Gambie – Fuite de Jammeh, blocage de son avion, nouveau coup d’Etat… : Gambie, la désintox

gambiegambieGambie – Fuite de Jammeh, blocage de son avion, nouveau coup d’Etat…  : Gambie, la désintox

L’OBS – La Gambie est devenue ces derniers jours, l’une des plus grandes sources d’information du monde. La Présidentielle de ce 1er décembre et son issue surprenante en sont pour beaucoup. Mais des informations qui proviennent aujourd’hui de ce pays, la plupart sont fausses. Totalement invraisemblables.

C’est à croire que Banjul est devenue le plus grand laboratoire de conditionnement de contre-vérités au monde. The palace to be pour la presse internationale, depuis la chute de Yahya Jammeh, qui a régné sur le pays, d’une main de fer, pendant 22 longues années. Les choses se sont déchaînées dans ce petit pays lové au cœur du Sénégal. Chaque jour s’y lève désormais, avec son lot de vraies fausses informations, de révélations et de scoops. Des contre-vérités savamment distillées par une partie de l’opposition gambienne, de fossoyeurs de la paix ou de simples agitateurs. Qui pour se tailler un manteau de héros dans la chasse à l’enfant de Kanilaï et entrer définitivement dans les grâces du nouvel homme fort du pays, Adama Barrow. Qui pour maintenir la pression sur la communauté internationale, en accusant le Président Jammeh d’une nouvelle volonté de coup d’Etat. Un tas de «merde», s’écrie en anglais un acteur du processus de transition, qui brouille la lecture de la situation actuelle du pays et risque de vicier la bonne atmosphère de paix qui y règne, depuis le coup de fil de Jammeh à Barrow.

LE DECES DE SA MERE, LA FUITE VERS BISSAU

Les premières énormités ont été lâchées le 02 décembre 2016. Elles ont d’ailleurs escorté toute cette journée historique. Ce vendredi-là, Banjul est en fête, heureuse d’être libérée du joug de Jammeh. Mais dans l’esprit des uns et des autres, la fête ne sera que de courte durée. La colère pourrait vite, de nouveau, s’emparer de la Gambie. En cause, une information tenace, dure au mal. Selon le message que le camp de la victoire se passe, Jammeh serait en train d’organiser sa fuite du pays. Par quel moyen ?

La réponse est des plus ingénieuses. Un mensonge droit comme un pied d’eucalyptus. «Pour quitter le pays, Yahya Jammeh est en train de simuler le décès de sa mère», révèle un célèbre opposant gambien, dans l’euphorie de la victoire qui se dessine. L’homme, dont on préfère aujourd’hui taire le nom, de poursuivre, sûr de sa thèse : «Il veut prétexter de cet événement malheureux pour se rendre à Kanilaï, comme ça, il pourra rejoindre, par la Casamance, la Guinée-Bissau où sa femme, Zainab Suma (Guinéo-marocaine) est originaire. Et, ensuite partir en Afrique du Sud où l’attend le Président Zuma.» A l’écouter, avec la peine qu’il met dans ses explications, on est tenté de le croire. On se dit qu’on tient un scoop à vite balancer sur Dakar, à la rédaction centrale. Mais…

LE SENEGAL ET LE BLOCAGE DU VOL DE JAMMEH

Quelques minutes plus tard, c’est un proche de Adama Barrow, que les tendances déclarent victorieux de la Présidentielle, qui félicite Dakar. «Merci au Sénégal, lance-t-il, tout enjoué. En plus de nous avoir aidé pour la transparence du scrutin, d’avoir accueilli hier nuit, Président Barrow à votre ambassade, on vient de me dire que votre pays a empêché la fuite de Jammeh à qui il a refusé l’autorisation de survol de son territoire.» Mais, diantre, c’est quoi ce délire ?

