KOLDA LE CALVAIRE DES VEUVES

veuves_sidaA Kolda, les veuves séropositives vivent une véritable clavaire. Même si elles clament, en chœur, de ne jamais être une porte d’entrée du Vih. Immersion dans le milieu des séropositives au Fouladou.

Elles sont là, nombreuses à vivre avec le Vih. Des femmes avec souvent des orphelins en charge. Condamner à se soigner, à s’occuper seules, d’enfants vulnérables,  s’ils ont  la chance de n’être pas nés avec le virus. Ces femmes se retrouvent pour l’essentiel dans une association des Pvvih Ballondiral. Ici, elles ont la chance de partager leur souci avec des pairs. Discuter et se soutenir en permanence. A l’image de N.G, une jeune dame qui a connu son statut au cours d’une visite prénatale. Depuis beaucoup de choses se sont passées. Son mari qui a refusé de se soumettre au test est décédé en 2007.
Laissant une veuve et cinq enfants mineurs. N.G suit normalement son suivi médical. Aujourd’hui, elle a repris ses rondeurs. Une «drianké» qui ne laisse personne indifférent. Mais, elle résiste encore à la pression sociale pour accepter un nouveau conjoint. Sa priorité : s’occuper de ses enfants. Un exercice difficile pour cette dame qui exerce dans le commerce de fruit.
«C’est chaque jour un exploit que d’assurer les repas à la maison. Ma fille ainée n’est plus scolarisée. Elle travaille comme domestique pour m’assister. J’ai fait le choix de miser tout sur l’éducation des garçons.», a-t-elle déclaré, avant de se confier sur ces hommes qui ne cessent de rôder au tour d’elle.
«Mon courtisan me fuie depuis qu’il a découvert son statut sérologique»
«Je ne souhaite pas transmettre le vih à quelqu’un dans ma vie. Il y a un homme qui a tout fait pour que j’accepte de me marier avec lui. C’est un homme de tenue qui venait avec beaucoup de cadeaux à la maison. Il avait fini de convaincre toute ma famille même mes enfants. J’ai alors pris la décision de partager mon statut avec lui en lui montrant les résultats de mon test de vih. Tout en l’expliquant que je suis bien suivie et que je ne ressens aucune douleur. C’est ce jour qu’il a définitivement abandonner son projet de mariage. Pire, il ne me téléphone même plus.», se désole-t-elle.
Comme elle, M.  a perdu son époux enseignant. Elle refuse le lévirat et travaille comme femme de ménage pour  subvenir au besoin de mes enfants. «Ma famille ne comprend pas pourquoi je refuse de me remarier. Et j’étais obligé de parler à mon grand frère et à ma mère pour qu’on puisse me laisser tranquille. Je souhaite trouver un homme séropositif pour reprendre une vie de couple», confie-t-elle.
W, elle, est dans un village. Elle prend ses ARV mais le suivi médical est très difficile pour elle. Les médicaments imposent une alimentation de qualité pour W qui a du mal à assurer les trois repas quotidiens et est obligée de s’adonner aux pénibles travaux champêtres. « C’est une condamnation à une mort certaine», se désole-t-elle.
Elles sont ainsi nombreuses au sein de l’association Ballondiral (entraide, en langue poular) avec environ 200 membres dont 98 % de femmes. Cette structure d’entraide  permet aux personnes infectées de se soutenir mutuellement avec un partenaire comme le Fonds mondial de lutte contre le sida à travers  HACI.
Mais cette association souffre de l’indifférence des partenaires sociaux. A en croire une des responsables «les Pvvih restent les premiers oubliés des programmes de soutien aux personnes vulnérables. Les bourses familiales, les appuis en vivre, les programmes d’autonomisation des femmes et autres subventions sont pour les autres».
«Aujourd’hui, sur fonds propres, nous avons trouvé un terrain pour construire un siège social. Nous avons démarré mais nous démarches pour construire ce siège sont encore vaines».
Et pourtant, à Kolda le siège est fondamental pour l’accompagnement et le soutien des Pvvih surtout ceux venant des villages qui n’ont pas où loger.
D’où une subvention spéciale pour accompagner les initiatives de Ballondiral.
Et dire que le vih doit rester une préoccupation pour tous car nul n’est épargné. Le virus rode et ne pas accompagner ces femmes infectées, c’est encourager la propagation certaine du sida.
Les risques sont surtout réels chez les chasseurs de veuves. Ces hommes qui rôdent autour de celles qui ont perdu leur conjoint.

Abdou Diao

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