Interview avec Zahra Iyane Thiam, ministre-conseiller : «Abdoul Mbaye n’a participé à aucune lutte»

Zahra Iyane ThiamZahra Iyane Thiam, ministre conseiller et responsable Apr

«Ce qui me gêne dans le débat sur la double nationalité…»

Lunettes d’intello, Zahra Iyane Thiam articule bien ses mots pour éviter l’insulte, l’injure… très répandue dans l’espace politique. Cepen­dant, le ministre conseiller du chef de l’Etat ne mâche pas ses mots pour condamner les sorties contre le pouvoir de l’ancien Premier ministre Abdoul Mbaye. Dans le débat sur la double nationalité, la responsable apériste juge «excessive» la proposition du dé­pu­té Moustapha Cissé Lô mais trouve «acceptables» les 5 ans avant de renoncer à sa double nationalité.  

Le député Moustapha Cissé Lô va plus loin que Benoît Sambou en promettant de proposer une loi pour que tout candidat à la Présidentielle renonce à sa double nationalité 10 ans avant le scrutin. Êtes-vous en phase avec lui ? Ce qui me gêne dans ce débat, c’est la tournure qu’il est en train de prendre. Le débat sur la nationalité a été dévoyé par l’opposition. Ce sont les mêmes qui avaient dénoncé la présence de Abou Lô à la table du Conseil des ministres, arguant qu’il n’était pas sénégalais, qui soutiennent aujourd’hui la double nationalité. Or, des questions de cette nature ne peuvent pas être interprétés avec légèreté ou ne doivent pas été traitées en fonction du bord où l’on se trouve. Je pense que la Constitution a déjà réglé ce problème en disant que tout candidat à l’élection présidentielle doit être exclusivement de nationalité sénégalaise. Justement d’aucuns voient dans cette proposition des relents «politiciens»… Je ne suis pas d’accord. Il faut l’encadrer dans le cadre du Code électoral. Pour être président de la République, il faut être exclusivement de nationalité sénégalaise. Maintenant, les articles ont un prolongement dans le Code électoral. Si ce débat avait été posé dans un cadre autre que la revue du Code électoral, on aurait pu penser que c’est une question politicienne qui est censée viser des personnes. Or dans le cadre de cette revue, les acteurs politiques, de la Société civile, ainsi que l’Administration se retrouvent pour voir quelles sont les améliorations et les modernisations à apporter. Dans le cas d’espèce, cela intervient après le référendum du 20 mars où le Peuple sénégalais a sanctionné positivement les 15 points soumis par le président de la République. Donc, il fallait nécessairement réviser le Code électoral pour pouvoir y intégrer les nouvelles dispositions. Maintenant, nous de la majorité avons jugé qu’il fallait encadrer cette question. Nous avons estimé qu’il fallait être plus précis avec l’article 28 de la Constitution. On a demandé que ceux qui ont la nationalité puissent y renoncer pendant un délai raisonnable avant de pouvoir aspirer à être président de la République. Cela respecte l’esprit du Code électoral. Mais moi je vais plus loin en demandant aux candidats de renoncer à la résidence à l’étranger pendant un certain temps. On a vu dans la sous-région où certains dirigeants établis à l’étranger sont revenus uniquement pour être candidat au Sénégal. De ce point de vue, il faut avoir un vécu avec les Sénégalais pour, sociologiquement, connaître ses compatriotes avant d’aspirer à les diriger. Quel est ce délai raisonnable que vous proposez ? L’essentiel est que les acteurs politiques s’accordent sur une durée raisonnable. Les 10 ans me paraissent excessifs. Je pense que les 5 ans sont acceptables. On est à 2 ans de la Présidentielle, si cette proposition de 5 ans passe, c’est sûr que Karim Wade et Abdoul Mbaye ne vont pas y participer… D’abord, seul Dieu sait qui sera candidat ou ne le sera pas. Il y a certes des intentions, mais je n’ai jamais entendu Karim Wade dire qu’il voulait être président de la République. Il a été investi par le Parti démocratique sénégalais… Je suis d’accord, mais est-ce qu’il va l’accepter ? Il a sonné la grande mobilisation des Libéraux en direction des Législatives de 2017… Encore une fois, je n’ai jamais entendu l’acteur Karim Wade se prononcer sur l’élection présidentielle. En revanche, Abdoul Mbaye a été propulsé sur la scène politique par le Président Macky Sall. C’est un chef de parti qui dit qu’il a une ambition pour le Sénégal. On verra. Est-ce qu’on peut s’attendre à un accord sur la double nationalité à partir du moment où l’opposition et les non-alignés rejettent cette proposition de la majorité ? Il ne faut pas faire d’amalgame. Personne n’a rejeté ou accepté cette idée de l’encadrement de l’article 28 de la Constitution puisque c’est une question qui n’est pas encore à l’ordre du jour. Tout le débat auquel nous assistons se pose par presse interposée avec des personnes et des structures qui donnent leur point de vue. Certains qualifient le Haut conseil des collectivités territoriales d’institution «bud­gé­tivore» servant uniquement à «caser une clientèle politique». Est-ce votre avis ?En tout cas, ce n’est pas ce que l’exposé des motifs dit. Cette institution va servir de territorialisation des politiques publiques qui va se faire en conformité avec les apports des populations à la base. J’ai vu sur les listes des femmes chefs de villages, des maires. C’est mal venu de dire que c’est une