On commence à douter de la fiabilité des informations. Mais n’étant pas expert en la matière, on demande à Dakar de contacter le ministère des Affaires étrangères, pour savoir le rôle exact que le Sénégal a joué dans cette Présidentielle gambienne. Si oui ou non, on a refusé au Président Jammeh, en fuite, une autorisation de survol du terroir ? Peut-on retirer, dans ces circonstances, au Président Jammeh son passeport, alors qu’il n’a pas encore fait de passation ? A toutes ces questions, le ministère répondra par la négative. «La Présidence gambienne n’a jamais saisi le Sénégal d’une autorisation de survol du territoire. C’est invraisemblable», explique-t-on, sans trop entrer dans les détails. «D’ici à la passation, qui aura peut-être lieu en janvier, retenez que Yahya Jammeh reste le Président de la Gambie», poursuit-on, avant de conseiller de faire très attention aux informations non officielles.

COUP D’ETAT CONTRE UN POUVOIR ENCORE INEXISTANT

Et dimanche matin, surlendemain de la Présidentielle, c’est Sidi Sanneh, ressortissant gambien vivant aux Etats-Unis, qui enflamme la toile et fout la peur à son pays. Cet opposant au régime de Jammeh ne «sait» pas. Il ne «croit» même pas, mais il «pense» que l’ex-homme fort du pays préparerait, et non «prépare», un coup d’Etat contre le nouveau pouvoir de Banjul. Un pouvoir qui n’a même pas encore été installé. «Depuis qu’il a accepté les résultats des élections de jeudi dernier qu’il a perdues avec 40% des voix contre 43% pour M. Barrow, Yahya Jammeh est sous la pression énorme de la part de l’Armée, avec ses hommes de confiance et de ses militants pour inverser le verdict du peuple gambien», fait-il savoir, sans une once de preuve. «Le général Saul Badgie et le général de brigade Umpa Mendy sont stationnés à «State House» (où ils se rencontrent actuellement), Borra Colley et Musa Savage sont stationnés à Kanilaï. Tous se sont sentis trahis par Jammeh, quand il a concédé la défaite et ils ont exigé qu’il inverse la décision des électeurs gambiens», poursuit-il. Les infos qu’il livre, la manière, les lieux et noms de généraux de l’Armée gambienne et réputés proches de Jammeh qu’il cite, tout pousse à le croire. Mais Sidi Sanneh ne fait que dans l’agitation. L’homme (sur)joue au lanceur d’alerte, mais achoppe sur deux questions d’une simplicité effarante, mais d’une logique imparable : Pourquoi Jammeh, qui avait toutes les cartes en mains pour rester au pouvoir, (Sidi Sanneh, lui même, soulignant que l’Armée était acquise à sa cause), aurait-il donc accepté la vérité des urnes ? N’était-il pas alors plus simple pour lui de confisquer la légitimité populaire, plutôt que de vouloir fomenter un coup d’Etat contre un pouvoir qui n’a même pas encore été installé ? Mais qu’il doit rencontrer, si l’agenda de la transition est respecté, aujourd’hui à Banjul. Une rencontre qui tient du réel et, non de la supputation, qui doit décider du futur de la Gambie. De ses enfants, de son économie…

E L HADJI FALLOU FAYE (ENVOYE SPECIAL EN GAMBIE)

