Entretien avec Alioune Fall, administrateur de Servir le Sénégal : «Pour garder ses alliés, l’Apr doit y mettre le prix»

Alioune Fall, administrateur de Servir le Sénégal
Alioune Fall, administrateur de Servir le Sénégal
Alioune Fall, administrateur de Servir le Sénégal

Alioune Fall n’a pas perdu son esprit critique face aux brûlantes questions qui rythment l’actualité sénégalaise.
Le journaliste décortique la sortie de Idrissa Seck de Benno bokk yaakaar qu’il attendait, les rapports entre Macky Sall et ses alliés du Ps et de l’Afp qui doivent être préservés à tout prix, la pénurie d’eau à Dakar dont Macky Sall n’est pas «responsable », l’affaire Dangote-famille Serigne Saliou… Et l’administrateur de la fondation Servir le Sénégal de la Première Dame rassure sur la transparence de ladite structure.

Quelles les origines de votre proximité avec le Président Macky Sall ?
Cette proximité découle de plusieurs facteurs, mais je pense que le plus important de ces facteurs c’est peut-être
une estime réciproque. C’est un ami de longue date. Ce qui nous lie dépasse l’amitié parce que nous avons les
mêmes origines familiales. Mais je pense que cette estime réciproque est même plus importante que nos liens
de parenté. Je l’ai côtoyé et j’ai découvert en lui un homme de vertu. La politique a ses vicissitudes et ses
bizarreries. J’ai côtoyé beaucoup d’hommes politiques, j’ai beaucoup d’amis, mais si j’ai privilégié mes relations
avec Macky Sall et cela avant même qu’il ne soit président de la République, c’est parce que, je ne dirai
pas que nous avons des convergences du point de vue des valeurs, sa démarche et sa manière de faire me renvoient l’image de ce que moi j’aurais voulu être. Je ne sais pas si j’y parviens ou non. Mais en termes d’attachement aux valeurs, Macky Sall me renvoie l’image de ce que j’aurais voulu être. C’est un homme très vertueux. Nous avons partagé un compagnonnage qui n’a pas toujours été facile. Je sais que quand il a eu des problèmes avec Wade alors qu’il était au Pds, parmi les conditions que Wade avait mises sur la table pour une normalisation de leurs relations, figurait celle consistant à rompre toute relation avec moi.
Wade avait exigé que Macky rompe tout contact avec moi, parce qu’on était parvenu à lui faire croire que c’est
moi qui l’influençait dans ses positions de résistance. Les gens qui le disaient se trompaient lourdement, Macky est
un homme de refus. Quand il a fini ses études à l’Ist, il y a eu l’épisode de sa vie que tous ses camarades de promotion de l’Ist se rappelleront, parce qu’ilest sorti de l’Ist major de sa promotion et il devait bénéficier d’inscription à l’étranger et le recteur Souleymane Niang à l’époque, très craint dans le campus, avait décidé de faire bénéficier à un autre de ce droit-là. Macky est allé voir le recteur dans son bureau, ils ont discuté et le recteur est resté ferme. Les derniers mots de Macky au recteur ont été : «Monsieur le recteur, le critère mérite joue en ma faveur. C’est moi qui dois y aller et c’est moi décamper de votre siège de recteur.» Macky qui était un leader du mouvement étudiant, a concocté avec ses amis un plan pour renverser le recteur.
Son plan a capoté de justesse. Donc, ce n’est pas aujourd’hui que Macky est devenu un homme de combat. Wade
a confondu la discipline de Macky avec de la docilité ou de la soumission excessive. Quand Wade a posé des actes
d’injustice contre Macky, il a résisté et il n’avait besoin de personne pour le faire. Mais on est allé dire à Wade que
si Macky lui résiste, c’est parce qu’il est influencé par Aliou Fall. Nous avons un ami journaliste basé en France qui
est venu faire la médiation entre Wade et Macky, Wade lui a posé comme condition que d’abord il vire Abou
Abel Thiam à qui on reprochait d’aller dans les médias faire insulter Wade. Puisque je n’étais pas dans le système,
Wade a demandé que Macky rompe toute relation avec moi. Quand notre ami journaliste est venu rendre
compte à Macky, ce dernier lui a dit : «Va dire à Wade que Alioune c’est mon jeune frère et s’il fallait choisir
entre son pouvoir et Alioune, je préfère mourir avec Alioune.» Ça c’était en 2009, alors qu’il était encore président
de l’Assemblée nationale. Quand il a quitté l’Hémicycle, il m’arrivait de me dire que mon amitié lui a porté
préjudice.
