c’est lui qui juge de l’opportunité.

Cette affaire-là était antérieure à nos statuts de députés. Donc, l’interprétation que le juge en fait, je ne peux pas le faire parce que je ne suis pas juriste. En tant que parlementaire, je veux qu’on respecte les lois que je vote. Maintenant, sur quoi le juge s’est fondé pour convoquer ce garçon, je pense qu’il a interprété quand même le droit qu’il a à sa disposition en tant que pratiquant.

PAPA DIALLO DIT ZATOR MBAYE, DEPUTE PROGRESSISTE : «Nous nous limitons vraiment à nos pouvoirs»

Barthelemy Dias est un collègue, un frère, c’est aussi un ami. Nous ne pouvons que lui souhaiter du bien. C’est regrettable, tous ces faits qui se sont passés en 2011. Comme il l’a dit, il a eu à poser des actes. Et depuis lors, le temps de la justice étant totalement différent du temps de la communication, des temps des politiques, la justice a donc instruit ce dossier conformément à ses lois, ses droits. Malheureusement, aujourd’hui, il devra répondre des actes qu’il a eu à poser. Nous ne pouvons pas nous prononcer sur cette affaire qui est donc pendante devant la justice.  C’est une affaire judiciaire, nous sous sommes des législatifs et nous respectons le principe de la séparation des pouvoirs. Nous nous limitons vraiment à nos pouvoirs. Le reste, c’est le ministère de la Justice qui fera tout ce qu’il devra faire, conformément à ses normes.

MOUSTAPHA DIAKHATE, PRESIDENT DU GROUPE PARLEMENTAIRE BBY : «J’estime que la justice sénégalaise connait bien les procédures»

Pour ce qui concerne les parlementaires, probablement les autorités judiciaires demanderont la levée de son immunité parlementaire, s’il doit être traduit en justice. Maintenant, répondre à une convocation, à mon avis, ça ne nécessite pas la levée de l’immunité parlementaire. Mais, s’ils veulent le traduire en justice, nécessairement son immunité sera levée.
Pour juger un parlementaire, il faut nécessairement la levée de son immunité. J’estime que la justice sénégalaise connait bien les procédures pour ce qui concerne les députés. La justice ne peut pas juger un parlementaire sans lever son immunité parlementaire, sauf en cas de flagrant délit. Dans ce cas, il peut être jugé sans nécessité de lever son immunité. Mais, pour le moment, nous ne sommes pas au stade de jugement. Il n’a été que convoqué et après il peut rentrer chez lui. S’ils envisagent de le traduire en justice, certainement, il y aura la levée de son immunité parlementaire, sinon ce ne sera pas possible.

MAMADOU DIOP DECROIX, DEPUTE D’AJ/PADS : «On n’a plus de justice dans ce pays»

En fait, on n’a plus de justice dans ce pays. Ce n’est pas une question d’être avec ou contre Barthélémy Dias. C’est qu’il n’y a plus de justice dans le pays. C’est-à-dire que la justice ne peut pas cohabiter avec la pratique du deux poids deux mesures. Dès que vous vous installez dans la pratique du deux poids et deux mesures, la justice s’en va. Par exemple, lorsqu’il y a eu ces événements, la justice aurait pu se saisir et puis traiter le dossier jusqu’à sa conclusion. Si la justice avait fonctionné jusqu’au bout, Barthélémy aurait été condamné ou blanchi, c’est selon. Mais, ça n’a pas été le cas, pour des raisons déterminées.
Aujourd’hui, on veut utiliser la justice contre Barthélémy. C’est-à-dire qu’on est vraiment au niveau zéro en matière de justice. Dans un pays, quand on en est là, on peut s’attendre à tout dans un contexte pareil. Que pèse la problématique de l’immunité parlementaire dans ce contexte ? On parle de le faire comparaitre ce jeudi, alors que son immunité n’est pas levée. Il est couvert actuellement par son immunité. Donc, l’un comme dans l’autre, il faut vraiment s’inquiéter.

HELENE TINE, DEPUTE : «Qu’attendait la justice depuis 2011 ?»

Sur le principe, je pense que nul n’est au dessus de la loi, qu’on soit député, ministre ou autre. Donc, si la justice pense que Barthélémy Dias doit être jugé, il doit l’être. Lui-même, en tant que député, il nous a demandé à chacun via une lettre, de lever son immunité parlementaire, depuis plus d’un an pour être jugé. Nous devons le dire haut et fort. Depuis lors, rien n’a bougé. Maintenant, que la justice décide de le juger, je pense que c’est bien, parce que la famille de Ndiaga Diouf attend un jugement. J’en profite pour m’incliner devant la mémoire de Ndiaga Diouf. Il faut que la justice fasse son travail.
Maintenant, le constat est que faisait la justice depuis 2011 ? Qu’attendait la justice depuis 2011 ? Si c’est le pouvoir qui est à la base de la relance du dossier, qu’attendait-il depuis 2011 ? Le président de la République, qui est le gardien de la Constitution et président du Conseil supérieur de la magistrature,  est garant de la marche des Institutions. Je ne comprends pas ce qu’on attendait depuis lors pour que justice soit faite, que ce soit  en faveur ou en défaveur de Ndiaga Diouf ou de Barthélémy Dias.
Ce qui est qu’en même dommage, c’est que la relance du dossier coïncide avec les prises de position de Barthélémy Dias qui ne sont pas en faveur du pouvoir. Ça, c’est intriguant et ça doit intriguer tous les Sénégalais, qu’on attende maintenant que Barthélémy Dias soit presque tous les deux pieds en dehors de Benno Bokk Yakaar pour relancer le dossier. C’est comme si on mettait une épée de Damoclès au dessus de sa tête pour qu’il reste dans la coalition. Si c’est cela, je trouve que serait grave parce qu’il y a eu mort d’homme.
En tout cas, j’ai peur pour mon pays à cause des cas de Barthélémy Dias, notamment ce contexte dans lequel on ressort ce dossier, en plus du cas des responsables du parti au pouvoir qui avaient été épinglés par l’Ofnac, dont on n’entend pas parler des dossiers. C’est troublant. J’interpelle le ministre de la Justice, même le président de la République, qui a eu à prendre à l’époque des positions. Nous sommes tous pour que ce jugement ait lieu, mais il faut que le droit soit dit. Pas pour autant qu’on tienne compte du positionnement politique de Barthélémy Dias.

Sud Quotidien

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