Ils n’ont pas eu peur… Par Madiambal DIAGNE

Madiambal DIAGNE JournalisteIl y a un propos célèbre, que d’aucuns considèrent comme une citation apocryphe de Voltaire : «Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire».

Ils sont sans doute très nombreux à n’avoir pas partagé la ligne éditoriale et l’insolence de Charlie Hebdo, ils sont nombreux qui n’ont jamais eu cette publication entre leurs mains, mais ils se sont mobilisés pour la défendre, au nom de la liberté de presse et d’expression et au nom du droit à la vie et du devoir de lutter contre le terrorisme.

Nul ne peut faire le comptage des immenses foules qui ont déferlé hier sur les places symboliques de la ville de Paris, place de la République, place de la Bastille, place de la Nation, qui ont arpenté le Boulevard Voltaire de Paris ou qui se sont réunis en silence dans différentes villes françaises et du monde. Le même élan a uni les foules de Sydney à Paris, de Bangui à New York. Personne n’a eu peur de se mobiliser et d’aller à des rassemblements qu’on pouvait présumer très risqués.

En effet, des terroristes, forcenés de la même vaine que les frères Saïd et Chérif Kouachi qui avaient attaqué le magazine Charlie Hebdo ou Amedy Coulibaly qui a buté des policiers et des personnes trouvées dans une épicerie de la capitale française, étaient bien capables de faire un coup d’éclat en provoquant un autre attentat au moment où toutes les caméras du monde étaient braquées sur Paris. Personne ne s’y trompait mais la peur a été exorcisée. Tout le monde refusait de céder à la peur, autrement, les terroristes auraient gagné.

Dix sept personnes abattues en trois jours par les terroristes : les journalistes de Charlie Hebdo, Cabu, Charb, Honoré, Tignous, Wolinski, Bernard Maris, Moustapha Ourrad : les amis de ces derniers, Elsa Cayat et Michel Renaud ; le gardien de leur immeuble, Frédéric Boisseau; le policier chargé de protéger Cabu, Franck Brinsolo, un policier en patrouille, Ahmed Merabet; une policière municipale de Montrouge, Clarissa Jean Philipe; enfin les quatre otages tués par Amedy Coulibaly dans l’épicerie de la Porte de Vincennes et qui ont pour noms : Yohan Cohen, François Michel Saada, Yoav Hattab, Philipe Braham.

Toutes les composantes de la communauté nationale française ont pu compter des membres parmi les victimes. Quand le terrorisme frappe, il est aveugle et sans discernement. Les victimes sont des citoyens français de souche, des Français d’origine arabe, des Français d’origine africaine, des musulmans, des juifs, des chrétiens, des personnes athées. Et Monsieur et Madame Tout le monde ont marché hier dans un élan œcuménique! 

La France a ainsi apporté la bonne réponse aux terroristes. Aucun symbole n’a été épargné : la Tour Eiffel dans le deuil, toutes les lumières éteintes.

L‘inscription «Paris est Charlie» sur les deux frontons de l’Arc de Triomphe, la ville de Paris à l’initiative de Michelle Hidalgo, délibère dans la foulée pour faire de Charlie Hebdo, Citoyen d‘honneur de la ville de Paris, le périphérique change ses inscriptions lumineuses pour celle «Nous sommes tous Charlie». Les citoyens anonymes y sont allés chacun de son inspiration, de sa générosité, pour manifester son soutien.
François Hollande est resté droit dans ses bottes. «Il a été exemplaire», consentent à lui reconnaître ses adversaires les plus féroces. Le chef de l’Etat français a vécu des moments personnels tragiques. Il a perdu de nombreux amis personnels dans cette attaque du magazine satirique. Les Charb, Cabu, Wolinski et autres lui étaient proches.

La première personne que Patrick Pelloux, chroniqueur à Charlie Hebdo, aura appelée le jour du drame, en pénétrant dans les locaux où gisaient ses confrères, était François Hollande. Ce dernier de lui répondre tout de go: «J‘arrive!».

Il fera le déplacement sur la scène du crime, moins d’une demi-heure après l’attentat, en n’ayant cure des craintes sécuritaires légitimes. Le Premier ministre Manuel Valls déclare à qui voudrait l’entendre que l’Etat français ne baissera pas la garde. L’Etat français a forcé le respect du monde pour anéantir les forcenés après une palpitante chasse à l’homme.

Faire face aux terroristes sera aussi de sauver le journal Charlie Hebdo. Tout le monde s’y attèle. Une aide exceptionnelle de l’Etat français pour un montant d’un million d’euros a été annoncée, une association d’éditeurs français alloue une aide de 200 000 euros, Google donne 250 mille euros, le quotidien espagnol Le Guardian offre 130 000 euros.

Une vague de nouveaux abonnements est notée avec 900 mille euros déjà enregistrés ; des campagnes de dons et autres souscriptions sont ouvertes pour renflouer le magazine qui était sur le point de déposer le bilan à l’instar de nombreuses publications de la presse française. 

Les nombreux chefs d’Etat et de gouvernement qui ont rappliqué à Paris, ont montré une mobilisation mondiale. Cette affaire ne concerne pas que la France mais tous les 130 pays représentés à la marche.

Il restera que cet attentat aura encore grandement fait tort aux musulmans du monde et à leur religion. Du fait du concept de «la responsabilité collective» qui se développe dans des contextes de communautarisme, le sociologue Vincent Geisser remarque avec justesse que «les musulmans sont terrorisés par le terrorisme». On en a eu la preuve jeudi dernier à Paris. Quand les cloches de la capitale française avaient retenti à midi pour marquer une minute de silence en guise de recueillement, un taximan d’origine algérienne ne pouvait s’empêcher d’essuyer une larme.

Son passager de lui dire avec compassion : «Je suis musulman moi aussi». Le taximan se sentira libéré pour dire que ce qui a été fait à Charlie hebdo ne peut pas être fait à son nom ou au nom de sa religion.

«Ce sont des salauds, des bandits, des voyous, des imbéciles» râle-t-il. Ce musulman n’était certainement pas content des dessins de Charlie Hebdo, mais en démocratie, «on ne tue pas quelqu’un pour ses écrits». Dans la foule qui défilait à Paris, une pancarte reprenait un verset du Coran selon lequel: «si tu tues un être humain, c’est comme si tu as tué l’Humanité tout entière».

Madiambal DIAGNE

mdiagne@lequotidien.sn

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*