Donc aujourd’hui vous êtes à une posture de corriger le tort que votre amitié lui a causé ?
Evidemment ! Au-delà de cette histoire, Macky m’a couvé comme le grand frère que je n’ai jamais eu.
«Deuk bi dafa Macky beu Marème (pour exprimer que les temps sont durs pour le Sénégalais)
». Sous quel angle percevezvous cette expression ?
Tout est question de perception. «Deuk bi dafa Macky», je le perçois positivement d’une certaine manière parce que j’ai discuté avec beaucoup de personnes qui me répètent la même chose et à chaque fois, je leur demande ce qui a changé négativement dans ce pays pour qu’on en arrive à dire que «Deuk bi dafa Macky» ? Est-ce que nous avons assisté à des pertes d’emplois massives ? Ce que je comprends finalement à travers cette expression, c’est que l’argent facile ne circule plus dans ce pays-là. L’argent facile, c’est une tumeur pour une économie. On ne peut pas
construire un pays sur la base de facilité. Si aujourd’hui «Deuk bi dafa Macky» découle du fait que des gens,
qui accédaient de manière très facile et tout aussi illicite aux ressources, étaient disposés à les distribuer à tort
et à travers au point que certains  s’étaient finalement professionnalisés dans la rente et le clientélisme, et bien,
cette catégorie de personnes ne sent plus ce flux d’argent parce que l’époque est révolue. On a dépassé l’époque où un ministre de la République ou un directeur de société pouvait entretenir une clientèle oisive à coups de milliards. (…)
Il y a eu beaucoup de problèmes au Sénégal ces derniers temps : pénurie d’eau, affaire Dangote. Certains fustigent la manière dont l’Etat a géré ces dossiers. Partagez-vous ce point de vue ?
Je me suis toujours demandé ce qu’on reprochait à l’Etat dans cette histoire ? C’est quand même un système
qui est là depuis 20 ans ; ce n’est pas Macky Sall qui l’a initié.
Certains opposants disent que c’est Macky Sall en tant que ministre de l’Hydraulique de l’époque qui a passé le marché et réceptionné l’ouvrage en tant que Premier ministre.
Le ministre ne peut pas passer ce marché-là, il n’est pas compétent pour le faire. C’est la Sones qui est une société publique mais qui a sa propre personnalité juridique avec ses autorités. Dire que c’est le ministre de
l’époque qui a commandé une pièce qui relevait des activités de la Sones, c’est méconnaître la manière dont les
choses fonctionnent. La Sones a des autorités qui la gèrent et qui, seules, sont comptables et responsables de
actes de la société.
Selon-vous qui devrait répondre de ces actes entre la Sones et la Sde ?
Je ne sais pas s’il y a vraiment un fautif parce que tout système peut manifester des dysfonctionnements.

Pourtant la Sde s’est dédouanée en disant qu’elle a adressé des correspondances à plusieurs reprises à la direction de la Sones qui n’a pas réagi.
Ces correspondances remontent à 2009. Entre 2009 et maintenant, la Sones a été saisie à quatre reprises. Parmi ces quatre saisines, une seule a été faite sous le mandat de Macky Sall.
Les trois premières ont été envoyées alors que Macky n’était pas président de la République.
L’Etat est une continuité, non ?
Le principe de la continuité peut engager la responsabilité de l’Etat mais pas celle d’une personne qui est à une
position étatique où elle n’était pas hier. Macky Sall ne peut pas être responsable des carences de l’Etat du Sénégal
entre 2009 et mars 2012. Nous pouvons être d’accord que l’Etat a une part de responsabilité dans cette affaire
en tant que tuteur de la Sones. La Sones n’a pas été réactive depuis 2009 qu’on l’alerte sur ce phénomène-là.
