Jereme et William délirent Only french

De son vrai nom, Boucris Jereme, Jereme est un citoyen d’un univers farfelu. Il est un condensé d’improvisation, de bidouillages et de voyages. Dans son imaginaire, il rapporte des chansons drolatiques venues d’ailleurs.

En cette matinée ensoleillée, l’artiste français est accompagné de l’auteur de Mon rayon de soleil, William Baldé, qui a fait chanter et danser l’été de 2008 avec son tube fétiche. Ce single fut un véritable succès et se classa pas moins de 9 semaines non-consécutives à la plus haute place du Top français.

Aujourd’hui, ils sont à Dakar pour assister au festival Only french en prélude au Sommet de la francophonie. Hier soir, ils ont donné un soyeux cachet à ce festival dans l’enceinte de l’Institut culturel Léopold Sédar Senghor.

De passage au journal Le Quotidien, ils racontent leur passé, leur présent et leur avenir. Mais, ils restent subjugués par le magnétisme dakarois.

Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs ?

William : Je m’appelle William Mouhamed Guy Baldé. Je suis né en Guinée et je suis passé par le Sénégal où j’ai vécu 4 ans avant d’aller en France. Et en France, j’ai fait des études. Au départ, j’ai voulu être médecin parce que mes parents sont médecins et finalement je me suis rendu compte que c’était compliqué parce que je n’étais pas très bon en Maths. Alors, j’ai décidé de devenir avocat et c’est drôle. J‘ai voulu être avocat, car je me suis rendu compte que j’aimais la scène.

Et je me suis aussi rendu compte que les avocats étaient des comédiens. C‘est par la fin que j’ai arrêté, car je fréquentais beaucoup de musiciens. Ça devenait presque mon quotidien, car je les voyais tout le temps. Et c’est parti comme ça. J’ai commencé à écrire des textes, joué dans les métros presque pendant 12 ans.

J‘avais un groupe pour le métro : Avec quelques autres artistes, on a formé un groupe et sorti un album qui s’appelait Youba. Et après ça marchait, ça marchait. On a fait des festivals et des concerts, mais on n’avait pas de diffusion médiatique. Et finalement, j’ai fait un album en solo qui a beaucoup marché, j’ai vendu pas mal d’albums, j’ai eu une chanson hit en France pendant douze semaines. Et voilà après ça, j’ai pris du succès dans la musique. Je me suis calmé, j’ai commencé à voyager beaucoup plus en Afrique.

Jereme : Je ne voulais pas être médecin parce que mes parents étaient médecins. J‘avais un premier métier qui est le montage et la réalisation pour la télé et le cinéma. J‘ai fait ça pendant dix ans en chantant parallèlement. J‘ai essayé de monter des groupes, mais qui se sont cassé la gueule puis qu’ils sont faits pour ça. Et à partir de là, j’ai commencé à jouer solo.

Au départ, je passais dans une cabine de douche et je faisais une conférence scientifique pour essayer de savoir pourquoi les gens chantent dans la douche et y avait une partie explication et une partie chanson avec des projections vidéos, des dessins animés et j’aimais bien mélanger tout ça sur scène. En France, c’était compliqué de mélanger tout ça sur scène.

Cela fait trois ou quatre ans que je fais ça et que je joue solo en m’enregistrant avec un loupeur qui me permet d’enregistrer des percussions, de mettre en boucle des instruments, des boîtes de conserve, des bouteilles. Donc, je m’accompagnais purement que de ça et là je joue en duo avec un percussionniste. Je suis à la découverte de ce plateau musical. Donc, je suis un poussin…

Est-ce qu’on vous a choisi pour le festival Only french parce que vous chantez bien en français ?

William : Ha ! Je ne sais pas pourquoi ils m’ont choisi. Moi, je sais pourquoi j’ai voulu faire ce festival : J‘aimais bien le pari du festival, le pari de Dakar. En fait, j’aimais bien chanter ici pour après prendre des chanteurs français et les faire chanter à Paris et vice-versa. Ça c‘est l’une des choses qui m’a le plus plu après je ne sais pas pourquoi ils m’ont choisi.

A la base, c’est l’histoire que j’ai avec le Sénégal. Je suis né en Guinée et ma base est ici. J‘ai grandi au Sénégal avant d’aller à Paris. Donc, c’est tout une histoire et cela montre certains textes de la francophonie et la rencontre entre Jereme, Carlou, et moi. L‘histoire parle de la richesse qu’il y a entre ces artistes de divers horizons qui vont se retrouver pour une seule et même cause et un même but.

Vous avez vécu au Sénégal durant votre enfance, pourquoi vous ne chantez pas en wolof ?

