Entretien avec la Dg de la Sones : Anta Seck ouvre son robinet – «Ce que la Sde n’a pas fait…» – «La panne est un incident d’exploitation»

Anta Seck Dg de la Sones
Anta Seck Dg de la Sones
Anta Seck Dg de la Sones

Enfin elle parle ! Anta Seck, directrice générale de la Société nationale des eaux du Sénégal (Sones), brise le silence relativement à la soif qui s’est emparée de Dakar et d’une partie de sa banlieue depuis plus de quinze jours maintenant.

Alors que la Sénégalaise des eaux (Sde) a dégagé ses responsabilités dans cette panne qui prive des populations du liquide précieux, la patronne de la Sones relativise cette position de la Sde, tout en affirmant que les audits techniques, qui seront lancés, vont situer de façon claire les responsabilités des uns et des autres.

Dans cet entretien exclusif, Anta Seck met les points sur les i, accuse entre les lignes et affirme que la Sones n’a rien à se reprocher.

Dakar et une partie de sa banlieue sont sevrées d’eau depuis plus de quinze jours, du fait d’une panne survenue dans l’usine de Keur Momar Sarr. Comment est-ce que vous vivez cette situation ?

Nous vivons cette situation avec beaucoup de regrets. Il n’est pas aisé du tout, de voir la population souffrir et manquer d’eau. Mais, je voudrais, avant de parler de la situation qui prévaut actuellement, revenir sur un certain nombre de choses. Il a été dit un peu partout que je ne me suis pas prononcée sur cette affaire. C’est parce que, jusqu’à preuve du contraire, il s’agit d’un incident d’exploitation. Il n’y a que l’audit technique qui pourra définir, de façon claire, les responsabilités des uns et des autres. Parce que la Sones est une société de patrimoine qui planifie les investissements, recherche les financements, réalise les infrastructures qu’elle met à la disposition de la Sde qui exploite.

Au niveau de la Sones, nous avons une Direction du contrôle de l’exploitation. Mais tout ce que la Sones fait en matière d’infrastructures, de la conception jusqu’à la réception, la Sde est fortement impliquée et les procès-verbaux de réception sont cosignés Sones-Sde. N’étant pas donc responsable directement de l’exploitation, je n’avais pas jugé utile d’être au devant de la scène, même si je reste très solidaire de la Sde et de ce qui se fait sur le terrain.

Je voudrais également apporter une autre clarification à propos de ma présence à Dakar et non à Kms (entendez : Keur Momar Sarr). Je suis à Dakar parce que sur place (Keur Momar Sarr), j’ai un ingénieur qui représente la Sones et à temps plein. Je suis informée de tout ce qui se passe sur le terrain, en temps réel. Je suis également en concertation permanente avec Monsieur Mama­dou Dia qui est le directeur général de Sde, qui me rend compte et m’associe à toutes les décisions qui se prennent sur le terrain. Je suis donc à Dakar, pour travailler sur la solution définitive.

Pouvez-vous nous parlez alors de cette solution définitive ?

Oui, il y a une solution définitive qu’il faut rapidement mettre en œuvre, pour éviter que de pareils désagréments ne se reproduisent dans le futur. Il s’agit de renouveler totalement la pièce en Y, il s’agit également de renouveler la conduite DN500 qui a fait l’objet de la toute première réparation en 2009. Nous allons également, dans le cadre de ce que nous sommes en train de faire, renforcer le déficit sécuritaire : la protection anti-bélier. Parce que, lorsque nous nous sommes rendus sur le terrain, nous avons constaté que les conduites étaient déformées : la conduite 800, la conduite 1200 avaient connu une déchirure longitudinale.