institution budgétivore. Ce que le Hcct peut apporter au Sénégal, ce sont les hauts conseillers qui le feront. Je pense que les déséquilibres que nous notons au niveau de nos territoires peuvent être corrigés par l’Acte 3 de la décentralisation. Pour le Pse, certains disaient que c’était inopportun et que l’Etat n’aurait pas les moyens de le financer. Aujourd’hui le discours a changé parce que le Pse est en train de faire des résultats. Lors des investitures des candidats au Hcct, on a assisté à des divergences entre les coalitions Benno bokk yaakaar et Taxawu Dakar dans la capitale… C’est déplorable. Cela n’a pas pu se faire uniquement à cause d’un problème de dénomination de la coalition. Pourtant, en définitive, cette coalition est, que je sache, membre de Benno bokk yaakaar. Notre souhait était d’avoir une liste commune. D’ailleurs, le président de l’Apr Macky Sall nous avait instruit de ne pas présenter de candidat dans le département parce que Taxawu Dakar a gagné à Dakar lors des dernières Locales. Maintenant, devant l’impossible nul n’est tenu. Nous sommes en politique, et la politique, c’est avant tout l’adversité. Une fois que tout cela sera terminé, la mouvance présidentielle va reprendre son chemin. Cela ne va pas déstabiliser Benno bokk yaakaar. L’exemple des Locales est là, on n’était pas partis partout ensemble. Vous dites que Bby ne sera pas déstabilisé mais des membres de Taxawu Dakar s’opposent de plus de en plus au pouvoir en place… Je pense que c’est un débat de fond. Vous dites qu’ils se comportent en opposants. Je pense qu’ils défendent des intérêts. Maintenant, est-ce que ce sont des intérêts politiciens ou des intérêts de leurs communautés ? La commune émane de la politique de décentralisation de l’Etat avec des compétences transférées. Si vraiment le maire s’oppose pour s’opposer parce qu’à un moment ou à un autre il n’est plus du même bord, la cohérence voudrait qu’il démissionne de tous les mandats qu’il a eus de cette coalition. Vous parlez des membres de Taxawu Dakar qui ont un mandat de Benno bokk yaakaar ? Non, je parle de ces opposants dont vous parlez et qui sont avec nous. Si on prend l’exemple de Khalifa Sall, il n’a pas de mandat de Bby… Ah bon ! Expliquez-nous… Benno siggil Sénégaal est le prolongement de Benno bokk yaakaar. Aujourd’hui Khalifa Sall, vous le personnalisez, est un militant d’un parti membre de Benno bokk yaakaar. Comment appréciez-vous les critiques de Abdoul Mbaye contre le pouvoir en place ? Je suis désolée par l’attitude du Premier ministre Abdoul Mbaye. Je rappelle qu’il n’a participé à aucune lutte. Il n’a été choisi que parce qu’il était un technocrate et qu’on pensait qu’il allait apporter sa pierre à l’édifice. Il n’avait pas le droit de montrer un autre visage. On jette toujours l’anathème sur les politiques en disant qu’il faut faire un appel à candidature et mettre des technocrates ou des personnalités de la Société civile. On dit que les politiques sont vomies par les populations et ne sont mus que par des intérêts partisans. Aujourd’hui, tout le monde est ébahi. Abdoul Mbaye est en train de retourner sa veste, et il l’a mal fait en donnant une mauvaise image des technocrates qui servent ce pays. Je trouve dommage qu’il puisse s’abaisser à ce niveau pour des questions politiciennes. Même s’il dit la vérité dans ses «lettres» adressée au président de la Répu­bli­que… C’est encore plus grave si ce qu’il dit est la vérité. L’ayant su, qu’il soit resté dans ce gouvernement en rabaissant le caquet et en ne le disant que lorsqu’il est dans une posture de conquête politicienne, c’est dommage et déplorable. Les politiques ne feront pas cela. Selon lui, l’Etat, sur le secteur minier et pétrolier, est en train de nouer des partenariats avec des personnes accusées de blanchiment d’argent. N’est-ce pas inquiétant ? Ce qui aurait pu être inquiétant, c’est qu’il n’y ait aucune procédure de contrôle et de suivi dans la gestion des affaires publiques. Aujourd’hui, le chef de l’Etat et son gouvernement sont en train de mettre en place des mécanismes pour aller dans le sens de cette transparence. J’en veux pour preuve l’Ofnac avec la déclaration de patrimoine…, c’est cela le débat. Ousmane Sonko est accusé d’avoir divulgué des informations jugées sensibles par l’Administration. Mérite-t-il la radiation ? Je pense que le Statut général des fonctionnaires est clair là-dessus, notamment en son article 14 sur la discrétion professionnelle. Si les informations qu’il fournit sont dans le cadre d’une propre investigation, je n’y vois pas d’inconvenants. Si celles-ci, avérées ou fausses, sont dans le cadre professionnel, il y a des dispositions qui encadrent la procédure disciplinaire. Et le cas échéant, la loi doit s’appliquer dans sa plus grande rigueur. Et on ne peut pas, parce qu’on a une casquette de chef de parti, dire ce qu’on veut. Il est très facile d’aller vers les médias pour dévoyer la réalité. C’est le cas de Cheikh Bamba Dièye qui a été le premier à se féliciter de la mise en place du Haut conseil des collectivités territoriales lorsqu’on était dans les Assises nationales. Aujour­d’hui, il est le premier détracteur de cette institution. Il faut que les gens sachent ce qu’ils veulent.

bgdiop@lequotidien.sn

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