Est-il vraiment possible de faire la différence entre travail et divertissement?

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Est-il vraiment possible de faire la différence entre travail et divertissement?

Analyse des termes du sujet

Ce sujet invite à travailler deux concepts apparemment opposés pour chercher à dépasser cette opposition. Il faut donc aller au-delà des préjugés, pour chercher ce que travail et divertissement auraient en commun.

Selon l’opinion commune, le travail serait une nécessité contraignante alors que le divertissement serait synonyme de liberté; le travail serait aliénant alors le divertissement serait un facteur de réalisation de ses aspirations; le travail serait pénible alors que le divertissement serait un agréement…

Mais est-ce si simple ? Le travail ne peut-il pas être un facteur de liberté, d’épanouissement, et le divertissement  une activité aliénée et abrutissante ?

Développement: pistes de réflexion

1/ Le travail comme nécessité ou obligation , le divertissement comme contingence

a- Opinion commune :

– Le travail est une nécessité vitale, qui a pour fin la survie, ou la vie matérielle de  l’individu.  Il est productif : il  produit un bien ou un service, en échange d’une rémunération.  C’est une contrainte au sens où on ne peut pas ne pas travailler. C’est un moyen en vue d’une fin autre : gagner sa vie.

– Souvent, le travail est aussi présenté comme un devoir, envers soi-même et envers les autres. Il écarte de nous non seulement le besoin, mais aussi le vice et l’ennui. Travailler est une obligation morale et sociale. La fable de La Fontaine Le laboureur et ses enfants est caractéristique de cette valorisation morale du travail dans une société où le travail est source de valeur économique.

– Au contraire, le divertissement vise à se distraire, s’amuser, et n’a donc pas d’autre fin que lui-même. On ne recherche rien d’autre que le plaisir qu’il procure. Il est improductif.  Il est contingent : on peut par exemple décider ou non de se rendre à une invitation chez des amis, ou aller à la fête foraine. S’y rendre n’a de caractère ni de nécessité, ni d’obligation.

b- Critique de l’opinion :

– Le travail n’est pas seulement un moyen de gagner sa vie : lorsqu’on a soi-même réellement choisi son emploi, on travaille par plaisir, par passion. Le travail peut aussi être un but en soi, et même un moyen de donner un sens à son existence: il n’est pas pour le travailleur une simple transformation du monde, il est la réalisation de son propre but.

– Le divertissement peut être productif, même s’il n’est pas toujours reconnu dans les statistiques (ex : le tricot, le jardinage, le bricolage). L’économie des pays occidentaux repose en grande partie sur le tourisme et les loisirs, même s’il faut ici faire la distinction entre ceux qui se divertissent et ceux qui travaillent pour rendre possible ce divertissement.

– Le divertissement est aussi, peut-être, une nécessité : pour ne pas s’ennuyer en dehors des heures de travail, pour ne pas souffrir d’un sentiment de vide existentiel. Le besoin de se divertire, dit Nietzsche, viendrait de l’habitude de travailler! Le divertissement n’est pas le repos. Se divertir, ce n’est pas ne rien faire. Cf Pascal  : l’étymologie du divertissement renvoie au mot latin “divertere” qui signifie “se détourner de”.

Toute activité qui nous occupe l’esprit , nous empêche de penser à la mort et à l’absurdité de l’existence, est pour Pascal un divertissement : en ce sens le travail en est un également. Travail et distraction ne seraient donc pas opposés mais identiques. Ils viennent de la même incapacité humaine à ne rien faire, du même besoin de s’empêcher de penser.

2/ Le travail serait pénible alors que le divertissement serait au contraire facile

a- Opinion commune :

– Transformer la nature pour en tirer de quoi satisfaire ses besoins, c’est se heurter à sa résistance, c’est devoir user de ses muscles . Dans la Bible, le livre de la Genèse, le travail apparaît comme une malédiction divine. “Tu gagneras ton pain à la sueur de ton front”. Le travail suppose aussi le respect des horaires et des cadences : les mouvements du corps doivent suivre ceux de la machine (cf. le film Les Temps modernes, de Chaplin). Il faut obéir à des règles précises.