Rôle du Sénégal dans l’après Jammeh

La volonté du peuple face à la force des baïonnettes

Après les premières manifestations de l’opposition en Gambie en avril, j’avais publié dans une tribune en date du 20 avril pour dire que c’était « le début de la fin pour le Neron de Banjul » ( Dakaractu, IGFM, le Quotidien…). J’annonçais le début de la fin pour le Néron de Banjul parce que la peur étant le moteur de la dictature, le fait que les Gambiens aient osé manifester était la preuve qu’ils n’avaient plus peur. Dans une dictature quand on a plus peur on se rend compte que le tyran n’est qu’un tigre de papier. C’est pour maintenir cette peur qui en est le moteur que la violence est permanente dans une dictature. Une dictature se fonde sur deux piliers  que sont  la violence et le contrôle de l’info pour entretenir une peur permanente. Jammeh contrôlait encore la violence mais le contrôle de l’info lui échappait de plus en plus. En avril la chute de Jammeh était ma première thèse. La deuxième thèse était que le retour de la Gambie à la démocratie devrait se faire facilement parce que avant le coup de d’Etat de Jammeh la Gambie faisait partie des exceptions démocratiques en Afrique à côté du Sénégal du Botswana et de l’Ile Maurice.  Cette thèse avait été contestée par Monsieur Tahirou Sarr conseiller politique. J’en étais ravi d’ailleurs parce que le vrai débat suppose la contradiction. Le retour de la Gambie à la démocratie doit être considéré par le Sénégal comme une question d’intérêt national. C’est pourquoi le Sénégal au-delà de la diplomatie qui consiste à féliciter le vainqueur doit faire passer un message à l’armée gambienne : le Sénégal n’acceptera de coup d’Etat ou de changement anti démocratique ou anticonstitutionnel. Ce message à l’armée gambienne doit passer par des canaux que nos militaires et les services connaissent. Le Sénégal doit servir de rempart à la volonté du peuple face à toute tentative ou même tentative de retour en arrière par les baïonnettes. Ce qui n’est pas exclu parce que jusqu’à présent le rapport de force est largement favorable aux satrapes de Jammeh. Jammeh a eu 22 ans pour bâtir un système. Même si on lui assure l’impunité, des piliers de son système peuvent être tentés par l’aventure du coup d’Etat par instinct de survie ou pour négocier aussi leur impunité. Stratégiquement l’armée et les forces de sécurité sont encore entre les mains de Jammeh. Donc il est fort inintelligent de lui promettre déjà la CPI. Au contraire, il faut opter une sortie de crise à la Charles Taylor c’est-à-dire lui offrir une porte de sortie honorable d’abord, inverser le rapport de force ensuite avant de parler de poursuite. Pour sortir de la guerre civile au Liberia, on avait garanti un exil doré à Taylor au Nigeria avant que ces crimes ne le rattrapent. Ne vendons pas la peau de l’Ours trop tôt. Le rôle du Sénégal doit être plus subtil. Le Sénégal doit faire savoir clairement qu’il n’acceptera pas de coup d’Etat mais il doit aussi rassurer les Gambiens en montrant que nous n’avons aucune visée hégémonique sur la Gambie. La Gambie n’est pas une province, ni une région du Sénégal comme on l’entend souvent parce que ce sont les conditions historiques qui ont été à l’origine de la création du Sénégal qui ont aussi été à l’origine de la Gambie.

La sortie de la scène aussi rapide (ce que personne ne pouvait prévoir) du Neron de Banjul est une excellente chose parce qu’elle va accélérer le retour de la paix en Casamance où Jammeh n’a cessé d’attiser le feu pour avoir un moyen de pression sur le Sénégal. Ce moyen de pression devenait de moins en moins efficace depuis que l’armée s’est donné les moyens de gagner la guerre. La dernière crise avec la Gambie était aussi un indicateur que le MFDC comme instrument de chantage ne fonctionnait plus. C’était la première fois depuis le début de la guerre en Casamance que nous avons un si long conflit avec le Néron de Banjul et qu’il n’utilise pas une faction du MFDC pour nous mettre pression. Une Gambie démocratique va accélérer le retour de la paix parce que les démocraties ne se font pas la guerre. Nous avons un exemple avons un exemple avec la Guinée Bissau. Depuis que la Guinée Bissau est devenue démocratique, elle n’accepte plus le MFDC sur son sol. Une Gambie démocratique n’acceptera de servir de base arrière au MFDC. Sur le plan politique, le Gabou ou l’axe Banjul, Bignona, Bissau était le rêve du MFDC. Il faut qu’il devienne celui du Sénégal mais sur le plan économique. Avec la Guinée Bissau et la Gambie devenues démocratiques, le Sénégal doit avoir l’ambition de créer une zone de coprospérité économique du Sud. Cette zone de coprospérité fera passer la Casamance « du désenclavement économique à l’intégration sous régionale »  avec une nouvelle forme de régionalisation qui transcende les frontières des trois pays. Oublions le projet de confédération politique et concentrons notre énergie sur cette zone de coprospérité qui partirait de Banjul à Bissau. C’est la meilleure façon de gagner la paix après que l’armée a gagné la guerre en Casamance.

Yoro Dia Politologue
diayero@gmail.com

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