Forum de l’ASPAD à Thiès: Quelques observations au texte d’Ousseynou N’Dione

jakarta manifestation mackyL’initiative prise par notre jeune Camarade Ousseynou NDione de se pencher sur les aspirations de la jeunesse du pays est à encourager.

En effet, plus les jeunes se mettront à faire des investigations sur leur état, à y réfléchir, et à tenter d’expliquer leur situation pour mieux comprendre les défis qui les interpellent, plutôt, il serait aisé de trouver des pistes de solutions à leurs préoccupations.

Son texte devrait donc servir de prétexte pour débattre en profondeur de la problématique de notre jeunesse, et de revisiter les concepts souvent utilisés dans cette recherche, et les idées reçues galvaudées ça et là, mais qui en définitive, ne reposent sur aucune réalité.

A cet égard, l’analyse de la « pyramide des âges », telle qu’elle ressort du rapport de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) portant « Situation Economique et Sociale du Sénégal » (SES) 2011, permet de mieux cerner la problématique « jeune » dans notre pays.

C’est ainsi que certaines idées reçues peuvent être démystifiées.

Il en est de l’idée qui considère l’existence d’une population féminine largement majoritaire par rapport à la population masculine, alors que sur 12. 855. 153 habitants, les femmes ne comptent que pour 6 .506. 575, soit 50,6% contre 49,4% pour les hommes, soit une différence est à peine 160 000 !

De même, si l’on se réfère à la proportion des jeunes qui serait de plus de 60% de la population, l’on ne peut désigner à cet effet, que les jeunes de moins de 25 ans qui font en effet 63, 4%. Parmi cette catégorie, les jeunes de moins de 15 ans en constituent 42, 6%.

Ce n’est donc pas au nom de ces jeunes, qui sont en âge de scolarisation et d’étude, qu’il faille revendiquer des quotas de représentativité, ou de responsabilité dans les instances dirigeantes des Partis.

Pour ces jeunes là, comme Ousseynou l’a bien rappelé en évoquant Lénine, « l’unique tâche qui leur est dévolue, c’est d’apprendre ».

Toutes leurs batailles devraient donc être centrées dans la défense de leurs droits à l’Education et à la Formation, et non, à l’obtention de « quotas de représentativité », encore moins de « responsabilité dans les « instances dirigeantes » des Partis.

Ce n’est pas parce que les jeunes de 15 à 25 ans, au nombre 2.665.727, soit 10,8% de la population, participent aux luttes politiques et sociales, qu’ils puissent fonder une telle revendication, que ni leur poids démographique spécifique (10,8%), ni leur expérience de la vie, ne justifie pas.

Ils sont en apprentissage à l’Ecole et à L’Université, comme ils le sont en participant aux luttes politiques et sociales.

La crise de l’Education nationale devrait, plutôt que de les détourner de l’Ecole et de l’Enseignement Supérieur, les motiver davantage, pour que leurs participations actives dans les luttes politiques et sociales, amènent les partis politiques à la résoudre dans leurs intérêts, qui sont de maintenir l’Ecole publique dans sa fonction historique d’ « ascenseur sociale », pour mieux préparer leur insertion économique et sociale dans la vie.

De même, les incriminations de manque de « formation politique » adressées aux Partis comme le notre nôtre, pour justifier cette déviation des jeunes en âge de scolarité, d’étude et de formation professionnelle, n’ont aucun fondement historique en ce qui nous concerne.

En effet, le Parti a pu profiter des opportunités qu’offrait le Camp Socialiste pour contribuer à la formation des cadres professionnels pour le pays, dont une bonne partie, de retour au pays, ne sont plus dans nos rangs. De même, parmi les cadres actuels du Parti, il y a peu qui ont été envoyés pour des formations politiques et idéologiques, et certains d’entre eux, malgré cette formation, nous ont quitté.

Depuis la disparition du Camp Socialiste, au début des années 90, le Parti n’a plus ces opportunités, et ce serait lui faire mauvaise querelle que de lui reprocher de négliger la formation de ses militants.

