FOIRE CIVICO HIP HOP A WAKHINANE-NIMZATT LE HIP HOP, UN CITOYEN COMME LES AUTRES

FOIRE CIVICO HIP HOP A WAKHINANE-NIMZATT
FOIRE CIVICO HIP HOP A WAKHINANE-NIMZATT
FOIRE CIVICO HIP HOP A WAKHINANE-NIMZATT

Tout est parti d’un appel à candidatures, et le projet de l’association Guédiawaye Hip Hop s’en est sorti-un projet intitulé « Represent Wakhinane Nio Ko Moom » ou Wakhinane nous appartient, du nom de l’une des communes d’arrondissement de la ville de Guédiawaye, Wakhinane-Nimzatt. Les membres du collectif ont surtout voulu montrer que les cultures urbaines pouvaient servir de moteur au développement : apprendre une technique, un métier… 

De langue aussi, pour mieux parler de civisme, de respect de l’autre et de l’environnement. Un message qui passe aussi par la musique. La Foire Civico qui a commencé le 22 décembre pour prendre fin hier, lundi 29 décembre a rassemblé plusieurs groupes et artistes. Avec entre autres sur scène, Bat’Haillons Blind, Matador, Pat Ghetto, Simon, Xuman etc. Le projet, qui se tient sur deux ans, est soutenu par l’Union européenne (UE), dans le cadre d’un appui aux acteurs non étatiques du Sénégal. Histoire de promouvoir «une société inclusive responsabilisée».
 
Avec un peu de recul, les membres de l’association Guédiawaye Hip Hop sont quand même plutôt fiers de la semaine qu’ils viennent de passer. Une semaine qui a pris fin un peu comme elle avait commencé : en musique. Mais il ne faut pas croire qu’il n’y avait que cela pendant ces 7 jours qui vont de la journée du 22 à celle d’hier, lundi 29 décembre.
 
Pape Aly Guèye est le Secrétaire général de l’association, et il tient à cette précision : «la Foire Civico est un événement culturel avec des actions citoyennes.» Mais au-delà, c’est la restitution d’une série d’ateliers de formation qui se sont tenus pendant 3 mois.
Des activités artistiques qui vont du DJ-ing (pour les DJ) au graffiti, à l’écriture aussi en passant par la Street Fashion ou mode vestimentaire de la rue, quand on traduit littéralement.
Dans la pratique, c’est surtout la confection de tenues plutôt «jeunes» que l’on porte dans le milieu du Hip Hop, mais aussi un peu partout dans les zones urbaines. Des vêtements de tous les jours, mais sans la banalité du quotidien.
 
Les activités citoyennes sont liées, quant à elles, à un projet commun au Forum civil et au mouvement «Y’en a marre» intitulé «Dox ak sa gox» (ou cheminer avec sa commune ou son quartier et par ricochet, vivre sa citoyenneté) qui est un «observatoire de la démocratie et de la bonne gouvernance» et qui appelle à s’impliquer davantage dans la gestion de la cité.
Des jeunes ont d’ailleurs été formés à la fabrication de mobilier urbain, en recyclant des pots en plastique, des sachets d’eau vide ou alors des pneus dont ils ont fait des bancs, que l’on peut voir à l’entrée du «Centre».
Il s’agit du Centre polyvalent d’animation et de formation (CPAF), dont l’une des ailes, laissée en rade, s’était très vite transformée «en dépotoir d’ordures». Cette superficie, l’association Guédiawaye Hip Hop en a fait son fief, parce que, comme on dit là-bas, « il faut se réapproprier l’espace public».
 
Nouveau Type de Sénégalais (NTS)
 
Pape Aly Guèye, qui est aussi l’un des membres du groupe de rap « Pat Ghetto », avec pour nom de scène Paco, se souvient que leur premier réflexe, à l’époque, a d’abord été de pouvoir compter sur eux-mêmes. Chacun d’eux est venu avec quelque chose entre les mains : un ordinateur, une chaise ou une table, tout ce qui pouvait servir à « démarrer ». 
Si l’association date de 2010, le centre n’a été inauguré que l’an dernier, le 6 avril 2013 plus précisément. Guédiawaye Hip Hop, qui a pour président le rappeur Fou Malade, rassemble, en plus des rappeurs, des graffeurs et «des amoureux du Hip Hop de manière générale», de même que des artistes « affiliés au mouvement Y’en a marre ». Pour mettre en place ce projet, ils ont trouvé l’inspiration en remodelant et refaçonnant leur Nouveau Type de Sénégalais (NTS).
 
Ce que dit aussi Pape Aly Guèye, c’est que leur démarche, au sein de ce collectif, consiste à ressusciter les valeurs civiques, le respect du prochain et les symboles de la nation. C’est d’ailleurs avec fierté qu’il parle du drapeau national qui flotte à l’entrée du Centre. Sa fierté, c’est aussi tous ces petits gestes tout simples qu’eux les aînés ont réussi à inculquer aux plus jeunes : « ne pas uriner dans la rue, ne pas laisser traîner les sachets en plastique ».
 
La Foire Civico a aussi tenu à montrer toute la diversité culturelle qu’il y a à Wakhinane, « son caractère cosmopolite ». Un Carnaval a donc rassemblé Wolofs et Mandingues, Halpulaars et Manjacks. 

DEPERDITION VERSUS RECUPERATION : TOUT SE TRANSFORME
 
La  démarche citoyenne ne date pas que de cette semaine, car pendant six mois, l’association Guédiawaye Hip Hop a fait le tour de la commune de Wakhinane-, en passant par les établissements scolaires, pour montrer que « les déchets ménagers peuvent être utiles lorsqu’ils sont triés et collectés » comme il se doit. Fabriquer des jouets par exemple, à partir de déchets plastiques, des pneus pour faire des pots de fleur ou des balançoires. 
 
Certains parmi les plus proches collaborateurs de l’association travaillent bénévolement. Ils viennent parfois d’assez loin, avec un passé de pickpocket ou de dealers. Ou alors ils sont en échec scolaire, avec un pied dans la délinquance, et parfois les deux. Pour eux, on a justement prévu, juste à l’entrée du Centre, une bibliothèque avec des « ouvrages sur le civisme et sur les langues étrangères comme l’anglais et l’espagnol. Et sur le Hip Hop bien sûr ! Pape Aly Guèye pense que le message passe mieux quand on parle Hip Hop. Parce que c’est à la fois « festif et revendicatif (…) ludique et didactique ». 
 
L’association ne compte pas s’arrêter là. Le 16 janvier prochain, le Centre accueillera une résidence artistique intitulée « Next Level » ou prochaine étape. Avec au menu, du DJ-ing, de la musique assistée par ordinateur (MAO), du graffiti et de la breakdance. Trois des « pensionnaires » les plus doués iront aux Etats-Unis, histoire d’aller plus loin dans la pratique.

Théodora SY SAMBOU

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