Face à la crise, la jeunesse libanaise passe à l’action

JEUNESSE LIBANCrise des déchets, vacance présidentielle, corruption… Des jeunes Libanais désespérés par la situation économique, politique et sociale de leur pays utilisent les nouvelles technologies pour venir en aide à la société.

Tarek Samir Moubarak a lancé il y a quelques mois l’application Kholsit qui signifie en français « le problème est réglé ». Son objectif : remédier à un problème que le gouvernement « aurait dû régler depuis bien longtemps », celui de l’insertion professionnelle des jeunes techniciens. Ainsi, grâce à son application, Tarek met en lien des techniciens de moins de 35 ans, plombiers, menuisiers, électriciens, et des clients potentiels.

« Au Liban, il y a dans chaque ville un technicien référent connu auquel tout le monde s’adresse. En général, le travail est mal fait et c’est cher. Du coup, les techniciens fraîchement diplômés ne trouvent pas de travail et les clients ne trouvent pas de techniciens fiables », explique Tarek, 22 ans.

Mais au Liban, le problème de l’insertion professionnelle ne touche pas que cette branche de travailleurs manuels puisque, selon le rapport Global Employment Trends 2014 de l’Organisation internationale du travail, 22% des jeunes Libanais (15-24 ans) seraient au chômage.

Des jeunes entrepreneurs engagés

Tarek fait partie de cette nouvelle génération de Libanais qui lutte tant bien que mal pour redresser son pays. Fatigués par l’inertie d’une classe politique corrompue, ces jeunes ont décidé de prendre la relève. « On ne peut pas compter sur le gouvernement pour aider la société libanaise. Alors ce sont de simples citoyens comme moi qui prennent le relais à leur échelle », se désespère le jeune homme.

Angela, 34 ans, s’est attaquée à un autre problème : celui des réfugiés, notamment syriens, qui affluent depuis le début du conflit. Ils représentent aujourd’hui presque le tiers de la population du Liban. Moins critique vis-à-vis du rôle des politiques, Angela se voit comme un complément de ce qui est déjà fait par le gouvernement libanais et les ONG. Cette jeune Britannique d’origine libanaise par son père développe actuellement avec son équipe une application qui vient en aide aux réfugiés et aux Libanais les plus pauvres.

L’idée ? Leur donner un accès au marché du travail en les mettant, en fonction de leurs compétences et de leurs disponibilités, en relation avec des clients potentiels : « Les réfugiés ont des capacités professionnelles et sont capables de gagner leur vie eux-mêmes. Grâce à ce genre de projet, ils ne sont plus dépendants des aides et redeviennent acteurs de la société ».

Un phénomène qui n’est pas nouveau mais qui prend de l’ampleur. « Cet essor se base sur deux crises majeures de la société libanaise : la pollution et les réfugiés, explique Sami Abou Saab directeur général de Speed@BDD, un accéléarateur de start-ups libanaises basé à Beyrouth. Ces jeunes veulent vraiment s’attaquer aux problèmes économiques et sociaux du pays pour améliorer le quotidien des gens qui vivent autour d’eux en se servant de leur expertise numérique. »

En mai dernier, la semaine des Startups à Beyrouth était spécifiquement consacrée aux solutions environnementales. Le gagnant, Nicolas Farah, a développé avec son équipel’application Limm qui permet aux particuliers de se débarrasser de leurs déchets recyclables gratuitement en un clic. L’outil connecte l’utilisateur au collecteur de déchet le plus proche. Ce dernier géolocalise le client et vient chercher les ordures directement devant sa porte. « Nous avons récemment fait face à une importante crise des déchets au Liban.Je voulais trouver une solution à ce problème en utilisant mes compétences de développeurs », explique ce développeur de 27 ans.

Un engagement nouveau

Si cette nouvelle génération se dit apolitique, elle est pourtant très engagée. Au fait des enjeux politiques de leur pays, paralysé selon eux par la corruption, ces jeunes aspirent à une société nouvelle : « Les politiciens ne font rien pour les Libanais à moins qu’ils puissent en tirer profit ! On n’a pas d’autre choix que d’agir et créer ce genre d’application si on veut aider notre pays », s’insurge Nicolas.

Plutôt éloignés des milieux engagés traditionnels, ils représentent une nouvelle forme de militantisme social. « Mon rêve est de débarrasser le Liban de tous les hommes politiques. De vivre dans une société où on s’en fiche de savoir qui est chrétien et qui est musulman, s’énerve Tarek. Nous sommes créatifs, intelligents et très bons en nouvelles technologies, mais ces barrières politico-religieuses empêchent les jeunes Libanais d’avancer ! Avec Kholsit, quelqu’un qui vit dans une zone chrétienne peut être mis en contact avec un technicien musulman et vice-versa ! ».

Une idée que partage entièrement Angela : « Ce qu’on fait n’est absolument pas politique. Il n’y a aucun jugement à propos des croyances des gens, de leurs origines ou de leurs expériences passées. On veut seulement offrir aux gens une opportunité ». La jeune femme est arrivée, il y a cinq ans, au Liban en tant que diplomate : « Quand ma mission a pris fin, j’ai décidé de rester pour monter cette application et faire quelque chose de positif pour ce pays qui souffre injustement des guerres voisines ! ».

Pour un meilleur Liban

Un engagement sur le long terme dont le but est avant tout d’améliorer la vie des Libanais : « Si les réfugiés ont assez d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille, leurs enfants auront une meilleure éducation et ne seront alors plus un poids pour le pays d’accueil. Tout cela est bon pour eux mais aussi pour le développement du Liban en général et pour sa cohésion ! ». Pour Nicolas aussi, lancer cette application est un pari : « C’est ma manière d’aider mon pays à se développer et à devenir meilleur ».

Même si le but n’est pas de faire de l’argent, Angela espère que ce projet sera rentable. Au contraire, Tarak tient à séparer son engagement social et son travail : « Cela ne m’intéresse pas de savoir si cette application va générer de l’argent, j’ai un autre travail pour ça. Le but est d’aider la société libanaise, c’est tout », explique-t-il. Pour Nicolas, le projet devrait être rentable mais pas pour lui. « Nous sommes une entreprise sociale donc on fait juste assez d’argent pour faire vivre l’application en ligne. Ceux qui vont se faire de l’argent ce sont les sociétés de collecte des déchets et les municipalités ! »

RFI

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