Ce qui laisse penser à une surpression découlant d’un coup de bélier. Donc, il faut renforcer en mettant en place un quatrième ballon anti-bélier. La station électrique également est abonnée à la moyenne tension. Il y a des coupures d’électricité qui font que ça peut apporter des désagréments. Nous avons proposé qu’il y ait un raccordement à la ligne haute tension, à partir de Sakal. Toutes ces urgences doivent se faire à très court terme. Je viens d’ailleurs de présider une réunion (l’entretien a eu lieu hier lundi à 14h 30), en présence des partenaires au développement, suite à l’appel de Monsieur le président de la Répu­blique à l’endroit  de son homologue français. Une mission de l’Agence française de Dakar est donc présentement à Dakar, pour discuter de tous ces problèmes-là et un accord a été trouvé avec eux qui vont prendre en charge très rapidement, ce financement, pour que nous puissions mettre en œuvre les infrastructures que nous avons retenues.

Nous sommes également en train de travailler, à moyen terme cette fois-ci, sur la redondance des conduites au niveau de Keur Momar Sarr, parce qu’il y a une seule sortie d’usine et lorsqu’elle est en panne, tout Dakar est bloqué. Nous aurons donc, une deuxième sortie pour qu’en cas de panne, nous puissions avoir une autre alternative. Voilà donc les raisons qui expliquent ma présence à Dakar, tout en sachant que je suis bien représentée au niveau de Keur Momar Sarr.

Avez-vous des regrets relativement au travail qui devait être fait en amont et qui, semble-t-il, n’a pas été fait ?

Personnellement, je n’ai pas de regrets, parce que tout ce que je devais faire depuis que j’ai pris service le 17 avril 2013, concernant cette affaire, je l’ai fait et j’ai la conscience tranquille par rapport à ce qui se passe aujourd’hui. J’ai pris toutes les dispositions qu’il fallait prendre, parce que lorsque je suis arrivée, effectivement, il y a cette fameuse lettre du 12 mars 2013 adressée au directeur général de la Sones, qui a répondu le 21 mars pour prendre note de ce que la Sde a proposé et également de dire à la Sde que la Sones était d’accord pour qu’il y ait une mission conjointe Sones-Sde. Cette histoire date du 21 mars 2013. J’ai pris service le 17 avril.

Quand je suis arrivée, nous étions en pleines négociations de l’avenant N°7 au contrat d’affermage et c’est au cours de ces négociations que cette question a été soulevée par la Sde et la Sones a aussitôt pris en compte, dans son plan d’investissements quinquennal 2014-2018, toutes les préoccupations qui ont été exprimées. Il y a également, pour l’usine de Ngnith, des renouvellements à faire : de groupes motopompes, de groupes électrogènes, mais il y a eu surtout le raccordement de l’anti-bélier de Keur Momar Sarr, objet de la présente panne, qui a été pris en compte dans le budget de 2014 que la Sones allait réaliser en 2014. Même s’il n’y avait pas aujourd’hui cette panne, nous aurions remplacé cette conduite, la pièce en Y, objet de cette présente panne.

C’est justement là où l’on vous reproche d’avoir fait preuve de  laxisme, parce que vous auriez dû agir bien avant, au lieu de faire des projections pour 2014, alors que l’urgence est là ?  

On ne peut pas nous le reprocher, parce que nous étions en train de négocier l’avenant au contrat d’affermage. On ne pouvait que faire une inscription. Aussitôt après les négociations qui se sont terminées le 27 juin, nous avons programmé la mission de terrain qui s’est effectivement tenue le 17 juillet, en présence des représentants de la Sde. C’était une mission conjointe Sones-Sde, qui avait fait des recommandations en ce sens. Après cette mission, nous avons exploité les recommandations qui ont été formulées et nous avons dit qu’il fallait peut-être anticiper et ne pas attendre 2014.

C’est pourquoi, nous avons envoyé un courrier le 5 août au directeur général de la Sde, dans le cadre d’un marché qui nous lie et qui est financé par le Pepam, où il y a un reliquat, et nous lui avons dit de nous faire une proposition de devis, pour que nous puissions très rapidement prendre en charge le renouvellement de la conduite anti-bélier dans le cadre du marché qui nous lie et qui est en cours d’exécution.

