Des Casques… pas si blancs encore invités à l’Assemblée nationale

Le changement de législature n’a visiblement pas découragé les efforts de communication des Casques Blancs syriens. Malgré leur réputation sulfureuse, la nouvelle majorité a décidé d’ouvrir les portes du Palais Bourbon à des hommes fréquemment présentés comme sauveteurs le jour et terroristes la nuit. Piqûre de rappel.

Abdulrahman Almawwas, porte-parole des Casques blancs syriens est en France ce mardi 13 février où il doit rencontrer un conseiller spécial d’Emmanuel Macron, ainsi que des députés à l’Assemblée nationale.

Plus besoin de vous présenter les Casques blancs, objets d’un documentaire de Netflix oscarisé, adulés par les stars hollywoodiennes qui avaient d’ailleurslancé une pétition afin qu’on leur octroie le prix Nobel de la paix — et auxquels les médias occidentaux ont offert une notoriété vraisemblablement bien mal acquise à la vue de certains éléments que nous souhaitons rappeler à nos sages édiles.

Une organisation «neutre»… financée par les États-Unis et la Grande-Bretagne

Si le site des Casques blancs ne précise plus qu’ils ne reçoivent aucun financement de « gouvernements ayant un intérêt direct dans le conflit syrien », mais ils continuent de se présenter comme «neutres». Rappelons que les Casques blancs sont très officiellement soutenus par l’USAID et le Foreign Office. En témoigne également cette vidéo twittée, en septembre 2016, où Boris Johnson évoquait sa « fierté » de leur prodiguer un soutien de 32 millions de Livres, soit la moitié de l’aide qu’ils reçoivent. Rappelons également que l’organisation a été créée en 2013 par James le Mesurier, un ancien officier britannique reconvertit dans le mercenariat, dont la société est basée à Dubai.

Par ailleurs, ils n’ont cessé de réclamer l’établissement d’une zone d’exclusion aérienne au profit des forces antigouvernementales, une demande bien peu «neutre». Ils sont également soupçonnés d’avoir pris part au blocus de l’eau de Damas en janvier 2017, un acte qualifié de «crime de guerre» par l’Onu.

Ce n’est pas la vraie Défense civile syrienne!

«Des bénévoles du Service de la défense civile syrienne», voilà le type de présentation des Casques blancs dans une large majorité d’articles qui leur sont consacrés. Rappelons que, contrairement à la Défense civile syrienne officielle, fondée en 1953, qui ne récolte pas une miette des lauriers médiatiques et politiques dont se parent les Casques blancs, ces derniers ne sont pas reconnus par l’ONU, l’OMS, le Comité international de la Croix-Rouge (CICR), pas plus, bien sûr que par l’Organisation internationale de Protection civile (OIPC), qui fédère toutes les organisations de protection civile nationales.

Un point que soulignait la journaliste Vanessa Beeley, qui s’est rendue en Syrie, dans une interview qu’elle nous avait accordée à l’occasion de la précédente visite des Casques blancs sous les Ors de la République, en octobre 2016:

«Les Casques blancs ne sont pas reconnus par l’OIPC [Organisation internationale de Protection civile], c’est un point très important […] Il existe une défense civile syrienne, qui travaille des deux côtés, qui sauve des vies syriennes et qui a été ciblée, leur équipement volé, leurs équipes massacrées.»

Les Casques blancs opèrent sur les territoires contrôlés par Al-Nosra… qui leur rend hommage!

Voilà l’un des griefs qui revient le plus fréquemment à l’encontre des Casques blancs. Si leurs défenseurs évoquent le fait que ces «héros de la paix» sont la cible de l’armée syrienne ou de «trolls prorusse», force est de constater que leur théâtre d’opérations correspond étrangement aux territoires sous contrôle « rebelle », plus précisément dans les zones contrôlées par le Front Fatah al-Cham (anciennement Front Al-Nosra) et Daech…

On notera d’ailleurs, cette vidéo qui a totalement échappée a la presse française, hormis peut-être à cette blogueuse sur le site de Médiapart, où l’on peut voir le leader d’Al Quaïda en Syrie adresser un « message de remerciement et de gratitude» aux Casques blancs, «les soldats de l’ombre de notre révolution.»

