ITALIE. Qui va succéder au président Napolitano ?

Giorgio Napolitano de retour chez lui le 14 janvier, après 9 ans à la présidence. (ALESSANDRO SERRANO / SIPA)
Giorgio Napolitano de retour chez lui le 14 janvier, après 9 ans à la présidence. (ALESSANDRO SERRANO / SIPA)
Giorgio Napolitano de retour chez lui le 14 janvier, après 9 ans à la présidence. (ALESSANDRO SERRANO / SIPA)

Quelques heures après la démission de Giorgio Napolitano de son poste de président de la République italienne, les paris sont ouverts sur le nom de son successeur. 

Ce mercredi 14 janvier à midi, Giorgio Napolitano, président de la République démissionnaire, avait à peine franchi le seuil du Quirinal, sa résidence officielle, pour rejoindre son domicile privé, que le jeu du “toto président” démarrait. Les télés, les radios, les sites d’information se lançaient aussitôt dans mille débats, bilans, portraits et philippiques, proposant plusieurs noms de candidats dans une sorte de grand loto présidentiel. Qui succédera au “roi Giorgio”, au pouvoir pendant neuf ans (un septennat et deux ans de rallonge) ?

Ce sport très italien devrait durer jusqu’à la mi-février, lorsque le Parlement, en séance conjointe, aura enfin trouvé un accord sur le nom du digne successeur de Napolitano, qui siégera à son tour sur le “Colle”, la colline du Quirinal, où se trouve le palais présidentiel.

Les trois premiers scrutins exigent une majorité des trois quarts des présents (1.009 parlementaires et grands électeurs). Mais à partir du quatrième scrutin, c’est à la majorité absolue que sera choisi le nouveau Président.

Le trop évident Romano Prodi

Romani Prodi (ici en 2103) apparaît comme le successeur naturel de Napolitano. (Alessandra Tarantino / SIPA)

Romani Prodi, successeur naturel ? (Alessandra Tarantino / SIPA)

Le successeur naturel ? Romano Prodi, 75 ans, président du Conseil démissionnaire en 2008. Il avait alors dû encaisser un vote de défiance de la part de l’extrême-gauche parlementaire.

Romano Prodi, avec son profil d’économiste (il fut patron de l’Institut pour la reconstruction industrielle), est un européiste. Ancien président de la Commission européenne, il réussit aussi ce prodige d’être à la fois un catholique pratiquant et un homme de gauche.

Mais il est probable que ce successeur naturel, trop facile et trop évident, ne retiendra pas l’attention des grands électeurs. La liste s’étendra à d’autres noms, en fonction des desiderata, des tabous et des veto des uns et des autres.

Car en Italie, l’élection présidentielle est l’occasion pour la classe dirigeante de montrer tout le machiavélisme dont elle est capable. Il arrive ainsi qu’on lance des noms de présidentiables simplement pour les écarter ensuite.

Matteo Renzi tient les rênes

A quoi pourrai ressembler le futur locataire du Quirinal ? On le veut explicitement “autorevole”, c’est-à-dire influent et qui sait faire preuve d’autorité, pas partisan pour un sou (si c’est possible) et donc assez autonome des partis… Mais aussi capable de jouer des jeux politicienscompliqués, par exemple lorsqu’il s’agira de choisir le Premier ministre et les membres du gouvernement.

Et si sa principale tâche consiste à choisir un exécutif fonctionnel et convaincant qui obtiendra ensuite la confiance du Parlement, le président italien est aussi chef des armées et de la diplomatie, et il préside le Conseil supérieur de la magistrature. Il a donc entre les mains beaucoup plus de pouvoirs que l’on ne croit pour une démocratie parlementaire.

Ce personnage “autorevole” pourra être un homme ou une femme, même si ce dernier cas ne s’est jamais présenté depuis la fin de la monarchie. Le président du Conseil, Matteo Renzi, qui a placé quatre femmes ministres à des postes-clef, verrait bien un profil féminin sur le “Colle”. Il avait pensé à Roberta Pinotti, ministre de la Défense et cinquantenaire, mais une affaire d’utilisation d’un avion d’Etat pour un déplacement privé a fait baisser sa cote.

Une autre femme pourrait satisfaire l’envie renzienne de féminisation des charges publiques : Anna Finocchiaro, présidente du groupe du Parti démocrate au Sénat, ancienne magistrate et habile connaisseuse de la Constitution.

Car c’est bien Renzi, ou plutôt ses desiderata, qui sont au coeur de l’aventure. En tant que secrétaire général du Parti démocrate, il a entre les mains toutes les clés de l’élection présidentielle, aussi bien pour le choix du nom que pour la mobilisation parlementaire nécessaire à l’élection.

Et comme “Matteo” est aussi narcissique que centralisateur, on imagine qu’il voudra au Quirinal quelqu’un de compétent… Mais surtout qui ne lui fasse pas d’ombre et ne soit pas trop compétitif en matière de popularité et de personnalisation du pouvoir.

Qui répond aux critères ?

Padoan, Bersani, Veltroni et Amato, quatre candidats potentiels. (SIPA)

Padoan, Bersani, Veltroni et Amato, quatre candidats potentiels. (SIPA)

Si l’on croise tous les critères, les noms qui s’imposent sont moins nombreux que prévus. On peut penser à :

  • Sergio Mattarella, constitutionnaliste catholique, un homme discret et peu encombrant.
  • Walter Veltroni, ancien communiste puis Secrétaire du Parti démocrate, et ancien maire de Rome.
  • Pier Luigi Bersani, un autre ancien Secrétaire du Parti démocrate, et ancien communiste. Il aurait le grand avantage de calmer la mauvaise humeur du groupe parlementaire démocrate et des membres du parti, qui contestent la ligne stricte de Renzi.
  • Pier Carlo Padoan, actuel ministre de l’Economie, qui a notamment travaillé pour le Fonds monétaire international.
  • Giuliano Amato, ex-socialiste, ancien président du Conseil. Mais celui-ci plaît plus à la droite qu’à la gauche. Or le candidat, présenté selon la Constitution par le groupe parlementaire le plus consistant, doit plaire à la gauche qui domine dans les deux Chambres.

Autre hypothèse : celle d’un Président totalement étranger au “Palazzo”, comme le chef d’orchestre mondialement connu Riccardo Muti.

On comprendra que dans cette Italie en proie à la crise et à la récession, les jeux du “toto président” ressemblent un peu aux bons vieux jeux du cirque, dont le but au fond était de masquer les vrais problèmes aux populations.

Marcelle Padovani

Sur le web : Italie : le président Giorgio Napolitano a démissionné

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