Farba Ngom, député de Bby : Les mille éclats d’un personnage

Farba Ngom, député de Bby
Farba Ngom, député de Bby
Farba Ngom, député de Bby

Les bourrasques continuent de balayer le ciel des Almadies. Elles n’ont pas, pourtant, emporté les soupirs et les interrogations de Farba Ngom, désespéré et interloqué par quelques averses d’informations «erronées» qui s’abattent sur lui. Entre deux éclats de rires, il lance des piques perfides et place des vannes. Malgré «la gravité de l’heure», il a le temps de mettre la main sur l’amusette. Depuis quelques jours, Farba Ngom est sous les sombres nuages de l’actualité politico-médiatique.

«On raconte beaucoup de contre-vérités sur moi», ahane-t-il. Dans le paysage politique actuel, il tient le haut du pavé. Il se réveille avec une sensation d’oppression dans la poitrine. Un lourd pressentiment de persécutions.

Il rejoint une race d’hommes qui ont traversé toutes les époques. On les compare à des rapaces, des oiseaux de proie, parce qu’ils règnent sur des espaces inaccessibles.  Dans la mythologie politique sénégalaise, ils incarnent la figure romantique du chef, une sorte de chambellan au grand cœur, instruit par un idéal de grandeur et des humeurs belliqueuses.  Léo­pold Sédar Senghor caressait ses fantasmes de grandeur avec les envolées cantatrices de Yandé Codou Sène. Abdou Diouf avait El hadji Mansour qui répétait à longueur de discours une expression devenue culte. Abdoulaye Wade avait trouvé en  Abdoulaye Mbaye Pekh  un laudateur de ses réalisations.

Farba Ngom occupe désormais le hit pour chanter les louanges de Macky Sall. Il surgit dans l’univers politique comme une anomalie. «Les gens sont jaloux de moi. Je suis combattu et jeté en pâture par certaines personnes mal intentionnées de la présidence», explique M. Ngom.  S’il fascine ou rebute autant, c’est parce qu’il reste par nature «un rebelle», un anticonformiste capable de renverser en un jour des hiérarchies solidement établies.

Les plus grands en acceptent la règle comme une loi naturelle. Impla­cable. Les jaloux ont besoin d’une victime sacrificielle, d’un martyr pour célébrer leur grandeur. Il est aussi gagné par la félicité : Il est admis dans l’intimité présidentielle qui échappe à certaines personnalités du pouvoir. On l’affuble même du titre de «vice-président» pour caricaturer ses relations avec le président de la République. «Les gens sont jaloux de moi, insiste-t-il.

Je le vois. Cela ne veut pas dire que j’ai un quelconque pouvoir sur Macky Sall. On ne voit pas un  président de la République n’importe quand et n’importe comment. Il ne subit pas de pression. Ce qui l’intéresse ? C’est la réussite du Sénégal. Je l’aide à le réussir», précise Farba Ngom.  «Macky Sall est un président de la République qui a des charges nationales. On ne le voit pas n’importe quand et n’importe comment. C’est lui qui décide qui il veut voir sinon il ne te voit pas parce qu’il n’est pas accessible», tonne Farba Ngom.

Macky Sall
Au milieu de cette chaine de very bad trips, le doute s’est immiscé et la confiance s’est évaporée comme un parfum éventé. Bien sûr, il y a une vérité dans les récits de ses détracteurs. «Je facilite à certaines personnes une rencontre avec le président de la République. Il s’agit d’anciens camarades, de ses amis ou des malades qui ont besoin d’appui ou de soutiens», précise-t-il.

C’est un devoir envers son mentor qui dispose, pourtant, de tous les moyens d’investigation pour sentir le pool du pays. «Il y a les Rg qui lui donnent des informations. Je suis capable de lui apporter d’autres informations par rapport au ressenti du Peuple. Celui qui est l’ami de Macky Sall est mon ami. Celui qui ne reconnaît pas son autorité, je ne le connais pas», rajoute-t-il. Son sourire est une sorte de gloussement saccadé inimitable.

