Fronde à l’AFP : Gackou face à son destin

Malick GackouNiasse s’est sans doute «rendu» très tôt à Macky. Mais son soutien relève d’un réalisme politique. Quelles chances pour son numéro 2, Malick Gackou, qui a laissé filer l’occasion de se mesurer à Guédiawaye ? Lecture d’un divorce concret et qui date de la démission du ministre du Commerce.

Soutenir Macky Sall et mourir de sa belle mort. Sortir une candidature face à Macky Sall et périr. Ce sont les deux formules qui pourraient aboutir au même résultat. L’on peut discuter de l’opportunité et du contexte choisis par Niasse pour décider de ne pas avoir une candidature en 2017, mais le «faiseur de roi» ne s’est pas fait d’illusion sur ce qui lui reste de ses chances pour être «roi».

Son résultat en 2012, bien meilleur que celui de Tanor, n’est pas le seul fait des performances de son parti, mais bien d’une coalition qui s’est construite et consolidée sur une bonne fondation : Benno siggil senegaal (Bss), version Assises nationales. Mais parce qu’aussi son âge ne plaide pas en sa faveur si, comme il se susurre, la limitation de l’âge à 70 ans pour tout candidat à la Présidentielle fera partie du paquet de réformes à adopter en 2016.

Il s’est si bien préparé à cette «retraite» qu’il avait déjà annoncée en mai 2011, en recevant de nouveaux adhérents à son parti : «Je ne serai pas toujours là avec vous. Je suis là pour peu de temps et je souhaite que ça ne soit pas pour longtemps. C’est ce qui explique le choix de Malick Gac­kou comme N° 2 de l’Afp.» Celui-là même qui lui mène aujourd’hui la vie dure. Mais voilà, la confiance s’est effritée depuis la démission-surprise du ministre du Commerce qui, pour Niasse, est une défiance. C’est depuis lors que les deux hommes ne s’entendent plus et que Gackou ne porte plus le numéro 2. Dans les faits.

Le divorce entre le numéro 1 et le numéro 2 
La rencontre de Terrou-bi, bruyante d’injures, n’a pas sonné le glas du désamour entre le secrétaire général de l’Afp et son numéro 2, ni les insultes, encore moins le conclave de Bandia piloté par le patron des jeunes progressistes, Malick Guèye. Il se trouve qu’entre Niasse et Gackou, rien n’allait plus depuis la démission du second du gouvernement de Abdoul Mbaye par qui, officiellement, tout est arrivé.

A l’époque, en dépit de la médiation de Niasse auprès du chef de l’Etat pour le faire revenir sur sa décision, Gackou avait campé sur ses positions. La suite, c’est que le président des cadres progressistes, Alioune Sarr, sur le banc, remplace Gackou, poste pour poste, dans l’équipe de Mbaye. Un message clair du numéro 1 de l’Afp à son numéro 2 : Si ce n’est pas toi, c’est donc lui ! Sarr est alors, de fait, numéro 2.

Sa promotion et son statut l’imposent comme l’homme de confiance du président de l’As­semblée nationale. Gackou prend de plus en plus ses distances. Il n’assiste plus aux réunions politiques de l’Afp. Même pas à la plus cruciale, qui décide que ni Niasse ni un quelconque autre membre de l’Afp ne fera face à Macky Sall en 2017.

L’absence de Gackou est synonyme de désaccord avec le bureau politique. Son silence est parlant : cette décision ne l’engage pas ! Mais alors, tout le monde attendait les Locales pour décortiquer le comportement de celui qui était annoncé comme le seul «poids» capable d’incliner la balance favorable à Aliou Sall.

L’an zéro de Gackou
Certains y croyaient comme une religion : Gackou passerait devant le candidat de Benno bokk yaakaar (Bby) aux dernières Locales. «Aujourd’hui, les gens de Guédia­waye ne comprennent pas la position de El Hadji Malick Gackou. (…) Parce que s’il avait présenté une liste que je peux caricaturer Taxawu Guédiawaye, comme Khalifa Sall l’a fait, mon ami Aliou Sall n’aurait pas été maire.», disait le maire progressiste de Ngoun­diane, Mbaye Ndione à l’émission Grand jury de la Rfm. Mais le numéro 2 de l’Afp, contre toute attente, a préféré observer la neutralité.

Surpris (?) par le score du frère du Président, l’Afp, sans doute pas celle de Niasse, défie Aliou Sall. Une botte secrète de Gackou, dit-on, portée par Bamba Kane, surgit pour barrer la route à celui qui est donné pour successeur de Cheikh Sarr, avant la lettre.

L’Afp perd Guédiawaye, comme elle perd Pikine où elle devait défendre son bilan. Pape Sagna Mbaye dépose les armes et se rend à un autre Apériste et oncle du Président, Abdoulaye Thimbo.

«Je ne comprends pas jusqu’à présent ce qui s’est passé à Pikine et à la place de ces responsables (de l’Afp), je ne l’aurais jamais accepté», ajoute Mbaye Ndione. C’est que c’était là une consigne de Niasse qui avait «choisi l’espoir»… de raffermir son compagnonnage avec Macky !

Parce que, rappelle-t-il, à ceux qui le huaient jeudi : «Aucun imbécile, aucun salopard, ne peut détruire» son alliance avec Macky. En ne briguant aucun poste électif, Gackou, lui, a choisi, comme Idrissa Seck, d’être à «l’an zéro» de la politique. Et sans son numéro 1. «L’Afp n’est pas à vendre», rétorque-t-il, désapprouvant ainsi de façon plus tranchée «l’Appel du 10 mars 2014» qui ne répond pas à «l’Appel du 16 juin 1999». La devise des progressistes est en souffrance : Le «navire solide» de l’Afp tangue, son «équipage soudé» se disperse, son «capitaine» n’est plus «intrépide».

 Hamath KANE

hamath@lequotidien.sn

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