Par contre, pour le « quart d’heure idéologique », sa pratique était liée à la tenue régulière des instances de base du parti, qui, dans leur ordre du jour, consacraient un temps à discuter d’un thème idéologique introduit par un membre de l’instance, et un temps, à commenter l’actualité politique, avant d’aborder la revue de l’exécution des tâches et de définir de nouvelles.

Rien dans les statuts du Parti, ni personne de la Direction du Parti, n’empêche les instances de base à tenir régulièrement leurs instances avec des ordres du jour à leur convenance. C’est cela la Démocratie dans le fonctionnement d’un Parti comme le nôtre. Il ne tient qu’aux instances de base, si elles l’estiment nécessaire face à une demande de formation idéologique de certains de ses membres, de réintroduire le « quart d’heure idéologique » lors de leurs réunions.

Mais la véritable formation politique de nos membres s’acquiert dans l’étude et les discussions dans les instances de base, des « déclarations et communiqués » de la Direction du Parti, en vue d’en tirer les orientations nécessaires en direction des travailleurs des villes et des campagnes, et autres couches populaires organisées, pour contribuer à l’éclairage des problèmes aux quels ils sont confrontés, et participer à leurs luttes. Sans cette formation, il serait difficile d’établir, sur des bases larges, solides et durables, les liens nécessaires entre le Parti et ces populations, sans lesquels, il serait illusoire de compter sur leur adhésion à l’idéal de société, dont l’avènement est la raison d’être de notre Parti.

Nous ne devons jamais oublier que ce sont les masses opprimées qui font l’histoire, et non un leader, un Parti politique, et même pas une classe sociale prise individuellement.

Dans cette tâche de liaison avec les masses opprimées, la jeunesse scolaire et estudiantine du Parti a pour fonction première, de se lier avec les organisations de luttes des élèves et des Etudiants pour l’amélioration de leurs conditions d’études et de vie dans l’espace scolaire et universitaire, et non pas seulement exister dans ce milieu comme organisation du Parti. Ensuite, participer aux luttes de la jeunesse du pays, non pas seulement pour y marquer la présence du Parti, mais aussi, et plus fondamentalement, pour lier avec leurs organisations des liens solides de solidarité.

C’est pour cela qu’il faut considérer comme des « criminels », les Partis politiques qui se servent de leurs engagements militants, à cet âge, comme des « faire valoir » ou des « chairs à canon », en leur faisant miroiter la « politique comme ascenseur social » de type nouveau, par lequel, dès cet âge, ils peuvent, à force d’allégeance au dirigeant, accéder aux « instances de décision », ou aux « responsabilités de direction des Partis ».

D’où la revendication d’ « Alternance générationnelle » que des Jeunes politiques, ayant déjà achevé leurs Etudes, ont pris en bandoulière, sous le sillage du Parti « Niakh, Jarignu ».

Cette déviation de la conscience de la jeunesse a été surtout cultivée par les formations que la Fondation Frederick Hebert, du Parti Social démocrate de la République d’Allemagne, et le National Democratic Institute (NDI) du Parti Démocratique des USA, et l’USAID, ont fourni, avec notre accord, aux jeunes de nos Partis, sur le « leadership » ! Elles en ont fait de même pour le « leadership féminin » !

Nous n’avions pas su mesurer à temps, les objectifs stratégiques de ces Fondations, dans un pays, où les traditions de gauche anti impérialiste avaient longtemps façonné la conscience de la jeunesse, notamment estudiantine, et dans les syndicats, et dans les organisations de défense des intérêts spécifiques de la femme pour lui faire prendre toute sa place dans les luttes démocratiques et de libération sociale.

C’est ainsi que le culte du « leadership de la jeunesse » a pris, peu à peu, la place, de l’ « engagement politique des jeunes à côté des adultes ». Et à la place de la lutte des classes, des luttes pour la démocratisation de la vie publique, et pour plus de justice sociale, c’est une lutte de « places », de « leadership » qui est offerte à la jeunesse politique, contre les adultes au sein de leurs Partis, comme perspective, pour leur épanouissement. D’où le sentiment naissant d’une jeunesse politique « compétente », exploitée et instrumentalisée par les adultes, qui occupent les devants de la scène, pour se faire des « situations » à leurs dépends.

