CREDITS BANCAIRES-DEGRADATION DU PORTEFEUILLE Le système risque gros

CORRUPTION BILLETS DE BANQUES ARGENT MONEYEn concentrant plus de 90% de ses crédits sur moins de 10% des clients les mieux servis, les banques de la place sénégalaise en particulier et celles de l’Union monétaire Ouest africaine(Uemoa) en général font courir un gros risque à la stabilité du système bancaire. Avec 21 établissements bancaires depuis 2011, le Sénégal est le deuxième pays après la Côte d’ivoire à abriter le plus grand nombre de banques en activité dans l’espace Uemoa qui compte au total quelque 108 établissements bancaires.

Si le nombre de banques affiche une stabilité par rapport à la situation de 2011, l’activité bancaire en revanche s’est plutôt renforcée au niveau de l’Union, avec l’implantation de 275 nouveaux guichets (agences, bureaux, etc), soit une progression de 15,9%, de même que le nombre de comptes bancaires qui a progressé de 4,2% pour s’établir à 8 242 594 comptes au 31décembre 2012.

En l’espace d’une année, le nombre de guichets (exit les guichets automatiques bancaires (GAB) et les distributeurs automatiques des billets (DAB)) s’est accru de 65,1% au Sénégal, de 40% au Niger, de 5,6% en Côte d’Ivoire et de 4,8% en Guinée-Bissau, selon le dernier rapport de la Bceao(Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest) sur les conditions de banque dans l’Uemoa en 2012.

Dans ce même rapport et à la lumière de l’analyse comparée des structures de dossiers et montants de crédits, il ressort une différence notable entre la structure des dossiers de prêts approuvés et les concours alloués. Alors que les particuliers qui constituent 81,6% de la clientèle des banques ne bénéficient que de 12,5% des montants du crédit, les entreprises privées qui représentent 13,5% des dossiers traités, elles, mobilisent 78,5% des concours bancaires. Et en poussant plus loin dans l’examen approfondi des distributions des concours bancaires, le rapport de la Bceao fait apparaître une « forte concentration » des risques sur quelques clients.

Aussi, 90% des montants mis en place par les banques de l’Union profitent-ils à moins de 10% des clients les mieux servis. En d’autres termes, au Sénégal, comme dans l’ensemble des pays de l’Union, plus de 90% des crédits alloués se concentrent sur le dernier décile (Ndlr : Une tranche de 1 %, c’est un centile ; Une tranche de 20 %, c’est un quintile (20 % = un cinquième) ; une tranche de 10% c’est un décile) des dossiers de crédits. Une situation qui, représente un gros risque sur la stabilité du système bancaire, étant donné les difficultés financières de certaines grandes entreprises de la place qui pourraient compromettre une part importante des produits bancaires tirés des opérations de prêts avec la clientèle.
Un risque potentiel auquel s’ajoute la détérioration voire la forte dégradation de la qualité du portefeuille des banques.

 ZONE ROUGE

 En hausse de 4,4 points de pourcentage, le taux brut de dégradation du portefeuille des banques s’établit à 22,1% en 2012. A l’exception de la Côte d’Ivoire et du Burkina où la situation est ressortie stable, l’ensemble des pays de l’Union sont concernés par la détérioration de la qualité du portefeuille tandis que la situation demeure particulièrement critique pour les banques au Bénin, en Guinée-Bissau et au Mali.

Rappelons que le taux brut de dégradation du portefeuille est l’indicateur retenu pour mesurer la qualité des crédits. Il est défini comme le rapport entre les créances irrécouvrables bancaires et le total des crédits bancaires. Les créances irrécouvrables sont la somme des crédits impayés et immobilisés (c’est-à-dire dont au moins une échéance est impayée depuis moins de 6 mois), des crédits douteux et litigieux (c’est-à-dire dont au moins une échéance est impayée depuis plus de 6 mois). Cet indicateur de risque traduit la probabilité moyenne de défaut des clients bancaires.
Il faut toute fois noter qu’un niveau élevé du taux de dégradation du portefeuille des banques dans un système bancaire peut être un signe de la fiabilité douteuse du système d’information.

 CREDITS EN EXPANSION

A l’échelle de l’Union, le volume total des concours bancaires aux économies de l’Union s’élève à 10.228,8 milliards en 2012, soit une progression de 27,7% par rapport à l’année précédente. Ce volume de financement est composé de 70,3% de crédits ordinaires, de 16,4% des autorisations de découverts et de 13,3% des effets escomptés. Comme on le voit, la rubrique des crédits bancaires ordinaires est ainsi ressortie en forte augmentation au cours de l’année 2012, avec un montant annuel cumulé qui s’est accru de 1.207,5 milliards, en passant de 5.987,5 milliards en 2011 à 7.195,0 milliards en 2012, soit une hausse de 20,2% en l’espace d’une année.

A l’exception du Mali où l’activité bancaire a été perturbée dans la zone nord du pays, tous les pays sont concernés par cette progression. Par ailleurs, l’essentiel de la hausse des mises en place du crédit est enregistrée en Côte d’Ivoire et, dans une faible proportion, au Sénégal, au Niger et au Bénin.

