La Cour d’assises a acquitté 7 jeunes : Une erreur judiciaire de 6 ans

JUSTICE456C’est une injustice réparée 6 ans après. La Cour d’Assises a acquitté la fausse bande d’agresseurs de l’Autoroute à péage qui a été inculpée sur la base d’une enquête sans preuves de la Police de Thiaroye. L’erreur judiciaire a été corrigée.

On est face à une aberration. Arrêtés tous pratiquement à l’âge de 18 ans, El Hadji Malick Mben­gue, Mamadou Niang, Ousmane Dia, Gora Niang, Ibrahima Wade, Khalifa Sy et Samba Bâ ont été acquittés par la Cour d’Assises. De 2009 à 2015, ils ont été mis en prison sur la base d’une enquête légère et sans preuves. Et la justice corrige cette injustice 6 ans après et déchire le rapport de la Police de Thiaroye.

Entre les chantiers de l’autoroute à péage, dans les années 2008 et 2009, des hommes et femmes ont été mortellement poignardés par leurs assaillants suite à une série d’agressions. Ces individus ont été victimes de vol aggravés sous les décombres du tronçon Cambé­rène-Thiaroye sans que cela n’attire la moindre attention des policiers.

Les éléments du Commis­sariat de Thiaroye, recevant plusieurs plaintes, se sont tardivement lancés aux trousses des agresseurs. Les victimes, dépossédées de leurs biens, ne pouvaient pas dresser les portraits-robots des assaillants armés.

Des enquêtes avaient abouti à l’arrestation de El Hadji Malick Mbengue, Mamadou Niang, Ous­mane Dia, Gora Niang, Ibrahima Wade, Khalifa Sy et Samba Bâ. Les enquêteurs leur avaient fait porter le chapeau d’autant plus qu’il fallait des coupables. Le délit d’association de malfaiteurs, vol en réunion avec port d’armes et usage de violence est retenu contre eux.

Et finalement, la bande d’amis a été renvoyée devant une Cour d’assises. Mais, leur procès a démontré que les charges étaient insuffisantes. Car le Commissariat de police de Thiaroye, n’a pu mener une investigation sérieuse et crédible pour mettre la main sur les vrais coupables.

Les vrais agresseurs courent toujours
Les éléments retenus contre les accusés semblaient bien minces pour justifier leur comparution devant une Cour d’assises. Des indices concordants, indispensables aux poursuites, manquaient cruellement au dossier. Mais, ils ont été coffrés à cause des enquêtes pondues par la police et approuvées par le juge d’instruction et le Parquet.

A la barre hier, l’absence de preuves incriminant les mis en cause était manifeste. Et la Cour d’assises n’a eu d’autre choix que de prononcer l’acquittement. En détention préventive depuis l’année 2009, la bande à Malick Mbengue, arrêtée à l’époque dans une chambre avec leurs petites amies, recouvre la liberté.

A la barre, les accusés ont nié toute implication à des séries d’agressions. «Je n’ai jamais désigné mes copains comme des auteurs d’agressions. J’ai avancé des noms à cause de la torture», a dé­claré Malick Mbengue. Son ami Ma­madou Niang a lui aussi nié avoir dénoncé ses co-accusés. Ces dénégations des mis en cause ont démonté hier, devant la Cour d’assises de Dakar, une enquête trop légère.

Suffisant pour que le Parquet général demande leur acquittement. Aux yeux du représentant du ministère public, il n’y a pas de preuves. D’autant que même les victimes ont déclaré ne pas être en mesure d’identifier les agresseurs. L’Avocat général a déchiré publiquement l’enquête dirigée par les limiers de la police de Thiaroye. Le magistrat estime également que les aveux des accusés pourraient être «montés de toutes pièces», car il y a d’«énormes ressemblances».

Cette thèse a été confortée par les avocats de la défense dans leurs plaidoiries. Me Mbaye Dieng a tenté de démontrer que les policiers n’ont porté leur attention que sur une bande de copains dont la moyenne d’âge était de 18 ans,  à l’époque. Les autres conseils ont longuement critiqué le travail des enquêteurs et l’absence de preuves incriminant leurs clients.

Les avocats sont d’avis que les enquêteurs ont procédé à l’arrestation de «boucs émissaires», et avancent que «les vrais coupables courent toujours». Mais, cette bande d’innocents a déjà perdu 6 ans de sa liberté.

 Cheikh Bamba DIAGNE

cbdiagne@lequotidien.sn

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