EDITORIAL Y a voleuuuur et voleur !

voleursLe cas ahurissant ayant mené à la libération de Tahibou Ndiaye alors que tous le voyaient en prison, pose un cas intéressant de jurisprudence politique, juridique et morale, tout à la fois. Voilà un homme que tous les rapports ayant « fuité », ont mis au coeur d’un vaste système de prédation foncière, arrive à s’en sortir, non pas en prouvant son innocence, mais en rendant les fruits de ses malversations.

C’est renversant comme système de défense. L’on pourra toujours nous dire que le droit qui est en partie d’inspiration religieuse et morale, propose en même temps des brèches aux antipodes de la morale et des religions ! Entre tout ce qu’il y a comme procédure, marchandage, surenchère, menaces, arrangements, … que des pratiques douteuses. Il y a même de quoi s’interroger sur le terme même « droit ». « Droit », la rectitude, honnête, etc ça laisse bien songeur !

Il est vrai que Maître Wade avait donné le signal des libéralités qu’on pouvait prendre avec le droit foncier, mais en l’occurrence, ce sont là des terres et des immeubles que Tahibou Ndiaye s’est octroyées. C’est un enrichissement personnel illégal qui est prouvé et c’est là que l’équité aurait commandé que la transaction soit bannie du système proposé par le procureur, car le procureur défend l’intérêt public et on se demande comment il aurait réglé le cas de voleurs de poules.

Latif Coulibaly, le ministre de la promotion de la bonne gouvernance, a dit le mot de la fin dans une interview de ce week-end avec l’Observateur : « Ce n’est pas une traque des personnes, mais des biens  ». Ah oui.

Il n’est en tout cas pas sûr que cette jurisprudence s’applique dans le « petit train bleu » où un voleur de sac à main (il cause du tort à celui qu’il vole et à la société puisque le procureur de la république le poursuit au pénal et au nom de la société) va se faire lyncher à mort, même s’il a rendu le dit sac à main, avant d’être sauvé par des forces de l’ordre et placés en garde à vue en attendant Rebeuss.

Et puis comment comprendre que de tels grands délinquants soient encore en liberté au point de faire en plus la « une » des quotidiens, et que les prisons sénégalaises soient pleines à ras bord de voleurs de poules, entassés comme des sardines.

Se pose la question du manque à gagner qu’un enrichi illicite, quel qu’il soit, cause comme préjudice à notre économie. Une autre question est de comprendre dans quelle mesure ce voleur, pardon enrichi illicite, a t-il payé ses impôts ou sur sa fortune ou sur ses revenus ? Une telle présomption de fraude fiscale, ne mérite t-elle pas que les impôts s’y penchent ?

Un argent qui de toute façon, aurait pu servir à mieux payer les enseignants, à construire certaines salles de soins manquant dans nos hôpitaux, à ériger encore quelques salles de classes.

C’est en tout cas dans le cas de Tahibou Ndiaye, une transaction qui envoie un mauvais signal dans notre nouvelle ère de pseudo rupture. Car, le message envoyé à tous les fonctionnaires, est qu’ils peuvent voler tant qu’ils veulent et rendre ce qu’ils veulent de leur butin. « Volez ! Volez ! Volez ! Mais rendez, rendez, il vous restera toujours quelque chose ».

Le signal envoyé au peuple sénégalais, est que toute une classe politico-administrative, est peuplée de personnes qui peuvent s’auto-protéger par des arrangements post criminels qui les absolvent de toutes poursuites et leur préservent un bel avenir financier.

La jurisprudence « Tahibou Ndiaye » est lancée et peut être appelée dans nos prétoires par tous les voleurs de poules, à conditions qu’ils rendent au moins les plumes de gallinacés qu’ils ont soustraits dans les poulaillers de la République. En plus comme les gens qui nous gouvernent nous prennent pour des buses, ça tombe très bien.

La publication du rapport de l’Agence de Régulation des marchés publics (ARMP), une autre épine au pied du gouvernement Sall, est là pour nous rappeler que Wade nous a quand même fait beaucoup de mal puisqu’il a laissé les fonctionnaires, DG et ministres faire. Entre fractionnement des marchés, règlements avant l’octroi d’un marché donné, collusions, éliminations de certains candidats par une impossibilité de remplir les critères sur un marché public, fausses urgences, … la coupe des tricheries est bien pleine. Un fait qui conjugué avec l’opacité qui entoure la traque des biens mal acquis, montre que notre argent n’est pas bien gardé et finira de toute façon à atterrir dans les poches d’un fonctionnaire.

Et même l’Assemblée nationale, ce haut bâtiment qui trône majestueusement en pleine ville et où toutes nos lois sont discutées, amendées et votées avant d’être servies au Président de la république et aux juges, et qui a la possibilité de demander des comptes à n’importe quel ministre, ne veut point qu’on fouine dans ses affaires.

Où va-t-on ? A ce rythme, on voit mal comment la rupture tant chantée par Macky Sall himself qui en a fait un slogan de gouvernance, ne reste pas juste au stade de vœu pieu. C’est sûr, dans un état où il n y a pas rempart contre l’opacité, ce n’est pas demain la veille. De toute façon, à ce rythme, il y aura toujours des voleurs et des voleuuuuurs.

Nettali

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