EBOLA – Assurances du mali de ne pas fermer ses frontières avec la Guinée par «solidarité» : Les malheureuses allusions de IBK au Sénégal

Ibrahim Boubacar Keïta Président du Mali
Ibrahim Boubacar Keïta Président du Mali
Ibrahim Boubacar Keïta Président du Mali

Le Président malien estime que son pays est «solidaire» à la Guinée, raison pour laquelle il n’envisage même pas de fermer ses frontières avec le pays de Alpha Condé, malgré le cas d’Ebola importé de ce pays. Que dire alors du Sénégal qui a pris sur lui de fermer ses frontières avec la Guinée ?

Ce n’est plus un secret pour personne, les rapports entre Dakar et Bamako ne sont plus les mêmes.

Depuis que le candidat Ibrahim Boubacar Keïta a été porté à la tête du Mali, Dakar n’est plus un partenaire privilégié de Bamako.

La preuve, juste après son élection, IBK, comme l’appellent affectueusement les Maliens, a rendu visite à tous les voisins immédiats du Mali sauf le Sénégal.

Le Président malien en voulait aux autorités sénégalaises qui auraient soutenu son adversaire, Soumaïla Cissé, à la Présidence du Mali.

C’est vrai que la tournée de «remerciement» de IBK à certains voisins du Mali avait ouvert la voie à toute sorte d’interprétations.

Au Sénégal, on était très mal à l’aise devant cette situation qui annonçait bien des difficultés dans les rapports entre Dakar et Bamako.

Même si, bien des mois après sa tournée ouest-africaine, IBK est venu rendre visite à son «frère» Macky Sall pour «remercier le Peuple sénégalais», les faits actuels montrent que le Mali n’en démord toujours pas. Du moins, si l’on en juge cette interview du Président malien accordée à nos confrères de la Radio France internationale (Rfi) et du Monde.

Morceaux choisis : «Depuis le déclenchement de cette épidémie (virus Ebola), nous avons pris au Mali toutes les mesures pour que nous soyons à l’abri, mais nous ne sommes jamais hermétiquement fermés à ce mal-là, la preuve (…) La Guinée est un pays voisin du Mali, nous avons une frontière commune que nous n’avons pas fermée, que nous ne fermerons pas non plus… par solidarité.»

Des casques bleus sénégalais au Mali
On n’a pas besoin d’être intelligent pour comprendre que ces propos de IBK sont destinés à Macky Sall qui, lui, n’aurait pas fait preuve de solidarité à l’endroit de son voisin guinéen, en fermant purement et simplement ses frontières face à la fulgurance du virus Ebola dans ce pays. Qu’à cela ne tienne, le Sénégal est un pays souverain et n’a certainement pas de leçons à recevoir de qui que ce soit. S’il juge que la meilleure façon de se prémunir du virus Ebola, c’est de couper les ponts avec les pays touchés qui lui sont très proches, il est dans son droit. Personne ne viendra faire la leçon au Sénégal parce qu’il se serait désolidarisé avec ses voisins.

IBK a vite fait d’exclure l’idée de fermer ses frontières avec la Guinée. C’est sûr que personne ne souhaite au Mali d’avoir plus que le cas importé, qui est finalement mort. Durant la période d’incubation qui est de 21 jours, l’on prie pour que le Mali puisse échapper à Ebola, mais si celui-ci venait à se multiplier dans ce pays, on verra bien quelle sera l’attitude de Bamako.

IBK veut, à travers ses propos, faire croire aux Guinéens et au monde entier que le Mali est plus solidaire à la Guinée que le Sénégal. Seulement, le Président malien semble oublier que par devoir de solidarité, le Sénégal a éparpillé, à travers la Minusma, des centaines de soldats dans des territoires maliens. IBK semble oublier qu’il y a juste trois semaines, un soldat sénégalais a été tué dans son pays, en défendant ses territoires. Tout comme il semble oublier que, pas plus tard que samedi, encore deux soldats sénégalais ont été blessés dans son pays (lire page 3).

Les axes Dakar-Conakry, Dakar-Bamako et Dakar-Banjul grippés
A la lumière des déclarations et des actes souvent posés par les Présidents malien, guinéen et gambien à l’endroit de Dakar, on sent nettement que le désamour est en train de s’installer lentement, mais sûrement entre le Sénégal et certains de ses voisins. Macky Sall est-il victime de sa fermeté ou fait-il les frais d’une diplomatie très tatillonne ? Seulement, on peut tout reprocher au Sénégal, sauf de n’avoir pas une grande diplomatie.

C’est en effet parce qu’on a une grande diplomatie qu’on n’a jamais voulu couper les ponts avec Banjul, au moment où des armes provenant de l’Iran traversaient l’Atlantique vers le pays de Jammeh. Un pays soupçonné de soutenir les rebelles de la Casamance et servant de repli pour les rebelles pourchassés par les militaires sénégalais. Dans cet espace ouest-africain, le Sénégal demeure quasiment le seul pays stable sur le plan politique (on touche du bois) et cela, il semble que ça ne plaît pas à tout le monde.

  • Écrit par  Aly FALL

alyfall@lequotidien.sn

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