Malheureusement, on n’avait pas encore reçu la réponse de la Sde et aujourd’hui, avec les partenaires au développement, nous avons travaillé en ce sens-là et c’est finalement ce qui est retenu. Parce que l’Afd va financer tout ce que je viens de citer et qui nous lie à la Sde. Donc, c’est la Sones qui va prendre en charge intégralement, dans le cadre de ce prêt, le renouvellement de tout ce dispositif anti-bélier de Keur Momar Sarr.

A la lecture de votre réponse, il apparaît clairement que la Sde est entièrement responsable de la soif qui s’est emparée de Dakar ?

Je ne le dirai pas, parce qu’il n’y a que les résultats de l’audit technique qui pourront nous dire, de façon précise, qui est responsable de ce qui se passe actuellement. Parce que la conduite a été posée en 2004 par la Sones, effectivement, et a commencé à connaître des désagréments dès 2009. En 2009, en 2010, en 2011. L’incident que nous connaissons actuellement est le cinquième du genre (elle se répète).

Je ne voudrais pas qu’on se focalise sur cette lettre du 12 mars, qui a été bien traitée et prise en compte, dans le plan d’investissements et dans la lettre du 5 août dont j’ai parlé. La mission de terrain a été faite, tout ce qui devait être fait par rapport à cette lettre du 12 mars, a effectivement été fait. Je tiens à le préciser, à le dire, à le redire que sur ce plan précis, la Sones n’a rien, rien, rien à se reprocher.

Mais ce n’est pas ce que dit la société Degremont qui vous prend pour responsable de ce qui arrive ? 
Qui prend qui pour responsable ?

Degremont accuse la Sones d’être laxiste dans cette histoire ?

(Elle fait un signe d’énervement). C’est vous qui me l’apprenez (elle se répète). Degremont est présentement à Dakar, suite à la lettre de mise en demeure que je leur ai adressée, mais ils n’ont jamais dit que la Sones était responsable de ce qui se passe.

Mais certains de nos confrères ont évoqué cette question, en disant que Degremont accuse la Sones et lave la Sde ?

Les représentants de Degremont sont à Dakar depuis hier. J’ai tenu une réunion avec eux ce matin (hier lundi), il n’a jamais été dit que la Sones était responsable de ce qui se passe. Pour le moment, je pense qu’il ne faut pas aller trop vite en besogne. Aujourd’hui, personne ne peut vous dire qui est responsable de ce qui se passe.

Parce qu’il faut remonter à 2004 ou bien même avant 2004, pour connaître de façon effective, ce qui s’est passé de 2004 à aujourd’hui. C’est un problème qu’il faut traiter en profondeur, ce ne serait pas aisé de voir ça en superficiel, qu’on parle de lettre du 12 mars à laquelle on n’a pas répondu, ce  qui est totalement faux.

Je pense qu’il ne sert à rien de se presser. Remettons le service en marche normalement, donnons de l’eau aux populations, faisons en sorte que toute la Nation sénégalaise retrouve sa sérénité. Nous aurons le temps de faire la lumière sur cette affaire-là. Il est prématuré de dire aujourd’hui qui de la Sones, de la Sde ou de Degremont, est  responsable.

Mais quand même, la Sones ne peut pas être exempte de reproches, si on sait que c’est elle qui a posé cette conduite dont on parle. Si cette conduite était de meilleure qualité, peut-être qu’on en arriverait pas à cette situation ?

Ça, c’est l’audit qui vous le dira. C’est l’audit qui dira si la pièce qui a été installée répondait aux normes ou pas, si c’est la Sones qui a fait une commande qu’elle ne devrait pas faire. C’est l’audit qui nous dira si c’est la Sde qui exploite, n’a pas fait d’erreur qui fait qu’aujourd’hui nous sommes dans cette situation. De façon prématurée, je ne peux pas répondre à cette question-là.

