En attendant 2015… Par Madiambal DIAGNE

Madiambal DIAGNEQuels sont les espoirs qui nous sont permis pour l’année prochaine ? Ils doivent être nombreux. Le gouvernement nous promet une estimation, la plus basse possible, d’un taux de croissance de 5,4%.

L’estimation initiale prévoyait un taux de croissance à 5,9%, mais cet optimisme a été tempéré par les contrecoups de l’épidémie Ebola qui a négativement impacté sur certaines activités liées notamment au tourisme et aux transports. Déjà en 2014, la croissance dépasse 4,5% ; une performance qui n’a jamais plus été réalisée depuis 2002.

Aussi, le déficit public qui avait atteint des abysses qui avaient provoqué les foudres de l’Uemoa et du Fmi en 2012, avec un niveau supérieur à 6,7%, a été ramené en 2014 à 5% et sera encore baissé l’année prochaine autour de 4,5%. Il s’y ajoute que si l’on se fie aux prévisions de la nouvelle Loi de finances, la mise en œuvre du Programme Sénégal émergent (Pse) devrait être effective par le biais de certains projets.

Ainsi, des projets importants comme les universités devront avoir démarré pour 166 milliards de francs, le parc industriel devra aussi voir le jour tout comme la route des Niayes et le prolongement de la Vdn jusqu’au Lac Rose. D’autres infrastructures routières d’envergure seront réalisées dans les régions de Kaolack, de Fatick et en Casamance.

Les travaux de réalisation de la nouvelle autoroute Thiès-Touba seront entamés. La cadence de réalisation envisage un objectif de réaliser quelque cinquante kilomètres de nouvelle autoroute par an, bien plus que ce qui a été réalisé en douze ans sur la période de 2000 à 2012.

L’année 2015 devra également permettre de finaliser le tronçon de l’autoroute Diamniadio-Aéroport de Ndiass. Sur le site de la nouvelle ville de Diamniadio, pas moins de 5 000 logements sociaux devront être réceptionnés et d’importants services publics seront implantés. Dans d’autres secteurs aussi importants comme l’agriculture, le gouvernement nourrit l’ambition de créer les conditions d‘une autosuffisance alimentaire, avec un investissement de 32 milliards de francs pour l’autosuffisance en riz, en sus des crédits traditionnels consacrés au secteur agricole.

C’est dire que tout porte à croire qu’il faudrait une catastrophe totalement imprévue pour endiguer les bonnes perspectives de performances économiques annoncées. En effet, il ne se pose plus la question de trouver les financements des projets du gouvernement sénégalais.

La signature du Sénégal est redevenue si fiable que les partenaires au développement se bousculent pour mettre la main à la poche. Il reste qu’il demeure une idée reçue qu’au Sénégal on réfléchit beaucoup et on agit peu. D’aucuns diraient même que le Sénégal réfléchit pour les autres.

Seulement, une rupture semble s’amorcer sur ce chapitre, car les délais record dans la conception et la réalisation du Centre de conférences internationales Abdou Diouf (Cciad) de Diamniadio qui symbolise, selon le mot de François Hollande, «l’Afrique en développement», laisse augurer qu’il n’y a pas encore à désespérer de ce Peuple, car quand les Sénégalais se décident véritablement à faire quelque chose, ils peuvent y arriver.

Cet ouvrage devrait avoir le mérite de décomplexer les Sénégalais et les conforter à se mettre au travail. Tout le monde s’accorde sur l’idée que le Sénégal n’est pas un pays avec une culture du travail.

Il suffit juste de mesurer le nombre de temps de travail perdu ces derniers jours entre les fêtes de Noël, de fin d’année et du Maouloud. Un tel gâchis d’heures de travail n’existe dans aucun autre pays au monde.

Sur le terrain de la gouvernance publique, il est incontestable que la qualité n’est pas encore totalement satisfaisante, mais on peut dire, à la vérité, que de gros efforts ont été réalisés en matière de transparence dans la gestion des ressources publiques et surtout de sobriété et d’efficience dans les dépenses publiques.

On n’est certainement pas trop satisfaits de 2014 et quelque part on peut rester sur sa faim, mais l‘année 2015 se présente comme une année charnière pour la gouvernance du Président Macky Sall. On peut considérer qu’il a toutes les cartes en main. Seulement, il lui faudra davantage de culot pour tirer son épingle du jeu.

Le citoyen lambda serait surpris d’entendre égrener un tel chapelet de réalisations ou de bonnes perspectives. Le gouvernement n’a pas brillé par sa capacité à faire savoir aux populations ce sur quoi il travaille. Or, François Bayrou a appris la bonne leçon en politique quand il souligne : «Quand ils ne comprennent pas, les peuples votent non.» L’ancien Président Abdou Diouf, à qui on ne pourra pas reprocher d’ignorer ce dont il parle, confie «qu’au Sénégal, on n’élit pas, on destitue».

Il demeure de gros risques que le Président Macky Sall ne rate le coche en cette année 2015. La première des craintes est liée au secteur de l‘énergie. En effet, de la fourniture en quantité, en qualité et à moindre coût de l’électricité dépendent essentiellement des projets comme le train électrique et le parc industriel.

Or, la crainte est grande auprès des partenaires au développement de voir le Sénégal ne pas terminer les projets énergétiques annoncés pour 2015. L’autre écueil sur lequel le gouvernement pourrait buter serait l’exacerbation des questions sociales. La pauvreté et le chômage sont des tares de la société sénégalaise.

Le gouvernement a déjà expérimenté avec succès la mise en œuvre de la politique de bourses familiales qui a beaucoup apporté à des populations socialement très vulnérables. En 2015, 200 mille familles devraient bénéficier de cette politique. La baisse du prix des loyers a également soulagé tant soit peu de nombreuses familles de la classe moyenne. Il faudrait faire plus en matière surtout de création d’emplois.

Sur l’année 2015, le Sénégal avait un avantage certain sur les autres pays de la sous-région pour n’avoir pas à organiser des élections durant l’année. En Côte d’Ivoire, au Bénin, au Burkina Faso, en Guinée et au Togo, les risques électoraux pourraient permettre au Sénégal de jouer un rôle de leadership plus affirmé, mais l’on semble déjà verser dans le démarrage bien précoce au Sénégal d’une campagne électorale. Par exemple, dans le propre camp du Président Macky Sall, au lieu de se concentrer sur des objectifs de résultats, on se divertit dans des querelles stériles avec les alliés.

D’ailleurs, on peut bien se demander si les responsables de l’Apr qui entretiennent cette polémique avec le Parti socialiste le font pour l’intérêt du Président Macky Sall ou pour régler des comptes personnels suite à des déboires lors des dernières élections locales. De toute façon, les ministres socialistes ne sont pas les pires du gouvernement et personne n’a entendu le parti de Ousmane Tanor Dieng pourfendre l’action du gouvernement pour qu’on puisse l’accuser de déloyauté.

Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

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