Il ne faut pas vendre la peau du Caravage… avant de l'avoir expertisé !

3602672lpw-3602718-article-possible-tableau-du-caravage-jpg_3492527Le tableau du maître découvert dans une maison toulousaine en 2014, et que des experts estimaient à 120 millions d’euros, pourrait en fait être une copie.

C’est la nouvelle polémique du marché de l’art français. Et elle débute avec une histoire qui ressemble à ces légendes qui font rêver. En 2014, une famille toulousaine qui fait des travaux dans sa maison trouve dans une soupente une toile précieuse du XVIIe siècle. Un commissaire-priseur, Marc Labarbe, est contacté. Il demande l’avis d’un cabinet parisien d’experts en tableaux anciens, celui d’Éric Turquin. Ce dernier est affirmatif et n’émet aucun doute : il s’agit d’un tableau de l’une des plus grandes figures de la peinture italienne : Le Caravage (1571-1610).
Existence tourmentée, peinture passionnée dans des clairs-obscurs savants… Le Caravage est une comète de l’histoire de l’art sujette à de nombreuses polémiques, autant sur sa biographie que sur le contenu de son œuvre. Ainsi, il y a peintures du Caravage et peintures caravagesques… L’artiste a, en effet, suscité de nombreuses vocations et copies serviles, ou pas.
Les deux experts du Caravage pas convaincus
En l’occurrence, quel que soit l’auteur de l’œuvre trouvée à Toulouse, cette dernière présente plusieurs qualités : c’est une œuvre ancienne en bon état de conservation, qui présente un sujet spectaculaire et apprécié par le marché, à savoir l’héroïne biblique Judith, en compagnie de sa domestique tranchant le cou du roi Holopherne. Les musées français alertés de la découverte ont réagi le 25 mars dernier par le biais du ministère de la Culture en interdisant pour trente mois la sortie du tableau de France. Motif : « Cette œuvre récemment redécouverte et d’une grande valeur artistique, qui pourrait être identifiée comme une composition disparue du Caravage, connue jusqu’à présent par des éléments indirects, mérite d’être retenue sur le territoire comme un jalon très important du caravagisme, dont le parcours et l’attribution restent encore à approfondir. »
Autrement dit, contrairement à l’affirmation péremptoire du cabinet Turquin, il n’est pas encore avéré qu’il s’agit d’une toile du Caravage, mais elle pourrait bien, aussi, être celle d’un de ses contemporains moins connus. Le Louvre se refuse pour l’instant à se prononcer et commence des analyses fouillées relatives aux archives et aux résultats d’études techniques déjà réalisées. Il faut cependant noter que les deux experts qui font foi dans le domaine du Caravage, Mina Gregori et Gianni Pappi, refusent de donner le maître comme l’auteur de cette peinture.
Prix irréaliste
Par ailleurs, le record aux enchères pour un tableau ancien est de 77 millions d’euros, pour un Rubens. De ce fait, la somme avancée par le cabinet Turquin pour cette peinture, de 120 millions d’euros, d’autant plus s’il ne s’agit pas d’un Caravage, est absolument irréaliste.
Stéphane Pinta, collaborateur du cabinet d’expertise parisien, qui travaille pour la famille propriétaire du tableau à Toulouse, déclare espérer désormais que “l’État va trouver une solution afin que l’œuvre reste en France ». Mais, si elle n’est pas du Caravage, est-ce bien nécessaire ? Selon un expert bien informé, la décision définitive sera prise lorsque le présumé Caravage sera placé près de véritables œuvres de la même époque du maître italien afin de voir si la « griffe » du génie est bien présente. Réponse dans trente mois, ou moins.

PAR JUDITH BENHAMOU-HUET
LE PONIT.FR

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