Khalifa Sall a-t-il déjà été vendu et condamné par ses “amis” ? (Par Marvel)

Ce que l’on peut appeler « l’affaire Khalifa Sall » est objet de toutes les passions depuis quelques temps, et son issue pèsera semble-t-il sur la configuration des élections présidentielles de 2019. Dossier judiciaire pour les uns, dossier politique pour les autres. Probablement les deux à la fois lorsque l’on écoute certaines interventions qui donnent des pistes probantes

1° Un dossier politique ?

Mbaye Ndiaye, un habitué des bourdes en matière de communication, a fini de convaincre sur les relents politiques de cette affaire Khalifa Sall. En effet, Mbaye Ndiaye nous a dit très clairement il y’a quelques mois de cela : « Le président Macky Sall a les moyens de combattre quiconque veut le combattre. Lorsque quelqu’un s’oppose à lui, il a le devoir de répliquer et de faire face. Il ne faut pas avoir honte de dire que Macky Sall a des moyens légitimes d’investiguer, d’auditer les affaires de la République. Il peut l’exercer sur tout dépositaire d’un mandat public, en particulier ceux qui s’opposent à lui». De tels propos limpides venant d’un des plus proches confidents (et certainement le plus encombrant) de Macky Sall ne laissent plus place au doute. Mais ……..

2° Un dossier judiciaire ?

L’audit de la Mairie de Dakar a révélé une pratique qui permettait de doter tous les mois le Maire de Dakar d’une somme de 30.000.000 f, soit 360 Millions par année, qui, à l’inverse des autres pans du budget colossal de la Mairie de Dakar, pouvaient nous dit-on être consommés, dépensés, distribués, comme une caisse noire, sans obligation de justification.

Cette pratique est opérée à partir d’un « mécanisme » consistant à fabriquer mensuellement de faux documents se rapportant à une transaction commerciale fictive, à faire usage de ces documents pour percevoir les 30 millions de francs de deniers publics, et à utiliser officieusement ces fonds comme on l’entend, car officiellement ils ont servi à acheter du riz et du mil.

Le caractère illégal et frauduleux d’un tel procédé ne fait de doute qu’auprès des cancres ou des grands bandits qui feraient pire le jour où ils se verraient confier un budget ou une caisse. Un auditeur ou inspecteur ne peut que relever une telle irrégularité et la porter auprès des autorités compétentes. Donc forcément cela en fera un dossier judiciaire, s’il n’est pas étouffé pour des raisons obscures.

3° Khalifa Sall a été vendu par les siens

Khalifa Sall n’est assurément pas un cancre, bien au contraire. Son parcours politique, son patrimoine, sa valeur dans l’espace politique, ….., le démontrent à suffisance. Il n’a donc pas cherché à nier le caractère irrégulier du procédé. D’ailleurs il avoue avoir refusé de prendre les 30 Millions durant les 6 ou 8 premiers mois de son mandat de Maire de Dakar parce qu’il avait quelques réserves quant à son droit à disposer de ces fonds, et au procédé par lequel ils devaient aboutir entre ses mains. Pourquoi a-t-il changé d’avis en définitive ? Qu’est-ce qui l’a convaincu de faire fi de cette illégalité ?

Khalifa Sall s’est défendu tant bien que mal, et l’a fait beaucoup mieux que ses avocats et alliés. Certains de ses amis et alliés en ont beaucoup trop dit, et ont fini par convaincre qu’en lieu et place d’aider les sénégalais qui sont dans le réel besoin, cette caisse d’avance a principalement servi aux copains, aux sympathisants, aux leaders d’opinion, aux camarades entre autres. Celui qui en a certainement le plus dit est Bamba Fall. Ses dernières révélations qualifiées de fracassantes (au cours d’une interview avec Pape Alé Niang) sont surtout catastrophiques pour Khalifa Sall. C’est même à se demander si Bamba Fall ne l’a pas fait exprès pour enfoncer Khalifa Sall.