Mais quand on veut personnaliser en parlant de la responsabilité de Macky Sall, je vous dis que trois des quatre
correspondances de la Sde ont été adressées à la Sones alors que Macky n’était ni Président ni Premier ministre.
La quatrième lettre d’alerte c’est au mois de mars 2013 qu’elle a été adressée à la Sones, on peut considérer
qu’entre mars et septembre, au moment de la crise, le président de la République n’a pas été informé de la
lettre de la Sde. Je peux comprendre que les acteurs politiques veuillent politiser un fait pour en tirer un avantage
politique. Mais que ceux qui se disent apolitiques et non impliqués dans le jeu politique partisan se laissent entraîner
dans ces choses-là, cela pose problème. Si on regarde les choses avec lucidité, quand on faisait la réforme
de l’eau pour éclater l’ancienne Sones en trois sociétés : Sde, nouvelle Sones et Onas, le secteur de l’eau traversait
une crise aigue au Sénégal. C’est cette réforme qui a réhabilité le service de l’eau au Sénégal.
Mais est-ce que la communication de l’Etat n’a pas participé à exacerber la situation ?
Comme je vous l’ai dit, dès que cela s’est passé, l’Etat, à travers son ministre de l’Hydraulique – le ministre compétent -, a tenté de se renseigner et a relayé à l’opinion les informations qui ont été mises à sa disposition par les structures intervenant dans ce secteur. Mais, comme je vous dis, dans cette affaire-là, c’est la politisation qui crée la pollution. Dès qu’on politise, on crée des préjugés, des a priori. Les gens ne sont plus dans une posture objective de réception des informations, mais dans des postures de diabolisation. Et tout ça crée une pollution qui ne favorise pas une communication de qualité. Le seul point sur lequel j’aurais considéré des reproches concevables
contre l’Etat, ce serait qu’on me dise que quand ce problème a eu lieu, l’Etat n’a fait aucun effort pour mettre en
place un dispositif alternatif d’approvisionnement en eau des populations. Or ce qui s’est passé c’est qu’on peut parler de quantité peut-être mais le dispositif a eu lieu. Il y a eu des citernes peut-être pas suffisamment. On a
constaté que plus on avançait plus le nombre de citernes devenait plus important. A côté, il y avait également les
sociétés qui sont dans l’eau minérale et qui ont apporté leur contribution et à un moment donné, l’épreuve était
beaucoup plus supportable pour les Sénégalais.
La sortie de Latif Coulibaly a un peu envenimé la situation entre l’Etat et les héritiers de Serigne Saliou sur l’affaire Dangoté. Qu’en pensez-vous ?
J’ai suivi la sortie de Abdou Latif Coulibaly de loin. Je connais bien Latif. Son défaut, c’est qu’il ne met pas de gants quand il décline ses vérités. Au Sénégal, on n’aime pas les gens francs. C’est ce qu’on lui reproche. On lui reproche de ne pas enrober des vérités crues qui peuvent gêner. Dans cette affaire, je ne comprends pas ce qu’on reproche  au Président. Il y a l’histoire de l’arrêté du préfet de Thiès. Ce qu’il faut comprendre, c’est que Alioune Fall n’a pas perdu son esprit critique face aux brûlantes questions qui rythment l’actualité sénégalaise.