Au Sénégal, l’augmentation des concours bancaires à l’économie sénégalaise est imputable à l’élargissement du réseau bancaire pour accompagner le développement économique du pays. En outre, certaines banques de la place de Dakar ont sensiblement augmenté la taille de leur bilan. Enfin, la hausse de l’activité dans le secteur de l’énergie a induit un besoin important de trésorerie.

Quant au volume des découverts autorisés, il est ressorti en hausse (+125,9%) pour s’établir à 1.674,7 milliards contre 742,7 milliards un an plutôt, en raison essentiellement de la sollicitation des entreprises privées (+95,2 points) et des particuliers (+22,1 points).

 DAKAR SOUFFLE  LE CHAUD ET LE FROID

 Les concours bancaires sont ressortis, dans leur ensemble, moins chers dans tous les pays, à l’exception du Niger et du Burkina. La politique monétaire mise en place par la Bceao à travers une baisse généralisée des taux débiteurs appliqués à la clientèle, est passée par là. La baisse des taux directeurs de la BCEAO de 25 points de base, le taux moyen pondéré du marché monétaire a fléchi de 20 points de base par rapport à son niveau moyen de 2011. Les baisses les plus significatives variant de 19,5 points à 36,5 points de base, étaient intervenues au cours des six derniers mois de l’année 2012.

De l’analyse comparée, il ressort que la place de Dakar a enregistré le taux d’intérêt moyen le plus bas en 2012 (6,19%), suivie de celle d’Abidjan (7,59%) ; les taux moyens les plus élevés étant notés à Niamey (10,62%) et Bissau (9,96%). Toutefois, un début de convergence des taux d’intérêt des différents Etats membres est constaté et l’écart entre le taux d’intérêt le plus élevé et le taux d’intérêt le plus faible est passé de 4,51 points de pourcentage en 2011 à 4,43 points de pourcentage en 2012.

Dans ce contexte, les taux débiteurs des banques de l’Union sont apparus pratiquement homogènes, à l’exception de ceux de la place de Dakar qui enregistrent un différentiel favorable de 1,44 point de pourcentage par rapport à la moyenne de l’Union.

Par rapport à des pays comme le Maroc, les banques de l’Union appliquent des taux débiteurs élevés. En 2012, le différentiel défavorable est de 1,7 point avec ce pays qui a enregistré un taux débiteur moyen de 6,30%, en baisse de 5 points de base par rapport à 2011. Toutefois, des efforts seraient perceptibles en matière du respect de la réglementation en vigueur, notamment celle portant sur l’usure. Pour une norme fixée à 18%, le taux maximum appliqué par les banques de l’Union s’établit à 16,7%, sauf pour quelques banques de l’Union. Le volume des concours consentis à plus de 17% n’est que de 4.368 millions en 2012 sur un total 7.195 milliards. Une situation qui serait en phase avec l’intensification de la concurrence.

Quant aux charges sur les concours bancaires, les données de l’enquête sur les conditions de banque font apparaître une chape de plomb sur la clientèle des banques. Elles représentent en moyenne 0,58% du volume des crédits associés au cours de la période sous revue, en augmentation de 14 points de base par rapport à son niveau de 2011. L’accroissement des charges sur les crédits a concerné l’ensemble des pays de l’Union, à l’exception de la place de Cotonou où ces tarifs sont ressortis stables.

De même, les frais payés par les clients lors des opérations d’escompte se sont accrus pour s’établir à 1,12% des concours mobilisés contre 1,00% un an auparavant. Les places de Niamey et de Ouagadougou sont à l’origine de ces augmentations des charges assises sur les effets escomptés tandis que l’assouplissement de ces conditions en Côte d’Ivoire, au Bénin et au Sénégal a atténué le profil haussier des agios assis sur les opérations d’escompte.

Globalement, les charges assises sur les concours bancaires, autres que les autorisations de découverts, se sont alourdies au cours de la période sous revue dans l’ensemble des pays de l’Union, à l’exception des places de Dakar et de Cotonou.
En revanche, la progression des frais de gestion des comptes des différentes catégories de la clientèle est imputable aux banques de la place de Dakar qui ont revu à la hausse l’ensemble des charges, à l’exception de celles assises sur les comptes des personnels des banques.

Même pour les conditions d’ouverture des comptes qui ont été allégées dans l’ensemble des pays de l’Union, le Niger et le Sénégal font de la résistance, y compris pour les commissions prélevées à l’occasion des mouvements de comptes et qui ont fortement augmenté sur la place de Dakar.

Tout compte fait, les actions visant un allègement des conditions de banques devraient être poursuivies. Toutefois, compte tenu de l’ « extrême » concentration des crédits bancaires sur quelques acteurs économiques et de la forte dégradation du portefeuille des banques, les recommandations du rapport de la Bceao sont allées notamment à des mesures « vigoureuses » à prendre pour assurer la stabilité du système bancaire.

Malick NDAW Sudonline

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