En effet, Bamba Fall nous a révélé sans ambages que cette caisse d’avance, ou fonds politiques s’il préfère, servait à tout sauf à ce qu’a décrit Khalifa Sall lors de ses conférences de presse. Le Maire de Dakar au cours de ses dernières conférences de presse avant d’être emprisonné, a indiqué que ces fonds servaient surtout : – à soigner les sénégalais qui n’en avaient pas les moyens (prostate, diabète, cancer, tension, etc…), – aux sénégalais des audiences de 20h qui venaient expliquer qu’ils n’ont pas de quoi payer leurs locations ou enterrer leurs morts, ou autres.

Mais Bamba Fall nous a donné une autre image des bénéficiaires de cette caisse d’avance. Il nous a cité entre autres : 2 Vice Présidents de l’Assemblée Nationale – des Marabouts – un Grand Serigne – des Kilifeu Ada – de nombreux journalistes – plusieurs ministres, notables, fonctionnaires – des membres du bureau politique du PS, leurs enfants. Et Bamba a aussi cité nommément certains bénéficiaires tels que Ousmane Tanor Dieng, Yakham Mbaye, Mame Bounama Sall. Il a même avancé que si jamais Tanor niait, lui dirait combien Tanor a perçu de cette caisse d’avance

La question principale est : Où sont les nécessiteux dans cette liste des bénéficiaires ? Si des malades dans le besoin ont été aidés, quelle proportion représente ces bénéficiaires par rapport à tous ces autres nantis, amis, sympathisants, amis, leader d’opinion, acteurs politiques ? Qu’est-ce que Tanor Dieng n’a pu se payer et a dû recourir au Maire de Dakar et sa caisse d’avance ? De quoi manque le Grand Serigne en question ? Quels sont ces ministres et notables qui sont tellement dans le besoin qu’ils ont dû aller voir le Maire de Dakar nuitamment pour une aide ?

Bamba Fall et d’autres défenseurs de Khalifa Sall tels que Barthélémy Diass, Moussa Tine nous ont également révélé, de façon maladroite que Khalifa Sall se servait de la Mairie de Dakar pour servir la clientèle politique, notamment avec des recrutements complaisants dans le but de soutenir ses alliés du moment dont Macky Sall, voire par la création d’emplois fictifs pour payer des salaires à des sympathisants qui ne travaillaient pas réellement dans la mairie. Réécoutez avec attention Moussa Tine dans « Ca me dit Mag ».

Comment ses amis comptent convaincre les sénégalais que Khalifa Sall fera un bon Président de la République, si ils leur disent en même temps que en tant que Maire, Khalifa Sall est un champion du clientélisme politique, de la promotion de mauvaises pratiques, du népotisme, du détournement d’objectifs ? Avec de tels aveux, de telles déclarations aussi catastrophiques les unes que les autres, est-il encore besoin de juger Khalifa Sall ?

Mbaye Ndiaye confirme qu’une opportunité a été saisie pour disqualifier légalement un adversaire politique, un adversaire qui il faut le dire a bel et bien prêté le flanc, mais est surtout enfoncé par ses soi-disant amis qui le démentent et confirment, au-delà du procédé frauduleux, le détournement d’objectifs de cette caisse qui était finalement pour les amis, copains, camarades, alliés, journalistes, et non pour les sénégalais dans le besoin. L’autre disait qu’une faute politique, cela se paye Cash.

Le dossier Khalifa Sall repose sur des faits difficiles à réfuter disons-le. Mbaye Ndiaye confirme l’aspect sélectif de la demande de reddition de comptes. Bamba Fall confirme la culpabilité du Maire qui a prêté le flanc. Des centaines de sénégalais croupissent en prison des années pour avoir été jugés et condamnés sur des dossiers portant sur moins de 10 millions ou pour vol de bétails. Pourquoi pas un haut fonctionnaire sur qui pèse une accusation de faux, usage de faux, détournement de près de 2 milliards ?

Ce dossier est donc judiciaire, mais également politique, et selon toute vraisemblance, le verdict sera lui aussi politique, consistant à ne pas garder Khalifa Sall d’avantage en prison pour apaiser certaines tensions, toutefois en le condamnant à une peine ferme déjà purgée, et à un sursis qui le tiendra en respect tout en le privant de certains droits électifs. L’élégance politique et républicaine aurait cependant dû permettre depuis le début de laisser le Maire de Dakar en liberté provisoire jusqu’à sa date de jugement et du verdict. Même ses amis l’ont déjà vendu et condamné.

MARVEL

marvel@hotmail.fr

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