William : Dans mon premier album, j’ai deux chansons en Wolof. Pourquoi, je ne chante pas en Wolof ? Je vis en France certes ça été un énorme défi pour moi. Car le premier album, c’est la langue Youba et dans le Youba, il n’y a pas de français c’est anglais et wolof. Mais à cette époque –là quand on a formé Youba, j’ai passé deux ans aux Etats-Unis.

Quand je suis rentré, c’était naturel pour moi de chanter en anglais. C’est pour cette raison que j‘ai fait anglais et wolof. Avant mon premier album, j’ai passé tout mon temps en France : C‘est normal que la majorité de mes chansons soit en français. Et ce n’est vraiment pas le même travail  parce que les chansons en français n’ont  rien à voir avec le wolof.

Etant donné que je suis né en Afrique, c’est beaucoup plus facile que j’écrive une chanson en langue africaine plutôt qu’en français. Le travail est beaucoup plus difficile en français. Pour moi, c’est un challenge de chanter en français en réalité.

Quel est votre style musical ?

Jereme : C‘est vraiment une base de chanson forte, je ne peux pas le définir. Par contre en guitare, je ne sais pas pourquoi, mais j’ai des influences africaine et caribéenne. J’écoutais des plans de koras et je me disais : ‘’Tiens voilà, je vais essayer de faire ça avec la guitare je le faisais très mal’’.  J’ai subi cette influence de cette musique que j’écoutais et cette façon de jouer très rythmiquement ma guitare. J’appréhende un peu de moi de voir ce que donnent mes espèces de musique africaine (sic).

Quelles sont les scènes qui vous ont le plus marqué durant votre carrière ?

Jereme : Bah ! Il y a en une que j’ai faite l’année dernière. J‘ai fait la première partie de Jacky Jean qui est un mec que j’admire depuis tout petit. Il a une folie, une liberté sur scène que j’admirais. Et il y a une partie de ce que je fais qui est toujours de l’improvisation et qui est directement tiré de ce qu’il fait sur scène. Il faut toujours garder au moins un petit moment d’improvisation et cela m’a marqué et permis d’ouvrir d’autres perspectives.

Quels sont vos rapports avec la langue française et le festival Only french ?

Jereme : Moi j’ai grandi en écoutant les grands chanteurs français, mes parents écoutaient de la musique française. Comme Chouchon, un grand chanteur de pop musique française. C‘est au biberon. Vu que mon père est né en Tunisie, il voulait être Français et me disait tout le temps, on est Français d’abord par la langue. Pour lui, c’était un motif d’intégration, donc on ne s’est jamais différencié des Français, on a toujours connu la culture française.

Par contre, ma mère qui était Française est capable de partir dans la musique française d’une manière assez folle. Vraiment, elle peut aller très loin et elle chantait beaucoup de choses et finalement c’est ma mère Française qui m’a appelé vers les îles tandis que mon père Tunisien m’a vissé en France.

Quel sentiment cela vous a fait d’apprendre que vous allez jouer pour la première fois au Sénégal

Jereme : J’étais excité… Vous savez dans mon premier métier, j’étais parti au Burkina Faso pour filmer et apprendre comment faire les percussions de diembé. Donc, j’étais allé en Afrique de l’Ouest deux ou trois fois, il y a plus de dix ans. C‘est pourquoi j’étais très excité de venir à Dakar. Car je n’y suis jamais venu auparavant et quand même j’ai une grande sensation sur la peau, dans les narines comme quelque chose que je retrouve qui m’est un souvenir très familier. Alors, je suis très ravi…

William, quels sont les souvenirs que vous gardez du Sénégal ?

William : Ma venue pour Only french à Dakar marque mon grand retour, car je me souviens bien que j’ai chanté à Dakar en 2010. Mais comme je dis toujours je suis Guinéen, Français et Sénégalais aussi. Les souvenirs que j’ai ici sont très particuliers. Moi je suis né dans la dictature (sous Sékou Touré).

Pour moi, le Sénégal s’est beaucoup développé : On voit des supermarchés et il n’y a plus besoin de faire la queue pour acheter quelque chose. Si j’ai découvert ça, ce n’est pas la France. C‘est ici que j’ai découvert des feux rouges, une vie normale c’est ici que je l’ai vue. Alors, le Sénégal c’est le pays qui m’a sauvé la vie parce que c’est là que j’ai pris conscience de la vie et de tout. Mais j’avais 8 ans à l’époque je pense et j’étais à l’école aussi. Donc, j’ai un lien très fort avec le Sénégal.

Après Only french, est-ce que vous envisagez de revenir jouer ici très souvent ?