​Des images qui datent pourtant de près d’un an et qui donnent un sens aux propos que Vanessa Beeley tenait à notre micro à l’automne 2016.

«Les Français doivent se demander pourquoi ces terroristes sont reçus à l’Assemblée et considérés comme des VIP, alors que leurs organisations sont liées à celles qui ont mené les attaques terroristes à Nice et à Paris.»

Pour les Syriens, ce sont plus des acteurs et des saboteurs que des sauveteurs

«Sur le terrain, personne n’a jamais entendu parler d’eux à Alep», comme le soulignait la journaliste Éva Barlett, lors d’une conférence de presse organisée par la Mission permanente syrienne auprès de l’ONU, en décembre 2016. Une déclaration qui fait tache lorsqu’on sait qu’ils prétendaient alors avoir sauvé «100.000 vies» (99,220 aujourd’hui).

Comme le relatent des Aleppins aux caméras de nos collègues de RT, recoupant des témoignages que nous avions également eu de personnes sur le terrain (un humanitaire français, présenté sans détour par des journalistes français comme un «propagandiste de Bachar»), les Casques blancs étaient plus connus pour leurs talents de mise en scène, voire de pilleurs et de voleurs, que de secouristes.

Pire encore, ils sont accusés d’avoir sabordé l’aide humanitaire internationale, comme le rappelait le député Les Républicains Jacques Myard lors de leur précédente venue au Palais Bourbon. Une organisation à l’encontre de laquelle la Russie a mise en garde à l’ONU.

Secouristes face caméra, djihadistes sur les réseaux sociaux

Malgré des mises en scène spectaculaires et plus ou moins réussies, certains indices mettant la puce à l’oreille des spectateurs avertis. Comme Abed, qui dans un témoignage déclare qu’il ne prête pas attention au fait qu’une personne à sauver puisse être «un ennemi ou un ami.»

Sur Internet, des vidéos circulent, comme celle où l’on peut voir l’exécution par des djihadistes d’un civil à Hreitan, dans le nord d’Alep. Aussitôt après, des Casques blancs viennent ramasser la dépouille du supplicié, comme s’ils attendaient hors champ de pouvoir passer à l’action.

«Il y a des dizaines de vidéos où on voit, empilés à l’arrière d’un camion, des corps de soldats de l’armée syrienne, avec des Casques blancs se tenant tout autour, les appelant par toute sorte de titres injurieux et faisant le signe de la victoire alors qu’ils démarrent»,

témoigne Vanessa Beeley pour qui les réseaux sociaux s’avèrent être une mine d’informations. La journaliste nous signalait, à l’époque, que sur des comptes de membres des Casques blancs, «la plupart d’entre eux ont des photos d’eux portant des armes», revenant également sur le sort qui avait été réservé aux pilotes d’un hélicoptère russe abattu.

«Il rentrait à sa base à Tartous, il a été abattu par les terroristes d’Al-Nosra à Idlib. Au moins 15 comptes Facebook de Casques blancs avaient des photos du corps d’un pilote russe, torturé, agrémentées de commentaires glorifiant [la mort des pilotes, ndlr].»

Donc mm. Les députés, quand vous recevez une invitation à un colloque sur la situation en Syrie, précédé de la projection du très hagiographique documentaire de Netflix, lequel « servira de support à une discussion autour de la situation sur le terrain en Syrie, les efforts diplomatiques pour une solution politique, et les leviers dont disposent les députés français pour éviter un nouvel Alep ailleurs en Syrie,» n’oubliez pas votre esprit critique au vestiaire!

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