Le journaliste décortique la sortie de Idrissa Seck de Benno bokk yaakaar qu’il attendait, les rapports entre Macky Sall et ses alliés du Ps et de l’Afp qui doivent être préservés à tout prix, la pénurie d’eau à Dakar dont Macky Sall n’est pas «responsable », l’affaire Dangote-famille Serigne Saliou… Et l’administrateur de la fondation Servir le Sénégal de la Première Dame rassure sur la transparence de ladite structure. cette affaire remonte à 2008- 2009. Donc, ce n’est pas Macky Sall qui a amené Dangote au Sénégal pour lui donner des terres. Ce sont des questions
techniques et je crois que l’autorité judiciaire est mieux qualifiée pour en parler. Mais dans la forme, ce que
les gens oublient c’est que dès 2009 ou 2010 déjà, la justice s’est prononcée en première instance sur ce dossier et
avait donné raison à Dangote. Et c’est cette décision de justice qui lui a permis d’installer son usine sous la protection de la gendarmerie. Et Macky Sall n’était ni Président ni Premier ministre à l’époque et peut-être même
pas président de l’Assemblée nationale. Sous le mandat de Macky Sall, la famille de Serigne Saliou Mbacké, qui
avait interjeté appel contre la décision qui donnait raison à Dangote, a vu cette affaire être vidée dans le second
semestre de l’année 2012. En appel, la justice a rendu une décision en faveur des héritiers de feu Serigne Saliou.
Sous le mandat de Macky Sall, l’Etat a estimé qu’étant donné la décision actuelle est favorable aux héritiers de  Serigne Saliou, l’usine de Dangote ne pouvait plus tourner. C’est conscient de ses responsabilités que sous son mandat le préfet de Thiès lorsque la justice était favorable aux héritiers de Serigne Saliou avait fermé l’usine. Et c’est sous son mandat que lorsque la loi est favorable à Dangote le préfet lui permet d’ouvrir son usine. C’est la loi et tout le reste ce n’est que des futilités et des considérations relevant de l’amalgame et du procès d’intention. Dans cette affaire, l’Etat du Sénégal n’a fait qu’assumer ses responsabilités.
Quelle lecture faites-vous du départ de Rewmide Benno bokk yakaar ?
Je pense que c’est cohérent et logique. Idrissa Seck a une histoire politique qui est assez similaire à celle de
Macky. Il a l’avantage de l’antériorité. Il a été le second de Wade avant Macky. Il s’est séparé de Wade avant Macky et il est allé dans l’opposition avant Macky. J’ai l’habitude de dire, malheureusement, il n’a pas réalisé les formidables opportunités qui se sont présentées à lui. Ce que Macky a réalisé en 2012, Idrissa Seck aurait dû le
réaliser dès 2007. J’ai l’impression qu’il n’a pas cru en lui, je ne peux pas l’expliquer autrement. Il avait les moyens et la possibilité de remplacer Abdoulaye Wade à la tête de ce pays. Il a préféré dilapider le capital politique formidable qui était à sa disposition. 5 ans plus tard, son cadet est venu en évitant les erreurs qu’il avait commises. Idrissa Seck n’a jamais pu envisager ce cas de figure où Macky remplace Abdoulaye Wade et non pas lui.
Rewmi envisage de créer son groupe parlementaire. Est-ce que cela n’affaiblirait pas la mouvance
présidentielle (l’entretien a eu lieu au moment même du renouvellement du bureau de l’Assemblée) ?
Je ne crois pas. La présence d’un autre groupe parlementaire à l’Assemblée nationale ne fera qu’apporter un plus à la qualité des débats.
Que pensez-vous des rapports entre l’Apr et ses alliés du Ps et de l’Afp ?
Ma position a été toujours de dire que l’Apr a besoin de ses alliés. C’est un parti embryonnaire qui a conquis
le pouvoir alors qu’il n’existait pas réellement en tant que parti qui a été entraîné par le coefficient personnel de
son leader. Donc, je pense qu’un parti comme Ps, le plus vieux du Sénégal, a toute une histoire, toute une sociologie, toute une réalité. Un tel allié est extrêmement utile pour l’Apr et pour le Président. Idem pour l’Afp et même la Ld ou le Pit. Ces partis issus de la gauche marxiste sont connus pour être des partis d’idéologues et ça fait
partie des points faibles de l’Apr. A l’époque, on disait qu’ils ne sont pas très massifs, mais ils compensent leur
dimension modeste par la qualité de leurs ressources humaines. L’Apr a besoin de ses alliés-là autant qu’il a besoin
des partis issus de la social-démocratie traditionnelle qui sont le Ps et l’Afp. En politique, les alliances
ont un coût ; il appartient à l’Apr de consentir le prix pour conserver ces alliances-là.
