Inégalités dans le football nigérian

super_falconsLa romancière Adaobi Tricia Nwaubani souffle dans son vuvuzela en faveur des Super Falcons du Nigéria.

L’équipe nationale féminine du Nigéria (les Super Falcons- Super Faucons) s’est qualifiée pour la prochaine Coupe d’Afrique des Nations (Cal) qui aura lieu au Cameroun cette année.

Il y a trois semaines, leurs homologues masculins, les Super Eagles, ont échoué à se qualifier pour la Coupe d’Afrique des Nations dont le coup d’envoi démarre au Gabon début 2017.

Les Falcons sont les championnes d’Afrique en titre; les Super Eagles ont échoué à se qualifier deux fois de suite.

Les Nigérians ne doivent pas être trop surpris de la disparité des performances entre nos équipes masculine et féminine.

Télé-réalité

Toute personne un peu attentive aurait vu venir de tels résultats.

Les joueurs de l’équipe masculine ont tendance à se présenter parfois comme dans une émission de télé-réalité plutôt que comme des sportifs professionnels engagés pour défendre l’honneur de leur pays.

Il y a toujours un nouveau drame qui surgit quand on suit les Super Eagles.

Les Super Eagles
Image captionLes Super Eagles

Au cours des 12 derniers mois, l’équipe masculine de football a eu trois entraîneurs différents.

Chaque remplacement a été précédé de querelles incessantes entre l’entraîneur et ses joueurs, et avec la fédération nationale du sport.

En octobre, le gardien Vincent Enyeama a soudainement annoncé son départ de l’équipe nationale, un jour après que l’entraîneur Sunday Oliseh lui ait officiellement retiré son brassard de capitaine. Oliseh lui-même est devenu la cible des caméras en février dernier, après qu’une diatribe postée sur YouTube soit devenue virale.

Samson SiasiaImage copyright.
Image captionSamson Siasia

Regardant droit vers la caméra, il a qualifié de «fous» ceux qui attendent que le Nigéria gagne à chaque match, en priant ensuite Dieu, avec mauvaise volonté, de bénir ces mêmes critiques. Il a été rapidement remplacé par l’entraîneur intérimaire actuel, Samson Siasia. Bien au contraire, les joueuses de l’équipe féminine de football nigérian vaquent à leurs affaires sans faire beaucoup de drame.

La seule fois où elles ont attiré le genre d’attention embarrassante que suscitent leurs homologues masculins s’est produite en juin 2015. Leur entraîneur, Edwin Okon, avait apparemment refusé de serrer la main de l’entraîneur américain, Jill Ellis, qui s’était approché main tendue après la défaite de l’équipe nigériane contre la sienne.

Mais Okon est un homme.

Disparité dans les bonus

Les joueurs de football nigériansImage copyrightCHANNELS TV TWITTER
Image captionLes joueurs de football nigérians

Les Super Falcons ont remporté la Coupe Féminine d’Afrique des Nations (ex- Championnat d’Afrique de football féminin) plus que tout autre pays, avec le record impressionnant de neuf victoires.

Elles ont également été présentes à toutes les Coupes du monde féminines de football depuis le lancement de cette compétition en 1991 par la Fifa.

Mais en dépit de la puissance de cette équipe féminine sur le continent et de la fierté qu’elle continue d’apporter au Nigéria, la Fédération Nigériane de Football ne semble pas penser que l’équipe féminine mérite d’être bien traitée.

Des rapports ont indiqué que les Falcons ont reçu 10 000 naira chacune (50 $, 35 £) après avoir rgagné leur billet pour la Coupe féminine de l’Afrique des Nations 2016.

Au contraire de l’équipe masculine, dont les joueurs sont payés 4000 $ chacun pour un match nul et 5000 $ pour une victoire.

Les joueuses attendraient encore leurs bonus suite à leur qualification pour la Coupe du monde au Canada l’an dernier.

L'équipe de football féminine nigérianeImage copyrightNO
Image captionL’équipe de football féminine nigériane

Rien de tout ceci n’est nouveau.

En 2010, le journaliste sportif nigérian Nnamdi Okosieme a écrit de nombreux articles sur la façon dont les Falcons avait joué pour des cacahuètes.

Les femmes ont reçu 500 $ pour chaque match gagné à la Coupe du Monde, contre 30 000 $ pour les hommes.

Et, tandis que l’équipe masculine a été logée dans des hôtels cinq étoiles, l’équipe féminine a été régulièrement hébergée dans des logements inférieurs aux normes, a-t-il indiqué.

Les mauvais traitements que la Fédération Nigériane de Football réserve à l’équipe de football féminin est un nouvel exemple de l’énorme inégalité dont les femmes nigérianes souffrent dans de nombreux secteurs de la société.

Les nouveaux objectifs de développement durable (ODD), adoptés en septembre par les Etats membres de l’ONU, y compris le Nigéria, offrent une occasion unique de s’attaquer à plusieurs de ces questions.

Le sport peut être un tremplin important pour le développement et l’autonomisation des femmes.

Combler l’écart de traitement entre les équipes de football masculines et féminines du pays serait un bon indicateur de la part du gouvernement nigérian, qui souhaite démontrer son engagement officiel en faveur de l’égalité des sexes.

Asisat Oshoala a remporté le prix de Ballon d’Or Adidas de la meilleure joueuse de la Coupe du Monde 2014 F-U20 et du Soulier d’Or Adidas après avoir marqué 7 buts.Image copyrightGETTY IMAGES
Image captionAsisat Oshoala a remporté le prix de Ballon d’Or Adidas de la meilleure joueuse de la Coupe du Monde 2014 F-U20 et du Soulier d’Or Adidas après avoir marqué 7 buts.

Sifflons donc la fin d’un sexisme pareil et célébrons tous ensemble nos “Super” succès sportifs.

BBC

Be the first to comment

Leave a Reply

Your email address will not be published.


*