La rumeur, tenace, enfle sur les prétendus pouvoirs. Depuis une semaine, il lutte contre une «tentative de déstabilisation» ourdie par ses «détracteurs». La chronique lui attribue un immense domaine dans le quartier chic des Almadies. L’histoire lui arrache un rictus de colère. Il dit «On inaugure une école, un hôtel ou un centre de santé. Je n’entretiens pas de relations d’affaires avec Macky Sall. Je n’ai pas de sociétés qui captent des financements de l’Etat. Je ne participe à aucun Appel d’offres pour gagner un marché et prétendre bénéficier de faveurs. C’est une maison que j’ai construite à la sueur de mon front», braille-t-il pour tordre cette rumeur qui inonde les chaumières sénégalaises.

Il fallait le voir pour le croire : Le «palace» de Farba Ngom n’épouse pas les excentricités et la somptuosité d’une villa nichée à quelques mètres de lui.  Il est haut perché. Il a un pied dans l’eau. C’est sur les hauteurs des Almadies à quelques jets du King Fahd Palace que Farba Ngom a taillé sa réussite sociale. Il s’agit d’une demeure (R+1) «aurifère» unique dans cette zone où les nouveaux riches de la République exhibent leurs richesses et enfouissent leurs problèmes.

Le décor de carreau jaune réfléchit le soleil et nourrit davantage sa mythologie d’ami du chef de l’Etat. Il dit : «J’habite ici depuis huit mois. J’ai construit cette maison qui ne peut même pas faire 150 millions avec mes propres moyens.» Il a acquis ce titre foncier de 682 m2 (Tf 4236 /Nga lot, 3) en 2010. «A l’époque, Macky Sall n’était plus aux affaires et n’était pas président de la République», précise-t-il. Il a obtenu l’autorisation de construire le 6 septembre 2011.

«A l’époque, Macky Sall n’était pas devenu président de la République. C’est une volonté manifeste de me nuire», ressasse-t-il. Objectivement, l’époque coïncide évidemment à la traversée du désert de son mentor qui implantait son embryonnaire parti dans les villages reculés du Sénégal.

A-t-il bénéficié du soutien de Marème Faye Sall, Première dame ? Il sourit : «Marème Faye n’a pas d’amis. Il n’y a que la réussite de Macky Sall qui l’intéresse. Si je quitte Macky Sall à 9H, à 9H05, elle a supprimé mon numéro. Elle ne protège personne.»

Politique
Farba est assailli. Alors il ne s’échappe pas. Et explique qu’il est propre comme le grand boubou immaculé qu’il arbore au milieu d’un salon XXL aux murs peints en beige, des fauteuils marron. Dans un élan rédempteur, ils avaient su installer l’Apr dans le camp des vainqueurs. Tous deux en sont revenus grandis : Macky Sall en héros, Farba Ngom dans la peau d’un résistant, membre occulte des réseaux de soutien fidèle.

C’est là que les champions ont rendez-vous avec leur destin et, plus tard, sans autre délégation, avec leur propre histoire.  «Il n’y a que Macky Sall qui m’intéresse. Tout le reste est accessoire. Je ne suis pas un homme politique. S’il arrête la politique, je vais m’éclipser pour de bon», entonne-t-on comme un hymne de fidélité.

Qu’est-ce-qui justifie tant d’amour et de fidélité ? Epris de loyauté, il n’a pas apprécié la persécution subie par son mentor politique. Il a sans doute ressassé cette histoire. A chaque fois, une once de passion et d’amertume enveloppe sa silhouette légèrement trapue.

«C’est un homme digne et valeureux. Le jour où Wade a ôté sa veste pour le pousser à la démission et quand on a voulu le fouiller à l’entrée de la Présidence, j’ai compris que c’est un homme de principe et j’ai pris la décision de le suivre définitivement», dit-il. Il a décidé de rester à ses côtés pour l’aider à réaliser le rêve suprême dans une démocratie : Président de la République.