Quel devrait en être le prix ?
C’est à chacun de se déterminer, chacun de ces partis à ses attentes spécifiques pour l’alliance et les mains sur
la table. Aujourd’hui on renouvèle le bureau de l’Assemblée nationale, je me suis prononcé très tôt sur la question,
mais le meilleur choix pour le Président c’est Moustapha Niasse (Ndlr : Il a été réélu). Ce qu’il peut lui
apporter en tant que président de l’Assemblée nationale, aucun responsable de l’Apr au Perchoir ne le ferait. C’est
un peu ce que j’appelle le coût de l’alliance, si la présidence de l’Assemblée est le coût de l’alliance avec l’Afp, je
pense que c’est une bonne affaire pour l’Afp. Idem pour le Ps, peut-être qu’ils ont des ministres dans le gouvernement, ils connaissent les termes de leur alliance avec l’Apr, mais dans la limite de l’acceptable, dans la limite du concevable. Je pense que l’Apr ne devrait pas manifester trop de difficultés à consentir les coûts nécessaires pour préserver ces alliances. Autant dès le départ je savais que quelqu’un comme Idrissa ne pouvait pas être un allié dans le temps, autant c’est différent avec le Ps et l’Afp qui peuvent être des alliés de longue durée du président de la République.
Pour le report des Locales estce qu’il ne fallait pas privilégier le dialogue avec l’opposition ?
Je pense qu’en démocratie il est toujours bon de dialoguer, ne serait-ce que par souci d’apaiser. Même quand
on a en tête une décision ferme sur laquelle on ne compte pas revenir, le souci d’apaisement peut toujours vous
ramener à rencontrer les acteurs politiques et discuter avec eux. D’autant plus que sous le Président Abdou
Diouf, ce sont uniquement les Locales qu’on avait l’habitude de reporter. Mais sous le règne du Président Wade,
rarement des élections ont été tenues à date échue. Donc, ce n’est pas le gouvernement qui est là qui a inventé le
report d’élections. L’exception au Sénégal, c’est qu’une élection se tienne à bonne date.
Pour en venir à la Fondation Servir le Sénégal de la Première Dame, en tant qu’administrateur, est-ce que vous servez bien le Sénégal ?
J’essaie de faire de mon mieux. Le reste je laisse les Sénégalais que nous servons apprécier.
En termes de bilan qu’est-ce que vous pouvez présenter aujourd’hui après plus d’un an d’exercice ?
Je pense que les actions de la fondation sont assez connues. Sur le plan social, je crois que depuis qu’elle existe
nous sommes au front dans toutes les situations de sinistres comme les inondations, les incendies, les feux de
brousse, etc. En termes d’actions sociales toujours, nous sommes en train de distribuer des appuis pour la Tabaski.
Nous appuyons beaucoup les familles défavorisées à l’occasion des événements religieux que ce soit chrétiens
ou musulmans. Nous recevons des sollicitations de familles qui doivent faire face à des dépenses dont elles n’ont pas les moyens. Le mouton de Tabaski par exemple, même si la religion dit que quand tu ne peux t’en acheter, tu es dispensé. Pour des raisons sociales, un père de famille se résout difficilement à ne pas sacrifier un
mouton.
Contrairement à la fondation de Mme Wade, on ne voit pas la fondation Servir le Sénégal faire des projets d’envergure comme construire des hôpitaux.
Je pense que ce n’est pas très décent pour moi de vouloir faire le bilan de la fondation de Mme Viviane Wade. Je
gère celle de la Première Dame Marième Faye Sall. Mais comme vous dites, les approches et orientations
peuvent différer. Nous avons bien des projets de construction de structures de santé à l’intérieur du pays, par
exemple dans le village de Ndorena à Médina Yoro Foula à Kolda où nous avons un projet de construction d’une
maternité. Nous en avons d’autres.
