François Hollande refuse de tenir sa solennelle promesse aux Sénégalais!

les tirailleurs sénégalais Les Sénégalais qui attendaient des archives sur un massacre de tirailleurs par des soldats français en 1944 recevront… des photocopies.

Ce fut un discours solennel, fondateur, marquant avec parfois une certaine emphase la volonté du président de la République tout juste élu de renouveler la relation entre la France et l’Afrique. Nous sommes le 12 octobre 2012, devant l’Assemblée nationale sénégalaise.

La volonté est claire de marquer la rupture la plus nette avec le précédent “discours de Dakar”, prononcé par Nicolas Sarkozy le 26 juillet 2007, durant lequel il avait lancé sa désastreuse formule : “L’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire.”

François Hollande veut donc corriger tout cela. Son discours prône une nouvelle relation entre l’ancienne puissance coloniale et l’Afrique. Il affirme : “Le temps de ce qu’on appelait autrefois la Françafrique est révolu.” Mais le chef de l’État ne ferme pas les yeux sur le passé. Au Sénégal, une page d’histoire tragique s’est écrite à la fin de la Seconde Guerre mondiale.


Ils se révoltent, dans des conditions historiquement établies décrites par plusieurs ouvrages scientifiques (voir ici les travaux d’Armelle Mabon ou encore ici, et le livre de Julien Fargettas). Voir aussi le film d’Ousmane Sembène et Thierno Faty Sow titré “Le camp de Thiaroye”. Pas de doutes, pour mater la révolte non violente de leurs camarades de combat africains, les soldats français tirent dans le tas, laissant plusieurs dizaines de morts et de blessés sur le terrain.
Des “tirailleurs sénégalais”, de retour d’Europe où ils avaient combattu héroïquement sous les couleurs françaises, rentrent chez eux en passant par le camp militaire africain de Thiaroye, sur la côte atlantique. Ils doivent y toucher la solde et la prime de démobilisation promises. Las…, ils attendent, des jours et des semaines : rien ne vient.

“La part d’ombre de notre histoire”

Dans son discours de Dakar, François Hollande revient sur cette épouvantable tragédie et ne cache pas les responsabilités de l’armée française : “La part d’ombre de notre histoire, c’est aussi la répression sanglante qui, en 1944 au camp de Thiaroye, provoqua la mort de 35 soldats africains qui s’étaient pourtant battus pour la France.” Après cette brève analyse, le chef de l’État annonce un geste spectaculaire, sans précédent :

“J’ai donc décidé de donner au Sénégal toutes les archives dont la France dispose sur ce drame afin qu’elles puissent être exposées au musée du mémorial.” En pratique, le président de la République propose ainsi de remettre à un État étranger, le Sénégal, des archives historiques militaires françaises.

Senegalaisement.com, le site officiel des amoureux du Sénégal

En l’espèce, une dizaine de “cartons” déposés pour l’éternité (en principe) au Service historique de la défense, au château de Vincennes. Dans ces cartons, des centaines de documents, notamment tous les rapports d’enquête réalisés par les autorités françaises après le massacre.

Plus que des bijoux de famille, qu’on peut vendre, ce sont des pièces inaliénables du patrimoine national. Il faut l’écrire : la promesse présidentielle est totalement irréaliste, à tel point que personne ne peut comprendre comment elle a été lancée.

Il semble que la proposition soit venue d’une autorité militaire du Service historique de la défense, associée à un directeur de cabinet ministériel. Mais, à la limite, peu importe ! L’Élysée regorge de conseillers d’État et autres hauts fonctionnaires, civils et militaires, qui ont évidemment relu le discours à plusieurs reprises en laissant passer cette énorme bévue.

Ce sont les conservateurs du patrimoine du ministère de la Culture qui ont lâché le morceau à l’Élysée, voici quelques mois. Depuis, cette affaire a été traitée comme un secret honteux, mais la raison est revenue et la loi sera respectée, au prix du sacrifice d’une promesse présidentielle. Les Sénégalais ont perdu une occasion d’enrichir leurs archives de pièces patrimoniales françaises, mais se verront tout de même remettre des copies numériques des pièces promises. Fin de l’incident.

Inaliénabilité

Francois Hollande a l'assemblee

Ce qui différencie les archives de la tragédie de Thiaroye des autres affaires aux caractéristiques proches réside bien sûr dans le caractère national de ces pièces d’archives. Les autres affaires récentes concernent toutes des objets étrangers saisis lors d’opérations coloniales, dont la détention légitime par la France peut être discutée.

Ce fut le cas des crânes de guerriers maoris rendus à la Nouvelle-Zélande, des archives royales coréennes non point restituées mais “prêtées” à la Corée par la BNF. À chaque fois, les opposants à ces restitutions évoquent l’inaliénabilité des collections publiques. Du côté militaire, les Algériens réclament toujours le retour du canon Le Consulaire, alias Baba Merzoug.

Nous pouvons ajouter que le Vietnam réclame, selon nos informations, des documents hydrographiques et cartographiques historiques actuellement conservés par le Service hydrographique et océanographique de la marine (SHOM) à Brest. Toujours selon nos informations, la sensibilité de ces documents tiendrait au fait qu’ils seraient en mesure de confirmer la souveraineté vietnamienne sur les îles Spratley, réclamées par la Chine.

lepoint.fr

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