Côte d’Ivoire : en 40 ans, 80 % de la forêt tropicale partie en fumée

Rester le premier producteur mondial de cacao, avec 40% du marché, et en même temps, ressusciter les hectares de forêt tropicale détruits au nom de cette production, voilà le défi que les autorités ivoiriennes disent vouloir relever. Dans cette optique, Abidjan annonce un investissement de près d’un milliard d’euros sur dix ans pour restaurer ce trésor perdu. Si c’est encore possible.

Le ministre ivoirien des Eaux et Forêts, Alain-Richard Donwahi, a fait part de la prise de conscience par son gouvernement de la situation extrêmement alarmante dans laquelle se trouve la forêt de son pays. Pourtant protégée, cette dernière a été progressivement grignotée par des planteurs clandestins qu’aucune entrave n’a ralentis.
«Nombre de nos forêts classées ont été investies par les planteurs, notamment pour la culture du cacao, et cela a provoqué d’énormes destructions», reconnaît le ministrePour lui, le projet de réhabilitation vise à «faire en sorte que la culture du cacao ne détruise pas la forêt mais qu’elle participe à (sa) préservation».

Retrouver 20% de la couverture forestière ivoirienne en 12 ans
M.Donwahi présente son plan: une politique de «la préservation, de la réhabilitation et de l’extension de la forêt, évaluée sur dix ans à 616 milliards de FCFA (940 milliards d’euros)». Le financement sera assuré par des partenariats public-privé.

«D’ici à 2030, il faut retrouver 20% de notre couvert forestier. C’est notre engagement», a-t-il affirmé.

En attendant, le tableau est désolant: déboisement sauvage, arbres déchiquetés, destruction de l’habitat animalier et atteinte à la biodiversité. Depuis 1960, la forêt tropicale ivoirienne a été réduite de 80%.

Couverture forestière en Côte d'Ivoire

Schéma de la réduction de la couverture forestière en Côte d’Ivoire sur une période de 25 ans, réalisé par l’ONG Mighty Earth, en pointe dans le lancement d’alerte sur la question. © Mighty Earth

Les grandes marques de chocolat se servent du cacao de contrebande
Le chocolat consommé en Occident est à l’origine de la déforestation en Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao, avait dénoncé en septembre 2017 l’ONG Mighty Earth dans un rapport, accusant les grandes firmes du secteur de «production illégale».

«Afin de satisfaire la demande de géants de la chocolaterie comme Nestlé, Cadbury et Mars, de nombreux parcs nationaux du pays et d’aires protégées ont été déboisés pour laisser place à des exploitations de cacao, la matière première du chocolat», déplore Mighty Earth.

Pauvreté et pots-de-vin entretiennent le circuit parallèle de la production de cacao. Tout le monde le sait dans le pays. Ce qui est nouveau aujourd’hui, c’est l’attitude des autorités ivoiriennes face à un commerce rémunérateur d’un côté et dévastateur de l’autre.

Quatre millions de personnes vivent du cacao en Côte d’Ivoire
«Nous allons dénombrer  (…) les plantations clandestines de cacao dans les forêts en vue de les détruire», a annoncé le ministre des Eaux et Forêts, précisant que 500.000 tonnes de cacao sont produites dans ces zones illicites.

Selon la Banque mondiale, ce secteur (légal et illégal) représente 10% du PIB de la Côte d’Ivoire, 40% des recettes d’exportation et il fait vivre 4 millions de personnes (soit un sixième de la population ivoirienne).

C’est dire si la nouvelle donne devra anticiper les conséquences d’une suppression de revenus pour des milliers de familles dans le besoin.

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