Wade, une fois au pouvoir en 2OOO, a inauguré ce tournant, en faisant accéder des étudiants encours de scolarité, aux fonctions de Ministres de la République, de PCA, ou de Députés, sous le couvert de « promotion de la jeunesse », à qui il avait promis du « Travail », et non de « l’Education et de la Formation ».

L’allégeance au Chef du Parti, prenait ainsi le dessus sur la compétence professionnelle, et détournait les jeunes de 15 à 25 ans, de tout intérêt de réussite scolaire, universitaire ou professionnelle, et de toute luttes pour du travail décent, pour valoriser leurs savoirs et savoirs faire acquis, pour servir le peuple, et pour leur épanouissement social personnel.

Pour justifier une telle dérive, l’on a accrédité le mythe d’une « jeunesse faiseur de rois » pour flatter leurs égos, pour mieux les utiliser dans cette œuvre machiavélique de casser leurs engagements militants des années 60-90 au service des causes de l’Indépendance nationale des peuples, de la Démocratie et de la Justice sociale, ce qui les préparait à devenir, plus tard, des hommes et des femmes, professionnellement compétents, et politiquement conscients des défis qu’ils ont à relever pour contribuer à la libération économique, sociale et culturelle de notre peuple.

Et comme tout « faiseur de rois », ils tombent, tête baissée, vers l’appât de la récompense à travers l’accès à des postes de responsabilité qui sont de véritables « faire valoir », puisqu’ils n’y ont aucun pouvoir pour participer aux prises de décision qui conditionnent la vie, le travail et l’avenir du peuple.

En fait, si la jeunesse est la tranche d’âge de 15 à 35 ans, elle ne représente que 4. 466. 311 sur une population de 12. 855. 135, soit 34,7%.

Le mythe de cette jeunesse majoritaire dans la population s’effondre ainsi !

Mais, s’il s’agit des jeunes de 18 à 35ans qui ont l’âge électoral, ils sont au nombre de 3. 387. 940 sur une population électorale de 6.491.430, soit 52%, qui constituent donc un vivier électoral majoritaire, mais qui est électoralement inefficient, du fait de leur plus grande propension à ne pas s’inscrire dans les listes électorales.

Ce comportement s’est encore illustré durant la révision des listes électorales en cours, où, sur plus d’un million de nouveaux électeurs ayant atteint 18 ans, il n’y a pas une centaine de milles d’inscrits à la date d’une prolongation des inscriptions !

Le potentiel électoral de cette tranche de la jeunesse ne devrait donc pas être confondu à son poids électoral réel, pour en faire des « faiseurs de rois ». !

Cependant, même non inscrits sur les listes électorales, leurs mobilisations massives au côté des forces républicaines et démocratiques, durant les campagnes électorales, et durant le déroulement des scrutins, ont souvent créé des rapports de force pouvant dissuader toute tentative de dévoyer l’expression du suffrage du peuple en vue de sa confiscation.

C’est cela qui s’est passé en 2OOO et en 2O12, mais non avant 2000, et en 2OO7.

Si donc cette jeunesse est « faiseur de rois », elle devrait être aussi comptable de l’avènement au pouvoir de « rois », en dehors de 2000 et 2O12 ! Comment se fait il donc, qu’elle ne revendique les « rois des alternances démocratiques » ?

D’ailleurs, l’écrasante majorité des jeunes entraînées dans les batailles hippiques lors des campagnes pré électorales et électorales, (1988, 2000 et 2O12) ne militent pas dans les Partis politiques. Mais ce sont les rapports de forces entre Pouvoir et Opposition qui leur créent des opportunités d’expression autonome et de participation à la lutte des forces vives pour le changement.

C’est ainsi que lorsque les rapports de force ont permis leur intervention, elles se sont mobilisées en masse en 2000, et récemment, en 2012 dans « Y EN A Marre » et dans le « M23 ». Ces jeunes n’ont revendiqué aucune participation dans les instances de décision, c’est le contraire, comme l’a prouvé « Y EN A Marre », pour avoir refusé l’offre du nouveau Président élu, de participer à la gestion du pouvoir. Et curieusement, ce n’est qu’au sein des Partis, que des jeunes se plaignent de n’être pas aux affaires », sous prétexte du rôle joué par la jeunesse dans la victoire !

