Décryptage : faire plier Jammeh militairement, pas aussi facile que ça

Décryptage  : faire plier Jammeh militairement, pas aussi facile que ça

En refusant de céder le pouvoir au profit de son opposant, Yaya JAMMEH s’est mis à dos toute la Communauté internationale.

De la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) à l’Union Africaine (UA) en passant par l’ONU et son Conseil de sécurité, la condamnation de sa volte-face a été unanime. Seulement, ce serait une grosse erreur de croire que ces organisations sous régionales et internationales peuvent faire abdiquer aussi facilement le dictateur gambien. En effet, au vu des derniers actes posés par JAMMEH, avant la présidentielle, le faire plier pourrait s’avérer plus compliqué que certains le pensent. Même si beaucoup jugent que Yahaya Jammeh était sincère le 2 décembre quand il félicitait son adversaire,  il n’en demeure pas moins que le président sortant semble s’être préparé au scénario actuel. En Septembre dernier, au moment où le Sénégal et les Etats-Unis paraphaient des accords de défense, Yaya JAMMEH est allé trouver un allié militaire qui n’est personne d’autre que le rival des Etats-Unis, la Russie. Sur son site officiel, le ministère de la Défense russe indique avoir signé un accord de partenariat militaire avec le ministre des forces armées de la Gambie. Se gardant de se prononcer sur les clauses desdits accords, le général russe, Vasily Tonkoshkurov s’est juste contenté de souligner que la coopération militaire entre les deux pays comprendra, entre autres, la formation et l’assistance technique. Si du côté des officiels sénégalais, on s’est gardé de tout commentaire, le brusque rapprochement entre Gambiens et Russes a été longuement commenté par de nombreux observateurs qui n’ont pas hésité à faire le lien. Au lendemain de la signature de ces accords, Ibrahima SENE, du Parti de l’indépendance et du travail (PIT) avait sorti une déclaration intitulée : Accords militaires Sénégal/USA, versus Accords militaires Gambie/Russie : Quelles conséquences pour le Sénégal et la Sous- région? Une occasion pour le membre du PIT d’interpeller la CEDEAO sur les enjeux de ces partenariats Russo-gambiens. Sur les ondes de la RFM, le général Mansour SECK, ancien chef d’Etat-Major des Armées, spécialiste en matière de défense, a soutenu que «Yaya JAMMEH est surarmé». Une affirmation corroborée par de nombreux observateurs qui croient savoir que toutes les économies de la Gambie servent à préparer on ne sait quelle guerre. Une puissance de feu dont Jammeh a révélé quelques-unes des facettes lors de la célébration du 50e anniversaire de l’indépendance de la Gambie. Quelques jours seulement avant ces festivités, la garde de Yahya Jammeh avait, le 30 décembre 2014,  repoussé assez facilement un assaut d’hommes pourtant lourdement armés.  Le président Jammeh alors en voyage à Dubaï, n’avait pas eu besoin de haranguer ses troupes qui ne s’étaient fait pas surprendre. Du point de vue militaire, débusquer Jammeh risque donc de ne pas être de l’eau à boire. D’autant que si Yaya JAMMEH refuse de céder, pour qu’une force puisse être envoyée à Banjul, comme l’envisage la CEDEAO, il faut au préalable un mandat des Nations unies. Et avec Vladimir Poutine, la Russie, membre permanent du Conseil de sécurité, pourrait bien faire bloquer tout mandat d’intervention en opposant son Veto.

La Casamance, un bouclier

Au niveau local, même si aucun pays ne lui tend les bras, Yahya Jammeh sait qu’il pourra bien s’appuyer sur les combattants du Mouvement des forces démocratiques de la Casamance (MFDC) pour déstabiliser la partie Sud du Sénégal à défaut d’avoir des renforts dans sa capitale. En élevant Joseph BASSENE au grade de Général de brigade, Jammeh ne se trompe pas d’objectifs. BASSENE est surtout connu pour ses accointances avec les rebelles de la Casamance. Certains n’hésitent même pas à dire qu’il a longtemps servi et continue de servir de relai entre le pouvoir gambien et l’aile combattante du mouvement indépendantiste.  Lors de sa promotion, Jammeh a fait un témoignage sur lui qui en a surpris plus d’un Gambien. « J’encourage le nouveau général de brigade à redoubler d’efforts, car il sera confronté à de nouveaux défis et responsabilités. Sa promotion est le fruit de son dévouement, d’un travail acharné et surtout d’une quête permanente d’efficacité », a indiqué Jammeh parlant de Joseph BASSENE.  Ce n’est donc pas par hasard si le secrétaire général en exil du MFDC s’est fendu d’un communiqué, ce mardi,  pour proférer des menaces et apporter son soutien à Jammeh. «Le MFDC et Attika mettent en garde et avertissent le Sénégal de ne pas s’immiscer dans les affaires intérieures de la République de Gambie et de laisser les Gambiens seuls, régler leurs problèmes électoraux par la voix pacifique du dialogue», écrit Mamadou Nkrumah SANE. Qui ajoute : «le MFDC et Attika avertissent qu’ils ne resteront pas inertes dans le cas où le Sénégal s’aventurerait en intervenant militairement encore en Gambie comme il a déjà fait à deux reprises dans ce Pays Souverain qu’est la Gambie et en Guinée-Bissau». 

Autant de considérations qui poussent les autorités sénégalaises à jouer la carte de la prudence. Si Mankeur NDIAYE, plus guerrier que diplomate, a, très tôt, bandé les muscles, le président Macky SALL ne s’est pas contenté de sa déclaration. «En Gambie j‘en appelle au respect du choix du peuple ami et souverain, dans la paix et le dialogue», a tempéré Macky SALL. Pour dire que même s’il est illégitime, Jammeh reste, pour le moment, l’homme fort de Banjul.

WALFnet

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