Coup d’Etat manqué en Gambie : 30 personnes disparues à Jammeh

Yahya JammehAprès le coup d’Etat manqué en Gambie, Yahya Jammeh s’est engagé dans une vaste chasse à l’Homme qui a conduit à plusieurs arrestations sans inculpation. Amnesty international, inquiète par la tournure des évènements, demande au Président gambien d’inculper ou de libérer les proches des personnes accusées de tentative de coup d’Etat.  

A Banjul, plusieurs familles sont plongées dans l’incertitude après la vague d’arrestations des présumés auteurs du coup d’Etat avorté contre Yahya Jammeh. D’après des sources citées par Amnesty international, depuis la tentative de coup d’Etat, les proches des personnes soupçonnées d’avoir participé à celle-ci ont été visés par une vague d’arrestations, de détentions et de manœuvres de harcèlement dans tout le pays.  

Selon les informations reçues par l’organisation, des organes chargés de faire respecter la loi -dont l’Agence nationale de renseignement (Nia) et la garde présidentielle- ont arrêté au moins 30 personnes dont un adolescent de 16 ans depuis le début du mois de janvier. 

Par exemple, des membres de la famille de Bai Lowe, un homme soupçonné d’avoir pris part à l’attaque contre le siège de la Présidence, sont maintenus en détention sans inculpation depuis le 1er janvier. Cinq agents de la Nia, munis d’une liste de personnes à interpeller, ont effectué une descente dans la propriété qu’ils occupaient, dans un village situé au sud de Banjul.

Ils ont arrêté le fils de Lowe, âgé de 16 ans, son ex-femme et son frère. «On ne sait toujours pas ce qu’il est advenu d’eux ni où ils se trouvent. La Constitution gambienne dispose que toute personne arrêtée doit être déférée à la justice dans un délai de 72 heures», s’inquiète Amnesty international. 

Par ailleurs, la Nia a également procédé à l’arrestation de Omar Malleh Jagne, le frère d’un autre suspect dans la tentative de coup d’Etat, Njaga Jagne, tué par les forces de sécurité le 30 décembre. Omar Malleh Jagne, père de neuf enfants, a été emmené dans un lieu inconnu et on est sans nouvelles de lui depuis lors. 

«Ces personnes sont maintenues en détention sans inculpation. Les Forces de sécurité ont menacé d’arrêter quiconque exigerait la remise en liberté de ces personnes détenues arbitrairement ou s’enquérait de leur sort», alerte l’organisation de défense des droits de l’Homme. 

«Les autorités gambiennes doivent inculper ou libérer les proches des personnes soupçonnées d’avoir participé au coup d’Etat manqué de décembre, et les autoriser à consulter un avocat sans délai», a déclaré Amnesty International.  

Aujourd’hui, plusieurs autres proches de suspects dans la tentative de coup d’Etat «ont fui le pays, par crainte de représailles», informe Amnesty International qui soutient que «des soldats soupçonnés d’avoir participé à ce coup d’Etat manqué devraient être bientôt arrêtés et jugés par un Tribunal militaire. S’ils sont déclarés coupables, ils encourent la peine de mort». Les inquiétudes des défenseurs des droits de l’Homme sont liées à cette parodie de justice qui se joue à Banjul.

«L’arrestation et la détention prolongée des proches des auteurs présumés d’une tentative de coup d’Etat, qui n’ont pas eu la possibilité de contester la légalité de leur détention, sont contraires aux garanties juridiques fondamentales prévues par la Constitution du pays ainsi que par le droit international et régional relatif aux droits humains», soutient Steve Cockburn, directeur régional adjoint d’Amnesty International pour l’Afrique occidentale et centrale. 

«Si les autorités gambiennes veulent que justice soit faite, elles doivent soit relâcher les personnes arrêtées, soit les inculper d’infractions dûment reconnues par la loi s’il existe des raisons légitimes de le faire. En maintenant tant de personnes en détention arbitraire, elles cherchent davantage à installer la peur qu’à obtenir justice», insiste-t-il.

Un adolescent de 16 ans arrêté
En tout cas, Amnesty International engage le Président gambien, Yahya Jammeh, à ne plus donner la tentative présumée de coup d’État comme excuse pour s’en prendre aux opposants pacifiques. Face à cette situation, Amnesty essaie de prendre aux mots le Président gambien. Le 14 janvier, Yahya Jammeh a annoncé que les autorités étaient prêtes à travailler en coopération avec les Nations-Unies pour enquêter sur les événements du 30 décembre. 

«L’enquête doit également porter sur les arrestations et les placements en détention survenus après le coup d’Etat manqué. Les pouvoirs publics gambiens doivent garantir un accès entièrement libre aux centres de détention, y compris à ceux gérés par l’Armée», a déclaré Steve Cockburn. 

«La Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, à laquelle la Gambie est partie, proclame en son article 6 que tout individu a droit à la liberté et à la sécurité de sa personne. Nul ne peut être privé de sa liberté sauf pour des motifs et dans des conditions préalablement déterminés par la loi ; en particulier nul ne peut être arrêté ou détenu arbitrairement», rappelle Amnesty. 
Il faut rappeler que des individus armés ont attaqué le Palais présidentiel à Banjul, la capitale gambienne, le 30 décembre.

Selon plusieurs informations contradictoires, quatre présumés putschistes auraient été tués et un autre capturé par les forces de sécurité. D’après Amnesty, «les autorités gambiennes n’ont pas remis aux familles, les corps des personnes tuées et, à l’heure actuelle, on ignore tout de ce qu’il est advenu de la personne capturée».  

 Bocar SAKHO

bsakho@lequotidien.sn

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