François Hollande, le Président de la Françafrique révolue qui confondait les interventions destinées à faire respecter la démocratie et le statu quo

Hollande-deby-0032016 est une année clé pour le remplacement de différents chef d’Etat de pays d’Afrique centrale. Si François Hollande avait déclaré la fin de l’ingérence de la France dans ses anciennes colonies, certaines interventions s’avéreraient pourtant peut-être nécessaires pour éviter que des présidents exécutent leur mandat indéfiniment…

Atlantico : En ce premier semestre 2016, des élections présidentielles convoquent devant les urnes plusieurs régimes d’Afrique centrale : le Congo du clan Sassou Nguesso le 20 mars dernier, Djibouti le 8 avril, le Tchad d’Idriss Déby le 10 avril et le Gabon de la dynastie Bongo le 28 août. Que peut-on dire de ces régimes ? Quelle est la nature du soutien français vis-à-vis de ces régimes, peut-on parler d’ingérence ? Et quel bénéfice la France en tire-t-elle ?

Loïc Le Floc Prigent : Parmi les pays que vous citez, il y a une tendance de la part de certains régimes à rester en place plus longtemps que ne le prévoit leur constitution.

C’est une réalité qui s’oppose à celle d’autres pays d’Afrique comme par exemple l’Afrique du sud ou Nelson Mandela a rapidement cédé la place à Thabo Mbeki ou la Tanzanie ou les présidents se sont succédés dans les règles de la constitution et il en est de même pour le Ghana.

Hollande_Afrique-Anglophone

AM : Ici, il n’est pas dans sa Françafrique de merde, mais bel et bien dans une autre Afrique (ANGLOPHONE), qui respecte la constitution. Sans tripatouillage, ni injonction de la Grande Bretagne. Encore moins la présence de son armée, comme fait la France en Afrique FRANCOPHONE. Demain, il ne faudra pas essayer de faire croire aux français et au monde entier via RFI, que les Africains francophone qui en ont marre de cette France qui se mêle de tout chez-eux, et qui feront certainement appel à la Russie sont des terroristes.

Pour vous répondre, j’ai le sentiment que la France a été depuis plus de dix ans davantage dans le laisser faire que dans l’ingérence. Récemment François Hollande a été ambigu et il a fait des déclarations qui laissent la place à l’interprétation.

Par exemple lorsque le président du Congo-Brazzaville lui annonce qu’il a l’intention d’organiser un referendum sur le changement de constitution puisque celle-ci impose un maximum de deux mandats, François Hollande lui aurait répondu qu’il faudrait un très large consensus pour que ce referendum soit valide, ce qui était une façon de dire que ce n’était pas souhaitable.

Mais immédiatement après il dit aussi, et c’est ce qui a été retenu, qu’il ne pouvait pas empêcher un autre chef d’Etat de consulter son peuple ! Résultat quelques pourcents de votants et une constitution modifiée avec 93 pourcents de votes positifs le peuple ayant suivi l’opposition qui avait demandé le boycott du scrutin !

Le souci est donc depuis plus de dix ans d’éviter l’ingérence, mais de l’autre cote la France est appelée au secours par certains chefs d’Etats ou par leurs opposants. Dans un passé récent cela a été le cas au Tchad, au Togo, au bénin, au Mali, au Burkina-Faso, en Centrafrique… et lorsque les votes apparaissent comme truqués, c’est la France qui est appelée pour contrôler et donner son opinion !

Fin 2012, François Hollande avait déclaré devant le Parlement sénégalais que “le temps de la Françafrique est révolu il y a la France, il y a l’Afrique, il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité”. Qu’en est-il concrètement, des progrès ont-ils été faits depuis cette déclaration ?

Cette déclaration émane d’une mauvaise compréhension de l’histoire des relations entre la France et ses anciennes colonies. Il faut bien avoir en tête qu’après l’indépendance les putschs succédaient aux putschs, et les régimes de ces anciens territoires changeaient tous les six mois dans la violence et l’incohérence politique. Et ces changements ne laissaient pas de perspectives aux populations, que ce soit leur sécurité ou leur économie. Ce qui était alors demandé à la France c’était de favoriser la stabilité !

Pour vous répondre, non je n’ai pas observé de changement de la part de François Hollande s’agissant du mode de relation de la France avec les pays de l’Afrique centrale. C’est d’ailleurs plutôt l’absence de politique ou de stratégie que l’on observe et cela a commencé bien avant la présidence actuelle.

Quel risque y a-t-il à ne pas changer l’attitude de la France vis-à-vis de ces régimes, et qu’en est-il des autres pays occidentaux ?

Ce qui est désastreux dans cette situation, c’est que ces pays hébergent de nombreux français et qu’il existe une empathie forte entre ces pays et la France, empathie qu’il faut préserver.

Il faudrait donc injecter un peu de rigueur doctrinale : lorsqu’un Président déclare qu’il souhaite exercer plus de deux mandats, alors que c’est contraire à la charte de l’Union Africaine qui, elle, ne réagit pas, il faut bien que les Etats occidentaux, les démocraties, s’en mêlent, car sinon c’est un signal donné aux autres pays qu’ils peuvent prolonger perpétuellement leur mandat présidentiel et passer de la démocratie annoncée à la monarchie dictatoriale.

Il y a un vrai problème dans l’attitude de l’Occident, de la France, de l’Allemagne de l’union européenne et des Etats-Unis à ce sujet. Car à partir du moment où l’on n’a pas réagi au Burundi, qui a ouvert la marche des constitutions bafouées, il a été difficile d’agir s’agissant du Rwanda et du Congo ! Et maintenant c’est le cas de la République Démocratique du Congo qui va se poser et compte tenu de sa position centrale en Afrique, c’est un drame qui est en préparation ! On dit volontiers que l’Afrique est le continent de l’avenir.

J’y crois. Mais la prospérité et la paix ne peuvent exister que si un changement profond de gouvernance s’opère en RDC. Or si l’Union Africaine laisse faire au Burundi et au Congo-Brazzaville, si les démocraties laissent faire aussi ces élections truquées et ces annonces de résultats bidons, quelle peut être leur crédibilité lorsque le Président à Kinshasa demandera à faire un troisième mandat ?

Atlantico – Interview de Loïc Le Floch Prigent

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