GUERRE CONTRE L'INDUSTRIE DU TABAC L'ETAT INVITE A PRENDRE SES RESPONSABILITES

tabacLe gouvernement du Sénégal doit prendre ses responsabilités quant aux  directives de l’industrie du tabac qui a adressé des courriers à tous les pays de la Cedeao et de l’UEMOA  pour qu’ils n’appliquent pas les recommandations de l’OMS pour une augmentation des taxes et prix sur le tabac.

Le chargé du projet de l’Alliance africaine pour le contrôle du tabac (Acta), Mamadou Bamba Sagna,  a appelé hier, mercredi, le Sénégal à avoir une volonté politique contre la campagne de désinformation menée par  British American Tobacco (BAT, en prélude à la conférence des parties prévue du 13 au 19 octobre prochain à Moscou.

Le tabagisme, responsable de plus de six millions de morts par an, est devenu l’un des principaux défis pour l’ensemble des pays du monde. La réduction de la consommation de tabac est la solution la plus efficace pour relever le défi. Pour cela, l’OMS recommande l’augmentation substantielle des taxes et des prix sur le tabac.
Et pour contrer cette réduction qui va sauver des millions de vies humaines, l’industrie du tabac s’est adonnée à une campagne de désinformation et fait des pressions sur les Etats qui sont sur le point d’adopter cette loi.
C’est pourquoi l’Alliance africaine pour le contrôle du tabac (Acta), en collaboration avec la ligue Sénégalaise de lutte contre le Tabac (Listab), le consortium pour la recherche économique et sociale (Cres) et le réseau des journalistes de lutte contre le tabac, ont organisé une conférence de presse, hier, pour dénoncer cette ingérence et d’appeler l’Etat du Sénégal à prendre ses responsabilités.Le chargé du projet de l’Acta, Mamadou Bamba Sagna, a révélé que trois lettres ont été adressées par l’Industrie du tabac, aux trois ministères de l’Agriculture, du Commerce et des Finances pour mettre la pression sur les Etats afin qu’ils ne prennent pas position sur les directives de l’article 6 de la convention 4. «Parce qu’il s’agit d’adopter la loi d’augmentation des taxes et des prix sur le tabac », poursuit-t-il. Et d’ajouter « l’industrie refuse que les Etats augmentent le prix du tabac. Alors qu’il y a aucun bénéfice  en fumant une cigarette à par des cancers et des maladies chroniques ».

 
D’autre part, M. Sagna qui s’est réjoui de la loi anti tabac au Sénégal considérée comme l’une des meilleures en Afrique et du monde, a espéré que notre pays fasse tout pour son application. Une loi avec des dispositions juridiques contraignantes et qui exigent à l’industrie du tabac de mettre des images d’alerte sur les paquets de cigarette à hauteur de 70 % de surface, de sensibiliser les consommateurs sur les dangers de ce fléau. Sans compter l’interdiction de fumer dans les lieux publics,(restaurants, aéroports, hôpitaux,…), tout comme de vendre de la cigarette devant les établissements scolaires sur une distance de plus de 200 mètres.
 
La lenteur  de l’application de la loi antitabac dénoncée
 
Pour sa part, le Secrétaire Général de la Listab et point focal Otaf, Djibril Wellé, a déclaré que cette mobilisation faite par la société civile est très importante pour dénoncer l’ingérence de l’industrie de tabac. Et de renchérir « les autorités sénégalaises ne doivent se laisser intimider par ces gens et maintenir leurs positions avant d’aller à Moscou. Et c’est pourquoi il est très important d’avoir une volonté politique  pour relever le défi». Djibril Wellé, de dénoncer en outre la lenteur  de l’application de la loi antitabac avant d’inviter l’Etat à commencer par le plus important.
 
