David Diop : noir destin

Son roman, « Frère d’âme », raconte la descente aux enfers d’un tirailleur sénégalais pris dans la folie de la Grande Guerre.

Il y a dans ce court roman une voix pénétrante et chantante. Une voix teintée autant de naïveté que de vérité. « Frère d’âme », repéré par tous les jurys de prix littéraires, est un retour sur notre passé. A l’heure où nous nous apprêtons à célébrer le centenaire de l’armistice de 1918, David Diop rappelle à notre bon souvenir l’existence des tirailleurs sénégalais. Des hommes transformés du jour sans lendemain en soldats pour une patrie dont ils ignoraient la langue comme la grisaille.

Un va-et-vient entre la vie et la mort

Alpha Ndiaye est le narrateur de cette histoire. Dans l’espoir de devenir riche, et avec son « plus que frère » Mademba Diop, il quitte son village, où les croyances restent profondément ancrées, pour rejoindre le front et ses tranchées. Ils ont 20 ans, comme la majorité des poilus. Mais ils sont noirs. Noirs dans un pays où les Blancs n’ont pas l’habitude de cette couleur de peau. Suffisamment noirs pour être suspectés de sorcellerie ou d’être des mangeurs d’âme. Dans un style qui a recours aux répétitions et aux périphrases, l’auteur entraîne ses deux personnages dans un va-et-vient entre la vie et la mort. Dans une alternance entre le corps et l’esprit. Les mots s’enchaînent calmement sur ces pages mais se bousculent dans l’esprit du Sénégalais. Mademba, parti à l’assaut, est blessé devant son ami, avant une longue agonie. Alpha absorbe, mais sa raison va être touchée à son tour. Il se met à éventrer ses cibles allemandes (« les yeux bleus jumeaux ») ou leur couper une main qu’il collectionne. La garnison prend peur devant cette sauvagerie surajoutée à la violence ambiante.

Alpha est renvoyé à l’arrière. Il a réussi à garder au fond de son barda les sept mains coupées qu’il conserve comme des trophées. La seconde partie du roman lui donne l’occasion de se remémorer sa vie au village, sa découverte de l’amour, sa relation aux autres, dans un langage qui n’appartient qu’à lui. David Diop, d’origine sénégalaise, nous permet de comprendre, dans ce texte expressif, le gouffre dans lequel ces hommes ont plongé en 1914. Ceux que l’on surnommait les « chocolats », ceux que l’on a appelés au sacrifice pour un pays qui n’était pas le leur. Ceux à qui l’écrivain rend, ici, un bel hommage.

Paris Match

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