William : Oui ! Oui ! Je reviendrais encore et encore. Je suis très souvent ici, je suis beaucoup plus ici qu’à Conakry, car j’ai une famille ici. Quand je vais en Afrique, très souvent, tout le monde sait que j’atterris au Sénégal.

Pensez-vous qu’un jour vous allez pouvoir jouer au rythme des Sénégalais ?

William : Si c’est dans le sens du mbalax ? Non ! Je n‘ai pas la prétention de faire du mbalax. Je ne suis pas du tout connecté avec le mbalax. Par contre, les diémbés, les sabars sont africains. Il y a tellement de gens qui font bien le mbalax que j’ai peur de le faire mal sinon la musique est universelle et c’est ça que je trouve génial. J’écoute de la musique pakistanaise et je ne comprends même pas ce qu’ils (les artistes) disent comme il y a des jeunes Sénégalais qui écoutent la musique américaine alors qu’ils ne comprennent pas forcément ce qu’ils disent. C‘est ce qui est merveilleux dans la musique.

Jereme, que représente Only french pour vous ?

Jereme : Alors Only french, c’est une vieille histoire. Je l’ai connu depuis leur début. Je connais Dominique le fondateur, j’ai joué en France plusieurs fois pour Only french. J‘ai joué sous la douche d’ailleurs, c’est vraiment Dominique qui m’a repéré et puis après il m’a fait jouer dans les plus grandes salles sur les plus grosses scènes. C’est lui qui m’a aussi fait venir à Dakar parce que je joue aussi le matin pour les enfants et moi je chante pour les enfants. Donc voilà, c’est une longue histoire, car Only french est l’un des rares festivals qui a une si longue fidélité avec les artistes et qui les suit de loin. Pour voir s’ils sont en train d’évoluer et c’est vraiment un catalyseur pour tout artiste.

Et pensez-vous que votre venue à Dakar ainsi que ce festival puissent vous apporter quelque chose de particulier ?  

William : Le festival nous apportera forcément quelque chose. C‘est notre métier, notre passion chaque fois qu’on est sur scène. C‘est une joie sans mot et puis, être au Sénégal avec un festival qui échange, ça m’intéresse. Car cette histoire d‘échange entre le Nord et le Sud, c’est génial. C‘est clair que ça nous rapportera beaucoup de choses.

Vous êtes au Sénégal depuis trois jours déjà. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué depuis votre arrivée ?

Jereme : Moi, c’est la première fois que je viens ici. Mais la chaleur, il faut avouer que ça m’a beaucoup pesé même si je sais que mon corps n’est pas fait pour le climat français, j’adore ce beau temps qu’il fait à Dakar. Dès notre arrivée, on a bousillé le pneu de Mustafa Naham, car j’étais en train de raconter des conneries. Il riait et voilà du tic au tac, il a défoncé son pneu dans un trou qu’il n’avait pas vu et aussitôt les mécanos étaient venus réparer son pneu. Ce pragmatisme et cette efficacité, je ne l’avais vu qu’aux Etats-Unis. Cela aussi m’a beaucoup marqué dans Dakar. Le service, c’est partout…

William Baldé : Moi ce qui me marque à chaque fois que je viens au Sénégal, c’est que vous avez une philosophie de vie assez extraordinaire. Les choses  que je vois à chaque fois que je viens ici ?

C‘est que les gens sourient et vous avez cette capacité de rire qui me charme tout le temps. Après quand je reste, disons une semaine les gens commencent à se plaindre et à dire, il n’y a pas d’électricité, ceci est cher, cela est dure. 5 minutes après, ils oublient ça, ils sont en train de boire leur thé ou leur bière. Et ils sont en train de rigoler.

Et je trouve que c’est des gens quand même très positifs et je vois que vous ne vous en rendez même pas compte. Le Sénégal est un exemple pour toute l’Afrique. Moi j’ai visité 26 pays d’Afrique et je n’ai jamais vu une population aussi positive que vous. Mais vous ne vous en rendez pas compte que vous êtes tout le temps en train de vous plaindre.
Jereme : Sauf que les Français ne sont pas positifs…

Après Only french, quels sont vos projets immédiats ?

William: Je suis en train de travailler sur mon album. Donc, c’est vraiment le projet le plus immédiat que j’ai. J‘ai pris un temps fou et là je suis pressé de le terminer et je ferai même un duo avec Mustafa Naham.

Jereme : Prochainement, j’inviterai tout le monde à venir à Only french, car ce n’est pas un festival réservé uniquement aux Français. C’est un échange entre le Nord et le Sud…

  • Écrit par  Nafissatou DIEYE

ndieye@lequotidien.sn

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