IBRAHIMA SENE "Mon opinion sur la question du scandale de la drogue au sein de la Police

ibrahima sène pitJe publie l’intégralité de mon ITW à ce journal, puisqu’il me semble que ce qui intéresse la presse en ligne, c’est la partie du texte où j’ai fait des remarques sur les propos tenus par Latif. Mon opinion sur la question du scandale de la drogue au sein de la Police ne semble pas intéresser cette presse, or pour moi, c’est l’essentiel de cette interview. Il y a eu donc un traitement « intérêssé » de l’information qui me semble être aux antipodes de la déontologie de cette honorable profession.

Que pensez-vous du dossier de trafic de drogue dans la police? 

La révélation de l’implication probable de hauts dignitaires de la Police dans le trafic de drogues au Sénégal ne m’a pas surpris.

En effet, Dakar, au cours des dix dernières années, a acquis la réputation peu envieuse de « plaque tournante » du trafic international de la drogue. Dakar n’a pas usurpé cette réputation, si l’on tient compte du fait qu’il est la capitale d’un pays pauvre, sans ressources naturelles importantes, qui s’est trouvé, durant la période, en pleine crise économique.

Et c’est précisément durant cette période que le secteur de l’immobilier s’est développé de manière si fulgurante avec la construction d’innombrables immeubles et autres villas de luxe, que le sénégalais moyen commençait à s’interroger sur l’origine subite de cette immense richesse entre les mains de particuliers, qu’aucune activité productive ne pouvait générer !

L’opinion était acquise à l’idée que dans notre capitale, la drogue jouait un rôle essentiel dans la fabrication de cette soudaine richesse. Il était donc évident, qu’une situation pareille ne pouvait exister sans une grande complicité au près de hauts dignitaires de l’Etat, y compris au sein des forces de sécurité. L’on s’attendait donc, qu’un jour ou l’autre, les acteurs de ce trafic de drogue et leurs complices seraient épinglés.

Donc quand le Commissaire Keita a fait ses révélations portant accusation de hauts gradés de la Police dans ce trafic, je n’étais pas surpris. Par contre, la manière dont il s’en est pris m’a laissé bouche bée ! En effet, voilà un haut cadre de l’Etat, avec plus de 30 ans d’expérience comme Commissaire, qui connaît donc parfaitement les règles qui régissent l’Administration, notamment les hauts gradés des services de sécurité, et qui, néanmoins, a décidé de les enfreindre, en portant à la connaissance du public le contenu de ses rapports confidentiels envoyés à sa hiérarchie. Si son souci était d’éviter que ses rapports ne soient pas classés sans suite, il aurait pu démissionner de la Police, saisir la Presse et le Procureur.

De cette manière, il serait perçu par les populations comme un véritable héro, en guerre contre les trafiquants de drogue, jusque dans la hiérarchie de la Police. Cet acte aurait fait de lui une référence pour tous les hommes intègres dans les services de sécurité. Ce qui est donc étonnant, c’est qu’il ait choisi une voie d’auto-flagellation en enfreignant les normes administratives, plutôt que de choisir la voie qui rehausse son prestige au près des populations et des agents intègres de l’Etat. Il a accepté ainsi de subir une procédure administrative qu’il aurait pu éviter, en plus, d’une procédure judiciaire qu’il aurait pu initier !

C’est là où je m’interroge véritablement sur les objectifs qu’il visait en procédant de la manière dont il s’ en est pris ! Une chose est certaine. Sa sortie a immédiatement déstabilisé la Police, et provoqué un flottement au sein de l’Exécutif. Il s’est passé 72 heures avant que l’Exécutif ne revienne de ses émotions pour prendre à bras le corps la situation ainsi créé. Que serait donc devenu notre pays, si durant ces 72 heures de déstabilisation et de flottement, un groupe en avait profité pour manifester contre le pouvoir !

A quelle force de sécurité se vouer ? Sous quel commandement ?

En tout cas, le choix du Commissaire Keita a fait traverser notre pays des moments extrêmement graves pour la stabilité de l’Etat, et pour la sécurité et nos populations. Et je n’arrive pas à me faire avec l’idée, qu’il a agi sans être conscient ni des risques qu’il encourait, ni des conséquences sur la sécurité de l’Etat et du pays.

Heureusement tout cela semble être maintenant derrière nous, et les procédures idoines sont mises en œuvre pour la lumière soit.

Quel commentaire faites-vous de la sortie du porte-parole du gouvernement, blanchissant Abdoulaye Niang au détriment du commissaire Kéita?

A mon avis, Latif aurait dû se contenter d’informer sur les décisions prises par le Gouvernement pour faire face à cette grave situation. Puisque les procédures administratives et judiciaires ont été déclenchées, Il ne devait en aucun cas commenter les rapports de Keita, à plus forte raison, les qualifier. C’est une immixtion inacceptable de l’Exécutif dans une affaire pendante devant le pouvoir judiciaire.

Quelle attitude devait adopter le gouvernement? 

Le Gouvernement a pris, après quelques moments de cafouillage, les dispositions qui scient en pareille situation. Il a déclenché deux procédures, administrative et judiciaire, a mis fin aux fonctions du Commissaire incriminé, et a nommé un autre à sa place pour une reprise en main du service public de Police sans entraver les procédures encours. Maintenant, avec la saisine du Procureur, la balle est dans le cas du Pouvoir judiciaire, qui ne devrait ménager aucun effort pour, à travers ce cas, procéder à l’éradication du réseau des trafiquants de drogue, en s’attaquant au « boom immobilier » spectaculaire de Dakar. Tous les complices au sein des forces de sécurité, dans l’Administration, et dans le milieu politique, devraient être identifiés et traduits en justice. C’est un défi que tous ensemble nous devrons relever à côté du Pouvoir judiciaire.

Pensez-vous qu’il faille radier Keïta pour avoir osé crever l’abcès? 

Sa faute administrative est très grave, et traduit en Conseil de discipline, il sait ce qui l’attend, qu’il ait un dossier judiciaire bien ficelé ou non. Il faudrait juste souhaiter qu’il s’en sorte avec la procédure judiciaire, avec un dossier « béton ».

Ne craignez-vous pas que ce dossier puisse ternir l’image du Sénégal?

Inévitablement, le Sénégal continuera d’être soupçonné de pays « narco trafiquant » tant que la procédure judiciaire n’aboutira pas à tirer au clair cette situation. Cependant, la nomination de Madame Faye à la tête de la Police nationale, et celle de Madame Nafi Ngom keita à la tête de l’OFNAC, permettent de croire, qu’avec Madame Touré à la justice, le Sénégal s’est doté d’un « trio » de choc dans la guerre contre la corruption, les narco trafiquants et les « enrichis illicites ». Avec ces Dames, dont la rigueur dans le travail et la probité morale avérée, sont leurs caractéristiques distinctives, le Sénégal devrait bientôt retrouver son blason terni par le scandale de la drogue au sein de la hiérarchie de la Police ».

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