Actuellement, on parle de la fin de la pénurie d’eau, vous en tant que directrice de la Sones, est-ce que vous avez une idée de la date précise du retour de l’eau à Dakar ?

L’eau sera de retour dans les meilleurs délais…

C’est le terme favori qui est maintenant utilisé. Pourquoi vous êtes devenus frileux à donner une date exacte ?

Moi, je n’ai jamais donné de date depuis le début de cette affaire. Je ne suis pas l’exploitant, ce n’est pas moi qui répare, mais je peux vous assurer que toutes les dispositions sont en train d’être mises en œuvre, pour que l’eau revienne dans les meilleurs délais.

Pas demain ni après demain ? Dans 3 jours, 4 jours ?

(Rire). Je ne saurais vous le dire, mais je sais que dans les meilleurs délais, tout va rentrer dans l’ordre inchalah !

Par rapport au financement que vous avez évoqué tantôt, est-ce que ces travaux, qui sont programmés, vont être réalisés dans les meilleurs délais ?

C’est l’Agence française de développement (Afd) qui va financer les travaux que nous allons mettre en œuvre. Ça va se faire également très rapidement, la commande est faite depuis ce matin (hier lundi), je sais qu’en usine, on commence déjà à y travailler et que sans tarder, nous aurons une nouvelle conduite, fabriquée en usine, et dont on pourra garantir la durabilité.

Est-ce qu’il y a un délai pour dire que dans deux ou trois ans,  Dakar n’aura plus de problème d’eau parce qu’un bon matériel a été acheté et posé ?

Deux ans non ? C’est une question de mois simplement.  Le service sera mis en place très rapidement. Je dis dans les meilleurs délais, parce que je ne veux pas avancer de date, mais je sais que la solution qui est en train d’être mise en place, va fonctionner dans les prochains jours. Et nous, notre solution définitive que nous comptons mettre en place, le sera également très prochainement.

Depuis l’éclatement de cette affaire, on parle de la renationalisation de la Sde, êtes-vous d’avis qu’il faut passer par ça, pour sécuriser l’approvisionnement en eau ?

Je ne le crois pas, parce que la réforme du sous-secteur de l’hydraulique urbain a été un succès et ça, on en parle partout à travers le monde. J’ai eu la chance de prendre part à beaucoup de conférences internationales sur l’eau et à chaque fois qu’on parle de la privatisation du secteur de l’eau en Afrique, c’est le Sénégal qui est donné en exemple. Il ne faut pas que cet incident vienne remettre en cause les acquis que nous avons eus dans ce secteur et qui, aujourd’hui, servent d’exemples à beaucoup de pays.

Ces incidents semblent être un scandale, si on sait que cette conduite devait durer 30 ans, 4 ou 5 ans plus tard, il y a des anomalies qui sont constatées, cela pose-t-il problème ?

Effectivement que cela pose problème, c’est l’une des raisons pour lesquelles, le président de la Répu­blique a demandé qu’on fasse rapidement un audit technique, pour permettre de situer les responsabilités et faire en sorte que de pareilles choses ne se reproduisent plus.

Qu’attendez-vous exactement de ces audits tant attendus ?

Qu’ils permettent de situer les responsabilités, parce qu’aujourd’hui, on fait beaucoup d’amalgames. Certains pensent que c’est la Sones, d’autres la Sde, d’autres le constructeur. L’audit nous dira de façon précise, comment les choses se sont passées et qui est responsable de quoi ?

Est-ce que depuis l’éclatement de cette affaire, vous ne vous êtes pas sentie menacée, une seule fois ?

Pas du tout ! Rien ne me fera perdre ma sérénité. Moi, je suis là pour travailler et je continuerai à travailler. Je suis là pour servir mon Peuple, pour servir l’Etat, travailler pour ma Nation et rien ne pourra me perturber, rien ne pourra également m’empêcher de faire ce pourquoi je suis ici. Je suis une personne profondément croyante et je sais que mon destin est déjà tracé.

alyfall@lequotidien.sn

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