Par ailleurs, le directeur de la communication du Consortium pour la recherche économique et sociale (Cres), Doudou Ndiaye, est revenu sur l’initiative de la société civile afin que tous les pays de la Cdeao puissent harmoniser les taxes fiscales afin de contrer la pression de l’industrie Du tabac».
Mr Ndiaye de soutenir qu’il faut accentuer la pression fiscale sur les produits du tabac afin de réduire la consommation, mais aussi d’augmenter les taxes et les prix sur la cigarette. Et d’ajouter «cette solution assure une meilleure prévisibilité des recettes fiscales et réduit les évasions fiscales par la manipulation des prix de transfert ». Selon lui, non seulement le tabac pose un problème de santé, mais aussi un facteur de pauvrette. c’est pourquoi, dit-il, il est primordiale que chacun prenne ses responsabilités, de même que la société.
 
CROISADE CONTRE LE TABAGISME : 5 ASSOCIATIONS AFRICAINES DURCISSENT LE COMBAT
 
Combattues par les pays occidentaux, les grandes firmes de Tabac continuent de résister dans les pays en voie de développement où elles gagnent  des milliards de recettes. Et face à leurs nouvelles politiques d’ingérence dans l’espace Cedeao et de l’Uemoa, des organisations africaines de lutte contre ce fléau ont décidé de hausser le ton pour alerter les gouvernements des Etats membres de ces institutions à travers une déclaration rendue publique hier.
 
Le Centre de lutte contre le tabac en Afrique (CLATA), l’Université de Cape Town, (UCP), l’Alliance Africaine pour le Contrôle du Tabac (ATCA), l’Observatoire du Tabac en Afrique Francophone (OTAF) et le Consortium pour la Recherche Economique et Sociale (CRES) ont publié hier, une déclaration dans laquelle elles ont lancé un appel urgent à l’endroit des gouvernements des Etats membres de la Cedeao et de l’Uemoa. 
 
Dans la déclaration signée par ces cinq organisations africaines de lutte contre le tabac, elles fustigent la campagne hostile de désinformation et de pression que mène la compagnie de Tabac British American Tobacco (BAT) visant à dissuader les gouvernements de s’acquitter de leurs engagements en matière de mesures fiscales tendant à réduire la demande de produits du tabac en vertu de la convention cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (Cclat). 
 
Face à cette pression de l’industrie du tabac, lesdites organisations internationales exhortent les gouvernements de la Cedeao et de l’Ueoma de ne pas se laisser distraire par l’ingérence de BAT, mais, plutôt, à rester engagées pour le projet de directives, afin de développer des instruments efficaces pour mettre en œuvre la Convention-cadre dans la région. Elles rappellent les lignes directrices, qui ont été approuvées à l’unanimité par les Etats membres au sein de la Cedeao et de l’Uemoa, à savoir la ratification de la Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac (CCLAT).
Un document dans lequel les États-membres ont formalisé leur engagement international  pour protéger les générations présentes et futures sur les effets sanitaires, sociaux, environnementaux et dévastateurs de la consommation de tabac. Elles rappellent aussi que les Etats membres, tout en définissant et en appliquant leurs politiques de santé publique en matière de lutte antitabac qu’ils sont légalement tenus de « protéger ces politiques contre les intérêts commerciaux et autres, de l’industrie du tabac» conformément à la législation nationale (CCLAT, Art. 5.3). Elles dénoncent et condamnent dans leur déclaration l’intrusion en cours de l’industrie du tabac dans l’adoption du projet de directives communautaires en matière de taxes sur le tabac.
Avant de se réjouir des efforts déployés par la Cedeao et de l’Uemoa qui sont en train d’harmoniser les taxes sur le tabac en Afrique de l’Ouest. Les organisations invitent enfin   les Etats membres de la convention cadre de l’Oms à rester vigilants face à l’industrie du tabac et prendre toutes les mesures nécessaires pour mettre en œuvre les lignes directrices indispensables.

Djibril KAYENTAO et C.T.MBENGUE

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