Nous attendons des partenaires très importants après la Tabaski. C’est d’abord l’association pour l’appel international islamique basée à Tripoli dont le bureau régional nous a beaucoup aidés jusqu’à maintenant. C’est
le leader mondial de l’appel islamique qui vient nous rendre visite pour un partenariat. Nous attendons également
les autorités du Croissant Rouge du Qatar. J’ai séjourné à Doha il y a quelques mois, et cela m’avait permis
d’établir le contact avec eux et nous avions balisé des pistes de partenariat.
En général, ce sont des partenaires spécialisés dans le secteur de la santé qui seraient prêts à construire des
structures de santé. Nous avons reçu ici Mme Mélinda Gates, épouse de Bill Gates. L’opposition demande à ce que
les fonds de la structure soient audités parce que c’est l’argent du contribuable sénégalais.
La structure marche avec les finances de l’Etat ou celles de bailleurs ?
Ce ne sont pas les fonds de l’Etat. Je vous le dis tout de suite. La fondation est une structure déclarée d’utilité publique. Elle est soumise au même système de contrôle que les structures de l’Etat. C’est-à-dire qu’à tout moment
l’Ige ou la Cour des comptes peuvent venir nous contrôler et nous sommes disposés à leur prouver que la fondation
n’a rien à cacher. Aucun organe de contrôle ne produira un rapport pour dire que la fondation est financée
par les ressources de l’Etat. Depuis qu’elle existe, elle est financée par des ressources privées de bonnes volontés
individuelles ou organisationnelles agissant spontanément. Les dons que nous recevons peuvent aller d’un sac
de riz ou d’une bouteille d’eau de javel jusqu’à des tonnages si c’est des dons en nature ou bien des chèques. Nous
avons reçu des dons de 100 mille francs, tout comme nous recevons des dons de plusieurs millions, voire plusieurs
dizaines de millions. Ce que je peux vous dire c’est que personne parmi ces donateurs n’a été démarché ou sollicité. Vous ne verrez jamais dans ce pays quelqu’un qui vous dira : «J’ai donné parce qu’on me l’a demandé.
» Il est arrivé à deux reprises, que les Forces de l’ordre arrêtent des gens qui se faisaient passer pour des
représentants de la Première Dame ou de la fondation et qui demandaient de l’argent à des personnalités au nom de la fondation.
Et qu’est-ce la fondation a fait ?
Il y a eu deux cas. Ils ont été condamnés. La fondation a clairement indiqué qu’elle n’a jamais envoyé personne pour demander quoi que ce soit. Nous ne demandons ni officiellement ni officieusement. Nous sommes nous arrangés pour faire connaître à l’opinion ce que nous faisons. Nous n’avons pas de subvention publique, même pas
pour le carburant. Je suis le premier responsable de la structure ; quand je m’arrête devant une station service, je
paie en espèces pour acheter mon carburant. Les véhicules que je conduis sont immatriculés à mon nom et je les
ai achetés il y a plus de deux ans. Ce ne sont pas des véhicules de la fondation, car elle ne donne pas de véhicules
parce n’étant pas un système professionnalisé.
C’est une organisation gérée sur les bases bénévoles. Le top management de la fondation est géré par des gens s’activant chacun dans un domaine donné. Il y en a qui sont dans les institutions publiques ; d’autres sont des opérateurs privés. Chacun va gagner sa vie ailleurs, pas à la fondation. Notre engagement relève d’un idéal.
Ils n’ont pas de salaire ? La fondation a trois employés techniques qui sont payés. Entre le Ramadan et maintenant, je ne suis allé au siège qu’à deux reprises. J’y vais en cas de besoin, mais ce n’est pas une activité permanente. Il y a une personne qui est là-bas en permanence et qui coordonne les activités. Il y a deux autres cadres qui sont des employés techniques de la fondation. La Première Dame n’a pas plus d’obligations que nous au Sénégal. Elle engage sa crédibilité pour permettre à sa fondation de bénéficier de dons spontanés et volontaires. Je n’ai pas de l’argent à
donner à la fondation, mais j’ai au moins un minimum de savoir-faire que je peux mettre à sa disposition.

tndiaye@lequotidien.sn

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