EXPLOITATION MINIERE ARTISANALE :Les experts « descendent » dans la mine.

Organiser et encadrer le sous secteur de l’exploitation minière artisanale au Sénégal et en Afrique, dans le but, entre autres, d’assurer des conditions décentes aux populations bénéficiaires. C’est l’exercice auquel se prête depuis hier mardi à Dakar, un groupe d’experts, sous l’égide de la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA).orpailleurs_tradi_1

Les petites exploitations minières assurent 80 à 100% de la production d’or, de diamant et de pierres précieuses, dans certains pays producteurs, y compris en Afrique, selon une étude du Bureau international du travail (BIT). Sauf que cette activité appelée « petite mine » se développe de manière incontrôlée et en dehors de tout cadre règlementaire et dans des conditions d’insécurité notables.

Ce constat, selon Mamadou Diop, Secrétaire général du ministère de l’Energie et des mines, «doit amener nos Etats à rechercher les voies et moyens de normaliser et accorder plus d’attention à l’exploitation minière artisanale en particulier afin de la ramener dans l’économie formelle.» C’est en ouvrant hier mardi à Dakar, la réunion ad hoc d’un groupe d’experts sur la problématique, que le Secrétaire général du ministère de l’Energie a en outre mis le doigt sur le cas du Sénégal qui, dit-il, à l’instar de la plupart des pays miniers d’Afrique, «a enregistré une exacerbation des problèmes de tous ordres liés à une pratique désorganisée et difficilement contrôlable sur les sites d’orpaillage.»

Le constat général est que les diverses exploitations minières ont eu jusqu’ici un impact limité sur les performances économiques mais surtout sociales, avec des industries minières qui n’ont pas joué leur véritable rôle de levier de croissance économique et sociale en Afrique. Parallèlement, prolifèrent les exploitations minières artisanales et à petite échelle qui sont généralement peu performantes par manque de capitaux et du savoir-faire technologique et qui emploient pourtant une masse de populations. «Ces entreprises laissées pour compte sont devenues une priorité pour de nombreux acteurs comme les pouvoirs publics», comme l’a indiqué Aboubacry Demba Lom, Chef du Bureau   sous-régional pour l’Afrique de l’Ouest.

Pour lui, malgré les nombreuses initiatives tant au plan international que régional, «il urge de trouver à ce sous-secteur un cadre plus décent et plus maîtrisable dans le seul but d’assurer des conditions décentes aux populations bénéficiaires.» Plus qu’un souhait, «C’est un devoir pour nos Etats et nos communautés économiques sous-régionales de mieux prendre en charge le sous-secteur», ajoute-t-il.

Politique hardie ?

Conflits avec les concessionnaires ou titulaires de permis miniers ; déforestation sauvage ; usage non raisonné de produits chimiques dangereux tel le mercure, le cyanure et autres explosifs ; abus d’alcool et de drogue ; prostitution ; exploitation des enfants ; conflits sociaux et intergroupes …

La litanie des « dérives » ainsi listées par le Secrétaire général du ministère de l’Energie et des mines et relatives au secteur de la « petite mine » au Sénégal, est loin d’être exhaustive et ont fini par mettre en cause l’activité. Pour Mamadou Diop, une politique « hardie » d’assainissement du secteur a été engagée depuis quelques années au Sénégal. Le Secrétaire général du MEM de citer le Programme d’appui au secteur minier (Pasmi) qui, avec le soutien de l’Union européenne, a été mis en vigueur avec notamment un volet organisation et formation des orpailleurs. Le gouvernement, poursuit-il, a ensuite, au cours du mois de novembre dernier, tenu un conseil interministériel sur la question et dont les mesures arrêtées « ont fait l’objet d’un plan d’action en cours d’exécution», indique-t-il.

Sur le terrain, il semble cependant que la «hardiesse» de la politique dont parle le Secrétaire général du MEM laisse plutôt à désirer. En mai dernier, dans le cadre d’une caravane de sensibilisation sur les sites d’orpaillage traditionnel à Kédougou, sous l’égide de la Cellule nationale de lutte contre la traite des personnes (CNLTP), en partenariat avec l’ONUDC, le BIT, l’UNICEF, l’Inspecteur régional du Travail et de la Sécurité sociale annonçait (Sud Quotidien) que les orpailleurs traditionnels ont empoché 4 milliards FCfa entre 2011 et 2012, sans que cela n’ait aucune retombée dans les caisses de l’Etat.  Tenant compte du fait que les sites se créent de manière spontanée, l’inspecteur régional ajoutait que « l’Etat n’a pas une prise réelle sur le secteur ». Dans la même veine et la même période, l’UNICEF est montée au créneau pour dénoncer la traite des personnes qui prévaut  dans ce secteur, notamment les enfants.

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