CPI : Les ONG présentent la candidature de Jammeh

Yahya JammehLes organisations de défense des droits de l’Homme comptent sur l’aide de la communauté internationale pour mettre fin aux exactions de Yahya Jammeh. Face à la presse hier, une dizaine d’organisations indignées par les violations des droits humains, qui se sont accentuées en Gambie après le putsch manqué il y a un mois, ont appelé la communauté internationale à agir immédiatement pour mettre fin aux détentions arbitraires et à la persécution des proches et familles des personnes soupçonnées d’avoir pris part au coup d’Etat avorté.

Les organisations de défense des droits humains unissent leurs forces pour mener des actions et mettre fin aux violations des droits en Gambie. Elles ont rencontré la presse hier pour appeler la communauté internationale à intervenir pour mettre fin à ces exactions qui se sont accentuées après le putsch manqué en fin décembre.

Selon Fatou Jagne Sen­ghor, directrice régionale d’Article 19, le régime du Président Jammeh a renforcé la répression avec des arrestations tous azimuts de militaires et civils supposés être proches des auteurs présumés de ce coup d’Etat manqué.

«D’après les informations reçues, au moins 30 personnes dont une majorité de civils, un adolescent et sept femmes (des mères, une ex-épouse et des sœurs) ont été arbitrairement arrêtés et détenus dans des lieux tenus secrets depuis presque un mois en violation totale de la Constitution gambienne et de la Charte africaine des droits de l’Homme et des Peuples», a-t-elle déploré. Selon les défenseurs des droits humains, ces personnes, maintenues en détention sans inculpation, «ne peuvent ni voir leur famille ni bénéficier de l’assistance d’avocats».

Pis, d’après eux, «cette situation est plus préoccupante à cause de l’intimidation et des menaces d’arrestations des personnes s’enquérant du sort de leurs proches en détention».

«Aucune information sur les conditions et lieux de détention n’a été rendue publique à ce jour. Ce black-out de l’information accentue l’inquiétude et l’isolement des familles et des populations gambiennes», a-t-elle fait savoir. Faisant part de son inquiétude face à cette situation, Assane Dioma Ndiaye, président de la Lsdh, a laissé enten­dre qu’on n’arrive pas encore à retrouver «la trace des personnes arrêtées». «Le pire que nous craignons, c’est que ces personnes soient exécutées et enterrées dans des fosses communes», a-t-il alerté.

Pour mettre fin à ces violations des droits humains, Article 19, Appel, Africtivistes, Congad, Cicodev Africa, Lsdh, Ondh, Ipao, Raddho, Sidh, Synpics et Y en a marre ont dans un document rendu public demandé à l’Union africaine, la Commission africaine des droits de l’Homme et des Peuples et l’Organisation des Nations-Unies «de diligenter une enquête indépendante et transparente sur les violations des droits humains».

De même, ces organisations les exigent à exhorter «le gouvernement gambien à cesser tout acte d’intimidation et de persécution visant à installer un climat de peur et pouvant augmenter la tension dans le pays». Concernant les autorités gambiennes, il leur est demandé «de libérer les parents et proches des personnes soupçonnées d’avoir pris part au coup d’Etat ou les inculper conformément aux normes internationales qui régissent le droit à un procès équitable».

Et aussi d’«inculper les militaires arrêtés dans le cadre de la tentative de coup d’Etat avec la garantie d’un procès équitable sous supervision internationale et sans recours à la peine de mort».

Documentation sur les exécutions et violences en Gambie

Vers un procès contre Jammeh

En marge de la conférence de presse des organisations des droits de l’Homme, le président  de la  Ligue sénégalaise des droits de l’Homme (Lsdh), Assane Dioma Ndiaye, a fait savoir que les organisations sont en train de se préparer à un éventuel procès contre Yahya Jammeh.

D’après lui,  la documentation de  «toutes les exécutions, toutes les violences qui se passent en Gambie» est en train de se faire.  «Il n’est pas question que tous les crimes qu’il a commis restent impunis, Yahya Jammeh s’il sort vivant de son règne sera le prochain client d’un Tribunal international, africain ou bien un déferrement devant la Cour pénale internationale», dit-il.

Seydi Gassama sur la présence des Gambiens au Sénégal

«L’Etat a l’obligation de leur accorder l’asile»

La question du droit d’asile que le Sénégal devrait accorder aux citoyens gambiens a été également abordée lors de cette rencontre. Selon Seydi Gassama, Directeur exécutif de la section sénégalaise d’Amnesty, «l’Etat du Sénégal a l’obligation d’accorder l’asile aux Gambiens et ça ne doit pas être conditionné».

Selon M. Gassama, ce régime est en train de faire moins que les précédents sur cette question. «Avec le Président Senghor, le Sénégal  a accueilli des opposants guinéens, les gens de l’Anc, des opposants maliens avec le Président Diouf. Pourtant, nos intérêts économiques étaient en question mais ça ne leur a pas empêché d’accorder le droit d’asile aux citoyens de ces pays-là. Pourquoi ce régime est-t-il en train de rompre avec cette tradition ?»,  s’est-il interrogé.

Pour mettre la pression sur Jammeh

Des visites chez les khalifes généraux prévues

Dans le cadre des actions qui vont être menées, le Directeur exécutif d’Amnesty Sénégal a, par la même occasion, informé qu’ils comptent se rendre chez les différents khalifes généraux «pour leur montrer le vrai visage de Jammeh».

«Il (Yahya Jammeh) envoie des délégations pendant les ga­mou et magal, dans les semaines à venir nous allons nous rendre chez tous les khalifes généraux pour les sensibiliser et leur montrer le vrai visage de cet homme qui vient solliciter auprès d’eux des prières», a-t-il déclaré.

dkane@lequotidien.sn

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