L’impact dans la conscience de notre jeunesse politique, des pratiques de transformation de la « politique en ascenseur social » de Wade est passé par là !

Heureusement, il y a une partie de la jeunesse qui a décidé de prendre à bras le corps son destin, en s’organisant, après leurs Etudes dans l’Enseignement supérieur et la Formation professionnelle, pour défendre leurs droits à un travail décent qui puisse valoriser leurs compétences. C’est ainsi que la « Coalition Nationale pour l’Emploi » (CNE) a été portée, le 18 Mars 2013, à la connaissance de l’opinion, à travers une « Déclaration historique ». Elle comprend :

* Le Regroupement des Diplômés sans Emplois au Sénégal (RDSES)

* Le Collectif National des Diplômés de Pêche et d’Aquaculture

* Le Collectif des Sages Femmes et Infirmiers d’Etat

* Le Collectif des Sortants Diplômés de l’ENDSS

* Le Regroupement des Diplômés de du CFPC – Maurice Delafosse

* L’Association des Médecins Chômeurs

* L’association des Techniciens en Mécaniques et Métiers Associés

* L’Association des Etudiants Handicapés.

Cette jeunesse post scolaire et universitaire a compris, que ce n’est pas dans l’ « allégeance au Chef de Parti », ou dans les « Ecuries de lutte », qu’il faut chercher leur accomplissement économique et social au service du peuple, mais dans la conquête de leur droit à un travail décent qui valorise les savoirs et savoirs faire acquis sur les bancs.

La jeunesse scolaire et estudiantine du Parti devrait donc, à l’image de l’Association des Etudiants handicapés, trouver les voies et moyens de prendre contact avec cette Coalition, qui ouvre de véritables perspectives aux Etudiants, aujourd’hui découragés et démoralisés par les conséquences des politiques économiques des Gouvernements sous l’égide du FMI et de la Banque mondiale, qui bouchent, chaque jour davantage, les opportunités d’emploi décent des sortants de l’ Education et de Formation dans notre pays.

Dans cette bataille, trouvent toute leur place, les revendications des jeunes évoquées par Ousseynou Ndione, en direction de la Fonction publique, qui bloque l’embauche de fonctionnaires à 35 ans.

En effet, autant ce blocage était compréhensible au regard de l’âge de départ à la retraite à 55 ans et les exigences de durée de cotisation pour la pension de retraite, autant, il convient de revoir ce blocage, en le portant à 40 ans, conformément à l’allongement de l’âge de la retraite à 60 ans.

Cependant, le minimum requis de 25 ans pour être éligible comme Député, et 35 ans pour être candidat à la Présidence de la République, correspond à des situations sociales objectives. En effet, à 25 ans, on n’est plus sensé être Etudiant pour entrer dans la vie professionnelle, et à 35ans, on est sensé sorti de la catégorie des jeunes pour entrer dans la catégorie des adultes présumés avoir acquis une certaine expérience de la vie et une certaine compétence professionnelle avérée.

Tout ce qui précède illustre bien les défis que les Partis comme les nôtres ont à relevé ensemble avec leur jeunesse, pour retrouver la cohésion interne d’antan, sans laquelle, aucune lutte politique ne sera efficace.

Nous devrons donc saisir les nouvelles opportunités que nous offre notre coopération avec des Fondations de gauche, comme La Fondation Gabriel Péri et la Fondation Rosa Luxembourg, pour faire bénéficier à nos jeunes de formations en mesure de les sortir de l’emprise idéologique néfaste des stratégies de déviation de notre jeunesse des Fondations social démocrates, à des fins d’affaiblir la lutte contre l’impérialisme, pour l’indépendance des peuples, la République démocratique et citoyenne, et la transformation sociale dans la perspective de l’Unité africaine.

Ousseynou a donc le mérite d’avoir posé la problématique de la jeunesse de notre pays en général, et de notre jeunesse politique, en particuliers.

Il est du devoir de nos Partis de saisir cette opportunité pour un débat franc et large, qui est la caractéristique qui distingue notre Parti des autres.

Dakar le 20 Juin 2013

Ibrahima Sène PIT/SENEGAL

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