– Se divertir, ce serait au contraire passer le temps agréablement, s’occuper à des activités librement choisies, procurant du plaisir, de la détente. Par ex : jouer aux cartes, écouter de la musique…, ne pas avoir de contraintes ou de règles. On parle d’ailleurs de « temps libre ».

b- Critique de l’opinion

– D’une part la pénibilité du travail s’est allégée grâce au progrès technique ; d’autre part il est faux de penser que le divertissement ne coûte pas d’effort : cf le sportif amateur qui va s’entraîner de manière régulière ; ou le nageur à la piscine qui s’astreint à nager 2 km. Quelle différence entre le footballeur amateur et le professionnel ? Le premier n’est pas rémunéré et doit exercer une profession , mais leur activité est la même. Se passionner pour une activité, qu’elle soit rémunérée ou non, c’est s’investir personnellement et donc se fixer des exigences. C’est devoir obéir à certaines contraintes : même lorsque l’on joue (au cartes ou aux échecs par exemple), il y a des règles à suivre.

– La société de consommation est en même temps une société de divertissement : elle oriente les goûts des individus et les incite à se divertir, c’est-à-dire à dépenser leur argent. Nos activités sont socialement déterminées. Le cadre d’entreprise qui joue au golf et le jeune de banlieue qui préfère le foot sont tous deux dans l’illusion d’une liberté factice.

3/  Le travail serait abrutissant alors que le divertissement serait épanouissant

a- Opinion commune :

– Aujourd’hui, le travail de bureau ou à la chaîne, n’exigent pas de dépense physique importante, mais sont ressentis comme ennuyeux. Les tâches sont spécialisées, simplifiées à l’extrême pour un maximum de productivité. Cf Marx : dans l’organisation capitaliste du travail, l’ouvrier ne peut plus se reconnaître dans ce qu’il fait, le produit de son travail ne peut plus être un facteur de prise de conscience de soi. Le travail est , disait Marx, le sacrifice de la vie du travailleur, qui n’a l’impression de n’exister vraiment qu’en dehors de l’usine.

De plus, lorsqu’une tâche nous est imposée, elle paraît alors plus rébarbative que nous avions décidé nous-même de la faire. Nous avons l’impression de perdre notre temps.

– Au contraire, , se divertir, ce serait alors pouvoir développer les capacités que le travail n’éveille pas.  Ce serait pouvoir faire appel à son imagination, sa créativité, ses ressources physiques et intellectuelles. Nous ne serions nous-mêmes qu’en pratiquant des activités lors de notre temps libre.

b- Critique de l’opinion:

– Il est indéniable qu’un emploi  peut être répétitif et ennuyeux. Néanmoins, il serait faux de croire que tout divertissement serait épanouissant. Et même, lorsque quelqu’un travaille toute la journée à un travail pénible ou ennuyeux, il n’a pas envie , le soir ou le week-end, d’apprendre l’anglais ou d’aller s’entraîner pour un marathon. Il regarde la télé. Passer toutes ses soirées à regarder des jeux ou des variétés à la télévision, c’est bien s’abrutir, ou en tout cas, ne pas chercher à développer ses possibilités. Se divertir, ce serait oublier les difficultés de la vie en s’absorbant dans un plaisir immédiat et passif.

Le divertissement est alors aussi aliénant que le travail : il  est le nouvel « opium du peuple » qui rend les conditions de travail, et plus généralement une existence entière vouée au travail, acceptables.  Après de longues heures cédées à un employeur, le salarié a besoin d’oublier ses soucis, penser à autre chose, ce qui le rend  justement  prêt, le lendemain, à  accepter les contraintes et l’ingratitude de sa tâche. Travail et divertissement font partie du même cycle production/ reconstitution de la force de travail. Pour Hannah Arendt, le loisir et le travail relèvent du cycle de la vie biologique et le loisir de consommation peut être la source d’un véritable abrutissement, particulièrement quand il prend la forme d’une consommation de la “culture”.

– Le travail, exercé dans certaines conditions,  est un facteur d’humanisation et de perfectibilité. C’est le travail, qui selon Kant, contraint l’homme à sortir de la paresse , et à développer ses capacités. Pour Hegel et Marx, par essence, le travail est l’activité humanisante par excellence. L’homme doit produire lui-même ses conditions d’existence, contrairement à l’animal. Le travail apprend à l’homme à maîtriser ses pulsions et donc à accéder à la liberté : par le travail, l’homme s’éduque et devient capable d’action réfléchie.

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