Entre les deux hommes, les trajectoires se rencontrent dans le Nord du Sénégal. Préposé au micro central lors des meetings des Libéraux du temps de leur splendeur, Farba Ngom rencontre Macky Sall lors des meetings politiques à Matam. Sa voix rauque est captivante. L’histoire n’est pas loin pour rallumer les liens de parenté. Leurs deux mamans sont issues d’un même village : Nguidjilogne dans la région de Matam.

«Ma mère est la griotte de sa maman», détaille Farba Ngom. Les deux hommes cultivent une amitié qui résiste à toutes les persécutions.
En 2009, Farba Ngom dirige la liste de la coalition Dekkal Ngor de Macky Sall lors des Elections locales. Dans l’arrondissement d’Agnam (Matam), il rafle  78 bureaux de vote.  Il conforte son leaderhip et son aura auprès du président de l’Apr qui le coopte dans le Directoire du parti avant de le mettre sur les listes de la coalition Benno bokk yaakaar.

Depuis 2012, il est élu député. «Mais, je ne touche jamais à mon salaire. Je ne suis jamais parti à la comptabilité de l’Assemblée nationale. C’est un camarade député qui récupère mon salaire avant de le remettre à mon assistant. L’argent est ensuite distribué entre mes chargés de mission et les villages de ma communauté rurale», dévoile-t-il.

Expert foncier

Sur le fil d’une vie conjugale et sociale assumée, le Foutanké poursuivra sa carrière au-delà du raisonnable, jouant encore les prolongations comme un acteur s’accroche à son rôle. Au-delà de l’image d’Epinal d’un adulte au cœur de la Répu­blique, Farba Ngom n’a pas oublié ses origines.  Il a connu trop de déboires pour ne pas songer que le bonheur, la réussite si puissante dans ce monde, lui sont interdits. Il redoute ce châtiment, un brutal rappel à l’ordre de ses origines sociales. Lui-même se charge d’ouvrir les volets de son passé où se mêle fierté sociale et envie de se surpasser.

«Je suis un griot et je vais le rester jusqu’à la fin de ma vie. J’en suis fier», dit-il. Enfant, il voulait faire de la réussite sociale la quête de ses limites personnelles. Il est bien servi.  On le retrouve dans son écrin familial résonnant de ses réussites sociales. Il est dans un coin à sa taille. «Je ne voulais pas devenir comme mes parents qui passaient la journée à aller dans les cérémonies pour nous nourrir. Je l’ai essayé mais j’ai su que je ne pouvais réussir ma vie dans ces conditions», détaille-t-il.

Il s’en est fait le serment, qu’il se libérera de ses traumatismes d’enfant. En 1993, il entame une «longue tournée africaine» pour inverser le chemin de son destin. En 9 mois, il visite la Côte d’Ivoire, le Gabon entre autres avant de revenir pour s’offrir une maison à Golf. «J’avais 20 ans», glisse-t-il fièrement. Ensuite, il a acquis d’autres biens immobiliers au village comme dans d’autres quartiers chics de Dakar. Il arrête ses études en Cm2.

Il fourre son nez épaté dans  le sulfureux business foncier. «Je suis un expert foncier. J’étais un coursier qui gagnait des commissions. Ensuite, j’ai commencé à acheter et vendre des terrains. Je ne traîne pas de casseroles. A chaque fois, je vais à la Conser­vation foncière pour savoir la situation du terrain. S’il est sur hypothèque ou non. C’est comme ça que j’ai construit ma fortune», dit-il. Même s’il a pu compter sur des personnes généreuses qui l’ont accompagné dans son ascension sociale.

Marié à deux épouses dont une fille de El hadji Mansour Mbaye, il est père de 6 enfants. A 40 ans, il a encore du temps… Comme son âge ne l’indique pas.

bsakho@lequotidien.sn

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